Paix et sécurité | Vers un monde plus stable

01 décembre 2008

Un nouveau rapport prévoit des pénuries mondiales de ressources naturelles en 2025

Le Conseil national de renseignements analyse les tendances mondiales à long terme.

 

Washington - Il est probable que dans vingt-cinq ans le monde se heurtera à des pénuries d'eau et de vivres et à une concurrence vive en matière d'énergie.

Selon un groupe de penseurs, le monde va devenir plus multipolaire. Aucun pays n'aura un pouvoir dominant, mais de multiples pays détiendront un grand pouvoir simultanément, et des entreprises, des tribus, des associations à but non lucratif, des groupes religieux et même des réseaux de criminels exerceront une plus grande influence sur la scène internationale.

Ce sont là quelques-unes des hypothèses d'un nouveau rapport intitulé en anglais « Global Trends 2025 : A Transformed World » (Tendances mondiales pour 2025 : un monde transformé) que le Conseil national de renseignements des États-Unis (National Intelligence Council ou NIC) vient de rendre public. Long de 115 de pages, ce rapport constitue plus une description des facteurs susceptibles d'influencer les événements à venir qu'un ensemble de prédictions au sujet de l'avenir. Il a pour objet de définir la dynamique qui pourrait influencer le système international.

Ce rapport se fonde sur les analyses de centaines de spécialistes des États-Unis et d'une vingtaine d'autres pays, notamment des spécialistes de Chatham House (ancien Institut royal des affaires internationales) à Londres, de l'Institut de recherche sur la paix internationale à Stockholm, de l'Institut des relations internationales contemporaines à Pékin ainsi que de l'Institut Brookings et l'American Enterprise Institute à Washington et la société RAND à Santa Monica (Californie).

Le NIC a fait en sorte que son rapport paraisse pendant la période située entre l'élection présidentielle du 4 novembre 2008 et l'entrée en fonctions du nouveau président le 20 janvier 2009. Ses auteurs espèrent avoir ainsi une influence sur le prochain gouvernement Obama. Selon le président du NIC, M. Thomas Fingar, le rapport donne l'occasion aux futurs ministres de penser à leurs responsabilités dans un contexte mondial.

Le 20 novembre, M. Fingar a déclaré aux membres du Conseil atlantique des États-Unis réunis à Washington que ce rapport était destiné à mieux préparer les nouveaux responsables du pays. S'ils ont une idée de la façon dont les événements dans le monde risquent de se produire ainsi que de ceux qui auront une grande influence, a-t-il dit, ils seront mieux à même de faire face à des événements défavorables.

Par ailleurs, si le nouveau président est satisfait d'une orientation particulière des événements, il pourra souhaiter prendre certaines mesures pour les maintenir sur cette voie, indique M. Fingar dans le rapport. Sinon, il pourra désirer élaborer et mettre en œuvre des mesures destinées à changer cette trajectoire.

Lors du discours qu'il a prononcé devant le Conseil atlantique des États-Unis, M. Fingar a souligné l'importance du leadership et sa capacité à changer les résultats. « Si on sait ce en quoi consiste le problème, on peut s'y attaquer », a-t-il dit. Rien de ce qui est prévu dans le nouveau rapport n'est « immuable », car l'intervention de dirigeants peut tout modifier.

Dans leur examen de la scène mondiale à venir, les auteurs du rapport font état de domaines de « certitudes relatives » et envisagent les « effets possibles » ainsi que les « grandes incertitudes » et leurs conséquences éventuelles. Par exemple, ils prennent pour hypothèse que les États-Unis resteront le pays le plus puissant, mais que leur prédominance sera moindre. Il s'ensuit qu'ils auront probablement à faire des arbitrages difficiles entre la politique étrangère et la politique intérieure à cause de l'amoindrissement de leurs moyens économiques et militaires.

Le président du Conseil atlantique des États-Unis, M. Frederick Kempe, a fait remarquer que, lorsque les auteurs avaient soumis leur projet de rapport à d'autres spécialistes et qu'ils l'avaient diffusé sur l'Internet aux fins de consultation tant aux États-Unis qu'à l'étranger, ils avaient appris que le monde ne voulait pas un affaiblissement de l'influence américaine, mais qu'il souhaitait que les États-Unis fassent preuve d'une plus grande intelligence et d'un plus grand savoir-faire.

Selon le rapport (qui a été achevé avant la survenance de la crise financière actuelle), la mondialisation se poursuivra en créant de plus grandes richesses, mais aussi une plus grande inégalité. Le transfert de la richesse et du pouvoir économique de l'Ouest à l'Est « est sans précédent dans l'histoire moderne ».

Dans les vingt années à venir, la Chine devrait avoir sur le monde une incidence plus forte que tout autre pays. Si la tendance actuelle se poursuit, elle sera la deuxième puissance économique mondiale et une puissance militaire importante en 2025, et peut-être le pays qui pollue le plus et qui importe le plus de richesses naturelles.

L'Inde s'oriente aussi sur une voie rapide dans le domaine économique, et il est probable qu'elle fera son possible pour créer un monde multipolaire dans lequel elle sera un des pôles.

L'avenir de la Russie est difficile à cerner. Ce pays pourrait devenir plus riche, plus puissant et plus confiant s'il investit dans le domaine social, s'il diversifie son économie et s'il s'intègre au marché mondial, mais il pourrait aussi, s'il ne prend pas ces mesures, tomber en chute libre, en particulier si les cours du pétrole et du gaz naturel restent dans une fourchette allant de 50 à 70 dollars le baril comme à l'heure actuelle.

En ce qui concerne le terrorisme, les auteurs du rapport estiment qu'il continuera d'être une grande cause d'inquiétude, mais qu'il est susceptible d'avoir moins d'attrait pour les jeunes du Moyen-Orient, en particulier si le chômage diminue.

L'attrait du réseau Al-Qaïda, a dit M. Fingar, s'amoindrit parce que ce réseau est opposé aussi bien à la modernité qu'à la démocratie, alors que les jeunes du monde entier les désirent toutes deux.

Enfin, le rapport a aussi trait à la démographie et aux changements climatiques. Ses auteurs font remarquer que pratiquement toute la croissance démographique au cours des vingt prochaines années aura lieu en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Quant aux effets climatiques, ils varieront suivant les zones géographiques, mais on peut s'attendre à ce qu'ils aggravent les pénuries de ressources.

Le nouveau rapport quadriennal du NIC, dont certaines sections portent aussi sur les femmes en tant qu'agents de changement géopolitique et sur l'influence de l'enseignement supérieur, est son quatrième. M. Finger a exprimé l'espoir qu'il contribuera à stimuler un débat animé entre ses lecteurs, car le monde de 2025 « sera considérablement différent du monde actuel ».

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