02 juin 2008
Les É.-U. préfèrent des solutions techniques à une interdiction pure et simple.
Washington - Alors que les États-Unis s'apprêtent à collaborer avec des partenaires internationaux à l'éradication de tout un éventail de munitions non explosées qui polluent les zones de conflit du monde, M. Stephen Mull, secrétaire d'État adjoint aux affaires politico-militaires, a affirmé que des objectifs spécifiques, tels qu'ils ont été avancés par la Conférence diplomatique pour l'adoption d'une Convention sur les armes à sous-munitions, n'étaient pas productifs.
Depuis 1993, les États-Unis ont consacré plus de 1,2 milliard de dollars à des programmes de dépollution, de déminage et d'élimination de sous-munitions partout où il existe des dangers pour les civils. « Il s'agit là d'un devoir moral. Il faut faire tout ce qui est possible pour nettoyer après un conflit afin de s'assurer qu'il n'y aura plus de victimes civiles innocentes », a dit M. Mull lors d'une conférence de presse tenue le 21 mai.
Les armes à sous-munitions, aussi connues sous le nom d'armes à dispersion, sont lancées par des moyens aériens ou terrestres, et ont essentiellement pour objectif de tuer les soldats ennemis non protégés et de détruire les véhicules militaires.
Depuis 1993, cinquante-deux pays ont bénéficié d'une aide des États-Unis à la destruction d'armes classiques, mais seulement dix zones présentent un danger causé par des sous-munitions. Sur les 15.000 victimes de munitions non explosées recensées durant cette période, moins de 5 % ont succombé à des sous-munitions, a affirmé M. Mull. « Les problèmes humanitaires causés par ces engins sont une infime partie d'un problème beaucoup plus vaste auquel le monde entier doit s'attaquer. »
Une solution technique
Selon lui, un dialogue international important est en cours dans le cadre de la Convention sur les armes classiques. « Nous œuvrons très énergiquement et sommes sur le point d'obtenir un accord sur la négociation d'un nouveau protocole de réglementation de l'utilisation d'armes à dispersion afin de régler les problèmes humanitaires causés par ces engins. »
L'une des dispositions de la Loi des États-Unis sur les opérations à l'étranger, adoptée en décembre 2007, fournit déjà un modèle pour ce protocole. Elle met l'accent sur les solutions techniques de sécurisation des anciennes zones de conflits pour les civils. Cette disposition de la loi interdit également l'exportation d'armes qui sont fiables à moins de 99 %. Cela a forcé les fabriquants à modifier leurs armes de façon à réduire les risques de pollution de certaines zones par des munitions non explosées. « Plutôt que de les interdire, nous pensons qu'il est plus efficace de rechercher des solutions techniques de façon à s'assurer que ces armes ne posent plus de danger après un conflit », a dit M. Mull.
La Conférence de Dublin
Si d'autres pays partagent le désir des États-Unis d'éliminer les souffrances causées par les munitions non explosées, il n'existe pas de consensus sur la meilleure façon d'aborder le problème. La Conférence diplomatique sur les armes à sous-munitions, qui s'est tenue à Dublin (Irlande), du 19 au 30 mai, vise à interdire la mise au point, la distribution et l'utilisation de ces armes.
Mais plusieurs aspects des travaux de cette conférence, notamment la criminalisation de certains types d'actions militaires, pourraient avoir des conséquences imprévues. « Par exemple, si la convention était adoptée dans sa forme actuelle, les navires militaires des États-Unis ne pourraient pas, techniquement, participer à des opérations de maintien de la paix ou d'aide humanitaire comme ils le font maintenant pour aider les victimes du tremblement de terre en Chine et du cyclone Nargis en Birmanie, sans parler de tout ce que les États-Unis ont fait en Asie du Sud-Est dans la foulée du tsunami de décembre 2004. »
Selon Richard Kidd, un responsable du département d'État, près de la moitié des troupes de maintien de la paix du monde proviennent de pays qui ne participent pas au processus de Dublin, notamment l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh. Leur appui à la sécurité internationale pourrait être remis en question par les clauses de cet accord.
Tout en rappelant que les États-Unis respectaient le droit de chaque nation de prendre ses propres décisions, il a lancé une invitation à la communauté internationale : « Nous espérons amener tous nos amis et alliés, y compris ceux qui participent au processus d'Oslo, à se joindre à nous lors de la prochaine réunion sur les armes classiques qui se tiendra en juillet (...) afin de trouver une nouvelle manière de remédier de façon réaliste et efficace aux aspects humanitaires du problème posés par les sous-munitions. »