03 mars 2009
Interview de M. Frank Wolf, représentant républicain de la Virginie

Washington - Les Africains ont un grand allié dans le Congrès des États-Unis, où l'intérêt porté aux problèmes politiques, économiques et sociaux auxquels se heurte leur continent demeure constant, a déclaré M. Frank Wolf, représentant républicain de la Virginie, lors de l'entretien qu'il a accordé à America.gov le 26 février.
Tant à la Chambre des représentants qu'au Sénat, a-t-il dit, « les parlementaires démocrates et républicains accordent un grand intérêt à l'Afrique. On n'observe pas de querelles partisanes au sujet de ce continent. En général, il existe un consensus sur la nécessité d'œuvrer de concert avec les Africains dans des domaines essentiels tels que le règlement des conflits et le développement. »
Par exemple, a-t-il ajouté, la présidente de la Chambre des représentants, Mme Nancy Pelosi, qui est démocrate, s'intéresse depuis longtemps à l'Afrique et ne mâche pas ses mots au sujet du conflit au Darfour.
En sa qualité de membre de haut rang de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants et de coprésident du groupe parlementaire sur le Soudan, M. Wolf est un grand défenseur des causes africaines, en particulier de celle relative à la crise humanitaire au Darfour. Depuis 1989, il a effectué cinq voyages d'étude au Soudan, dont un dans les provinces du Darfour en 2004.
Depuis six ans, le gouvernement soudanais mène contre des groupes de rebelles du Darfour une guerre génocide qui a déjà causé la mort de plus de 400.000 personnes, principalement des civils, et qui a obligé plus de 2,5 millions de personnes à se réfugier dans des camps situés dans la région et au Tchad.
Face aux crises africaines, les États-Unis ont fourni à 47 pays d'Afrique une aide économique et humanitaire d'un montant supérieur à 3 milliards de dollars, dont plus de 1 milliard de dollars rien qu'au Soudan. La plus grande partie de cette aide a été distribuée par l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), qui compte des bureaux dans 23 pays africains.
Les États-Unis n'auraient pas pu appuyer les opérations de maintien de la paix en Afrique, telles que la Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD), dont ils financent un quart du budget, et la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC), pour laquelle ils sont le pays qui contribue le plus, si les parlementaires démocrates et républicains n'avaient pas été en accord à ce sujet.

À titre d'exemple de ce consensus, M. Wolfe a montré un exemple d'une lettre adressée à la secrétaire d'État, Mme Hillary Clinton, avant son récent départ en Chine, pays qui a renforcé ses relations diplomatiques et commerciales avec les pays africains, en particulier le Soudan, où il a participé à la construction d'un oléoduc et d'un port.
Cette lettre, à la rédaction de laquelle M. Wolfe a participé et qui demandait à Mme Clinton de soulever la question de la crise humanitaire au Darfour lors de ses entretiens avec des responsables chinois, a été signée par deux représentants démocrates, M. Barney Frank (Massachusetts) et Mme Eddie Bernice Johnson (Texas), et par deux représentants républicains, M. Ed Royce (Californie) et Chris Smith (New Jersey).
Les démocrates qui ont œuvré de concert avec les républicains en ce qui concerne l'Afrique comprennent aussi MM. Donald Payne (New Jersey) et Mike Capuano (Massachusetts), a indiqué M. Wolf. M. Payne, qui est président de la sous-commission des affaires africaines de la Chambre des représentants, est aussi un membre éminent du groupe parlementaire sur le Soudan.
M. Capuano a soumis en 2008 une résolution en vue d'inciter la communauté internationale à fournir les hélicoptères dont la MINUAD a fort besoin pour ses opérations de maintien de la paix au Darfour.
Pour ce qui est de l'avenir, M. Wolfe a déclaré que, pour être efficace, cette collaboration bipartite exigeait que le gouvernement Obama joue un rôle actif. La nomination d'un envoyé spécial pour l'Afrique serait une très bonne chose à cet égard.
Dans la lettre qu'il a adressée le 24 février au président Obama, M. Wolf a préconisé la nomination pour le Soudan d'un envoyé spécial de haut rang qui œuvrerait en faveur de la cessation de la guerre qui opposait depuis vingt ans le gouvernement soudanais au sud du Soudan.
Le président Obama, a-t-il dit, dispose d'une bonne équipe chargée des questions africaines. « Samantha Power en est un excellent exemple. » Spécialiste de la question des droits de l'homme et journaliste lauréate d'un prix Pulitzer, qui a écrit de nombreux articles au sujet de l'Afrique, Mme Power a récemment été nommée par le président Obama membre de son Conseil national de la sécurité.
« Son livre A Problem from Hell: America and the Age of Genocide est l'un des ouvrages les plus impressionnants que j'aie jamais lus, a dit M. Wolf. Je pense qu'elle sera une très bonne conseillère parce qu'elle dit la vérité et qu'elle comprend les causes profondes du génocide au Soudan. »
La représentante permanente des États-Unis auprès de l'ONU, Mme Susan Rice, est aussi une spécialiste de la politique étrangère qui comprend bien l'Afrique, a-t-il indiqué. « Elle connaissait très bien les questions en jeu lorsqu'elle était la conseillère du président Clinton pour l'Afrique au sein de son Conseil national de la sécurité, puis la sous-secrétaire d'État aux affaires africaines. En fait, je pense qu'elle a été la meilleure sous-secrétaire d'État aux affaires africaines depuis que je siège au Congrès. »