Droits de l'homme | La défense de la dignité humaine

05 octobre 2009

Une nouvelle mesure adoptée à l'ONU encouragera la lutte contre la violence sexuelle

 
Une victime de la violence sexuelle au Libéria.
Un nombre des femmes traumatisées par le viol hésitent à contacter les autorités par crainte des reprisailles potentielles.

Washington - Le gouvernement Obama espère que les dispositions de la résolution 1888 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée dans le but de protéger les femmes dans les zones en conflit, encourageront les victimes à témoigner devant les tribunaux des crimes perpétrés contre elles quand cela s'avérera nécessaire pour traduire les coupables en justice, une fois les combats achevés.

Lors d'un point de presse, le 2 octobre, au département d'État, l'ambassadeur itinérant chargé du dossier des crimes de guerre, M. Stephen Rapp, et l'ambassadrice extraordinaire pour la condition féminine, Mme Melanne Verveer, ont déclaré qu'il était essentiel de tenir responsables de leurs actes tous ceux qui enfreignent les droits de la personne - ceux qui, par exemple, utilisent le viol comme arme de guerre - si l'on veut que cesse ce genre de délits.

« Si vous ne traduisez pas en justice les responsables de tels actes, ces violences se répéteront. Elles serviront d'outil, de technique, pour intimider la population, pour maintenir certains au pouvoir ou pour s'arroger le pouvoir », a dit M. Rapp.

Outre le fait qu'elle demande au secrétaire général de l'ONU de nommer un représentant spécial chargé de la lutte contre les violences sexuelles à l'encontre des femmes et des filles dans les conflits armés, la résolution préconise aussi le déploiement d'équipes d'experts dans les pays où des violences sexuelles ont été perpétrées ou risquent très vraisemblablement de l'être. Ces équipes se composeraient, entre autres, d'experts en médecine, en droit, et « en matière de sécurité, de détention des présumés coupables et de protection des témoins », a précisé M. Rapp. Elles chercheraient aussi les moyens de remédier aux défaillances de l'appareil judiciaire local et d'établir les procédés qui permettraient de traduire en justice les responsables de crimes sexuels.

Même dans les instances où prévaut un appareil judiciaire adéquat, avec des magistrats et des procureurs compétents, « si les témoins sont intimidés ou tués, si vous condamnez les coupables à la prison mais qu'ils parviennent à s'évader (…) et retournent sur les lieux de leurs crimes, qu'ils harcèlent les victimes et commettent les mêmes délits, alors vous n'aurez pas réglé le problème », a souligné M. Rapp.

Mme Verveer a indiqué que dans des pays tels que la République démocratique du Congo (RDC), où environ 1.100 viols sont signalés chaque mois, les victimes souvent « ne veulent qu'oublier et s'en remettre ». Mais il est tout aussi « vital et important que les victimes comprennent qu'elles doivent coopérer avec la justice pour traduire en justice les coupables », a-t-elle ajouté. Dans certains endroits, comme en RDC, au Soudan ou en Birmanie, « les attaques contre les femmes et les enfants font partie d'une stratégie délibérée et coordonnée (…) parce qu'elle donne des résultats », non seulement en contraignant la population à se déplacer mais aussi en la déstabilisant.

M. Rapp a précisé que dans certains conflits, les violences sexuelles sont « la tactique principale » qui est utilisée pour terroriser et contrôler la population. « Cette méthode détruit la cohésion sociale et brise les liens qui unissent les collectivités » ; c'est pourquoi « elle constitue un outil de guerre utile pour intimider, humilier et démoraliser les populations prises dans les zones de conflit ou ennemies ». « C'est une tactique de guerre que le monde ne peut pas tolérer », a affirmé M. Rapp.

On trouve à la base de ce problème le statut inférieur des femmes dans certains pays, a indiqué Mme Verveer. Des initiatives « visant à la fois à accroître les possibilités économiques pour les femmes et à améliorer leur éducation » sont essentielles pour régler ce problème. En outre, les personnalités religieuses doivent soulever cette question auprès des membres de leur congrégation, et les hommes doivent être invités à participer davantage aux efforts visant à mettre fin à cette violence. « Et il faut aussi qu'existe la volonté politique nécessaire pour y parvenir », a dit Mme Verveer. « Les dirigeants doivent reconnaître qu'il s'agit là d'une grave atteinte aux droits de la personne, qu'il s'agit d'un comportement criminel et non d'un phénomène culturel. »

Les deux responsables, M. Rapp et Mme Verveer, ont souligné encore que les femmes devaient participer au processus de négociations une fois le conflit terminé. « Souvent, ce sont des soldats qui négocient avec d'autres soldats, qui « oublient« ou passent sous silence les crimes perpétrés par les deux parties. »

M. Rapp a noté les récents actes de violence en Guinée, perpétrés par des soldats de la junte au pouvoir qui ont violé des manifestantes pacifiques et des observatrices innocentes. La société civile guinéenne compte des groupes dynamiques de femmes qui doivent participer au processus politique pour que « les questions qui leur sont importantes soient soulevées et que ces violences ne soient pas oubliées, car si elles venaient à l'être, elles se répéteraient dans l'avenir ».

La participation des femmes au processus de paix est nécessaire, a dit Mme Verveer, pour que les collectivités puissent aller de l'avant, que justice soit rendue et que les règlements des conflits perdurent.

« Les accords de paix ne seront respectés à long terme que si la population convient de leurs termes. Et les femmes représentent une grande partie des besoins de la population qui (..) doivent être déterminés et auxquels il faut répondre ; c'est pourquoi leur participation est absolument vitale », a ajouté Mme Verveer.

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