16 juin 2009
Des partenariats entre secteurs public et privé aident le public à prendre conscience du problème.

Washington - La docteure Sunitha Krishanan sait ce que c'est que d'être une survivante. Fille de fonctionnaire, elle a été brutalement attaquée par des jeunes d'une caste supérieure lorsqu'elle avait 19 ans et qu'elle résidait dans le quartier des Dalit (intouchables) de la banlieue de Bangalore en Inde, son pays natal.
Elle a réussi à se remettre du traumatisme de cette violence sexuelle et a décidé de se consacrer à la défense des opprimés et des victimes d'exploitation dans sa société.
En 1996, l'un des plus anciens quartiers chauds de la ville d'Hyderabad a été évacué et des milliers de prostituées, ainsi que leurs enfants, ont été déracinés et déplacés. C'est alors que Mme Krishanan a fondé, avec Jose Vetticatil, un missionnaire appartenant à l'ordre des Frères de Saint-Gabriel, une organisation non gouvernementale (ONG) appelée Prajwala dans le but d'empêcher l'exploitation de ces enfants.
Le programme « seconde génération » de Prajwala fonctionne dans 17 centres de transition et a aidé des milliers d'enfants de prostituées. La stratégie de l'ONG consiste à retirer les mères des maisons closes en offrant à leurs enfants des possibilités d'éducation et de carrière. Mme Krishanan et son personnel offrent à ces enfants des formations dans les domaines de la menuiserie, de la soudure, de l'imprimerie, de la maçonnerie et de l'économie ménagère.

L'ONG s'est servie de vidéos contenant des déclarations de victimes afin de réclamer une meilleure protection juridique des survivants de la traite et a créé une alliance de 30 associations qui permet de reproduire ses travaux dans d'autres États de l'Inde.
L'éducation, un outil de prévention de l'exploitation
Aïda Abu Ras considère l'éducation comme un outil de prévention de l'exploitation des femmes. En 2003, elle a créé Friends of Women Workers, la première ONG jordanienne vouée à la lutte contre la traite des femmes et au règlement des problèmes des travailleuses migrantes. Elle fournit à ces dernières des formations relatives à l'égalité des droits, à la santé et à la sécurité, ainsi que des conseils juridiques.
Mme Abu Ras est actuellement en train de mettre au point des programmes supplémentaires de formation pour les travailleuses étrangères, et coopère avec le gouvernement jordanien pour créer les capacités nécessaires pour faire respecter la loi et aider les employées domestiques.
Ces dernières années, des milliers d'étrangères sont en effet venues en Jordanie, attirées par la promesse d'emplois, essentiellement comme domestiques. Selon le Fonds de développement des Nations unies pour la femme, de 60.000 à 70.000 travailleuses étrangères vivent, légalement ou illégalement, en Jordanie. Leur manque de connaissances de la langue et des mécanismes de protection, notamment au niveau des contrats, les rend vulnérables à de nombreuses formes d'abus.
Friends of Women Workers tente de changer les choses par des campagnes de sensibilisation du public. Dans le cadre de l'une de ces campagnes, l'ONG a envoyé deux millions de courriels et plus de 120.000 textos à des utilisateurs jordaniens de téléphones portables. Ces courriels contenaient des instructions sur le traitement approprié des travailleuses.
En récompense de leurs travaux, Mmes Abu ras et Krishanan ont été nommées parmi les « héros qui agissent pour mettre fin à l'esclavage des temps modernes » dans le Rapport sur la traite des personnes que le département d'État a publié cette année. Ce rapport fait le bilan de l'esclavage humain dans le monde et de ce que font les gouvernements pour lutter contre ce problème.