16 juin 2009
Elly Anita et Alice Nah luttent contre l'exploitation des travailleurs dans leur pays.

Washington - Une ancienne victime de la traite des personnes se sert de son expérience pour épargner le même sort à d'autres femmes.
En 2006, Elly Anita, une Indonésienne, a accepté un poste de secrétaire à Dubaï (Émirats arabes unis). Au lieu du Moyen-Orient, où elle comptait prendre son nouveau poste, elle s'est retrouvée dans la région du Kurdistan de l'Irak, où on exigeait d'elle qu'elle travaille comme serveuse ou réceptionniste d'un hôtel. Elle a toutefois refusé et exigé le poste de secrétaire qui lui avait été promis.
Son agent recruteur l'a alors battue, affamée et enfermée. Il est allé jusqu'à placer une arme sur sa tempe. À un doigt de la mort, Elly Anita a persisté à refuser de travailler pour lui en toute autre capacité que celle de secrétaire. Profitant d'un moment où le bureau était vide, elle a trouvé un moyen de planifier son évasion. Elle s'est servie de l'Internet pour contacter une amie, qui l'a mise en relation avec l'ambassade d'Indonésie à Amman (Jordanie) et avec une organisation non gouvernementale (ONG) indonésienne appelée Migrant Care. Avec l'aide de l'Organisation internationale pour les migrations, elle a réussi à fuir l'Irak et à rentrer en Indonésie.
Depuis son retour au pays, Elly Anita se sert de son expérience vécue pour aider à sauver d'autres victimes. Elle a commencé à travailler pour Migrant Care, contribuant ainsi à sauver six autres femmes.
L'un des principaux risques qui menacent les victimes indonésiennes est le travail forcé au Moyen-Orient et dans les pays asiatiques plus développés. L'Arabie saoudite et la Malaisie sont les principales destinations des victimes souvent condamnées à la servitude domestique ou à l'exploitation sexuelle.

La situation en Malaisie
L'année dernière, le gouvernement malaisien a pris certaines mesures pour endiguer le problème de la traite des personnes. Les entreprises malaisiennes emploient souvent des migrants de l'Indonésie, du Népal, de la Thaïlande et d'autres pays de la région. Ces migrants sont soumis aux abus physiques et sexuels, à la détention et à la confiscation de leurs papiers.
Si le gouvernement malaisien a enquêté sur les crimes de traite sexuelle et traduit en justice les contrevenants, il n'a pas pris de mesures pour identifier les victimes de la traite des travailleurs. Il a bien récemment promulgué des lois contre la traite des personnes, mais il n'a pas pour autant annulé les lois précédentes qui autorisent les employeurs à confisquer les papiers des travailleurs migrants. Or sans leurs papiers, ces derniers sont forcés de rester avec leur employeur, souvent dans des conditions dangereuses. Le gouvernement n'a en outre engagé aucune poursuite judiciaire contre des trafiquants de travailleurs.
Mais Alice Nah a agi pour protéger des personnes forcées de travailler en Malaisie. En tant que membre fondatrice du Migration Working Group, elle aide à défendre ceux qui sont les plus vulnérables au travail forcé : les réfugiés et les travailleurs migrants. Le Migration Working Group rassemble des avocats, des universitaires et des bénévoles qui s'occupent des victimes potentielles et les protègent. Avec l'appui de ce réseau, Alice Nah incite les forces locales de l'ordre à prendre des mesures plus énergiques de lutte contre la traite des personnes. Elle a publié des articles sur l'Internet afin d'inciter le gouvernement et le public à prendre conscience du problème et d'encourager les forces de l'ordre à identifier les victimes potentielles avant qu'elles ne tombent entre les mains des trafiquants.
Les États-Unis rendent hommage aux héros de la lutte contre la traite des personnes
Cette année, dans son Rapport sur la traite des personnes, le département d'État a rendu hommage à ces deux femmes. Le département d'État publie ce rapport annuel depuis 2001 afin de faire le bilan des efforts déployés par les gouvernements du monde pour lutter contre la traite. Si de nombreux pays ont pris des mesures énergiques, cette forme moderne d'esclavage continue de sévir dans le monde et de détruire la vie de millions de personnes.
Le département d'État rend hommage aux efforts que déploient certains individus pour mettre fin à la traite des personnes dans la section de son rapport intitulée « Les héros qui agissent pour mettre fin à l'esclavage des temps modernes ». Il s'agit de personnes qui ont fait preuve d'un courage extraordinaire dans la lutte contre ce fléau mondial.
On estime que chaque année, 800.000 hommes, femmes et enfants franchissent illégalement des frontières internationales aux mains de trafiquants. Des millions d'autres sont victimes d'exploitation dans leur propre pays.