Droits de l'homme | La défense de la dignité humaine

12 août 2009

Les femmes réalisent des progrès en Afrique, mais des obstacles subsistent

Entretien avec l'ambassadrice Melanne Verveer

 
Melanne Verveer
Mme Melanne Verveer, la première ambassadrice extraordinaire des États-Unis chargée des questions des femmes dans le monde.

La visite dans sept pays africains de la secrétaire d'État, Hillary Clinton, témoigne de la volonté du gouvernement Obama de jouer un rôle de partenaire auprès de l'Afrique et d'aider ses 800 millions d'habitants à réaliser pleinement leur potentiel. La secrétaire d'État est accompagnée au cours de ce voyage de l'ambassadrice Melanne Verveer, la première ambassadrice extraordinaire des États-Unis chargée des questions des femmes dans le monde.

 

Dans cet entretien exclusif avec America.gov, Mme Verveer évoque la violence à l'égard des femmes, le potentiel des femmes africaines et les obstacles auxquels elles se heurtent, ainsi que l'action qu'elle mène pour faire davantage reconnaître les droits fondamentaux des femmes.

 

QUESTION : Au cours de votre voyage en Afrique en compagnie de la secrétaire d'État, Mme Clinton, pourrez-vous donner des exemples concrets de progrès réalisés dans la lutte contre la violence à l'égard des femmes ?

MME VERVEER : La violence à l'égard des femmes est endémique dans le monde entier, et ce constat n'est pas moins vrai en Afrique. En RDC [République démocratique du Congo], dans le contexte de conflits et le climat d'impunité qui se sont instaurés, la violence contre les femmes est aujourd'hui une crise humanitaire urgente. Le département d'État a fait appel aux ressources de services qui traitent de l'Afrique ou qui s'occupent du développement et de l'aide humanitaire et de l'assistance aux réfugiés et d'autres organes du gouvernement américain pour formuler une stratégie globale visant à remédier à la situation actuelle en RDC : prévention de la violence, protection des femmes et des filles, prise en charge des victimes et poursuites judiciaires des auteurs de violence.

Par exemple, pour contribuer à prévenir la violence, nous nous employons à accroître le nombre de femmes policières et à renforcer la formation des officiers des deux sexes. Nous incorporons une formation aux droits de l'homme dans toutes les opérations de rétablissement ou de maintien de la paix, afin que les membres des forces de maintien de la paix soient formés à intervenir en cas de violence à l'égard des femmes et à signaler tout incident et à ne pas eux-mêmes participer au problème. Pour protéger les femmes et les filles, nous avons demandé à la MONUC [Mission de l'Organisation des Nations unies en RDC] d'accroître le nombre d'agents chargés d'assurer leur protection à plein temps dans l'est du pays et d'établir davantage d'unités mobiles.

En ce qui concerne le traitement, nous finançons, dans le cadre de l'USAID [l'Agence des États-Unis pour le développement international], des programmes visant à renforcer les systèmes de santé dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu et à établir des centres de soins communautaires qui dispensent en un seul endroit des traitements médicaux, notamment la réparation de fistules et la détection du VIH et de MST, ainsi que des soins de santé mentale et une aide juridique. Pour que les coupables soient traduits en justice et pour contribuer à mettre fin à la culture de l'impunité, nous coopérons avec l'International Narcotics and Law Enforcement Bureau et l'Initiative Women's Justice and Empowerment, ainsi qu'avec le CICR [Comité international de la Croix-Rouge] et l'USAID, en contribuant à financer l'action qu'ils mènent à l'échelle communautaire pour renforcer les moyens et l'appui apportés aux poursuites judiciaires. Il s'agit d'un problème complexe, au cœur duquel figure l'inégalité fondamentale des femmes en RDC. Nous ne pouvons pas faire évoluer cette situation d'un jour à l'autre. Mais avec l'aide de partenaires du gouvernement américain et de la communauté internationale, et avec la population de la RDC, nous pouvons vraiment obtenir des changements.

QUESTION : Y a-t-il en Afrique des exemples, qui seront mis en valeur au cours de votre voyage, de femmes réussissant à parvenir à l'égalité avec les hommes pour promouvoir le progrès économique et social et en bénéficier dans leur pays ?

MME VERVEER : Nous pouvons citer des domaines dans lesquels des progrès ont été réalisés. Malheureusement, il n'y a aucun pays sur terre dans lequel les femmes sont parvenues à l'égalité avec les hommes dans la sphère politique, économique ou sociale. Des améliorations ont lieu à certains égards, mais il reste également des problèmes - notamment, la violence - face auxquels les progrès sont beaucoup trop lents. Certaines des améliorations réalisées sont précaires. Dans de nombreux pays africains, comme dans d'autres régions du monde qui font leur entrée sur la scène économique, des femmes ont accompli certains progrès à mesure que l'économie mondiale se développait. Mais avec la récession mondiale actuelle, bon nombre de ces emplois ont été supprimés. Ces pertes d'emploi risquent d'avoir des conséquences à long terme. Si, par exemple, des familles en difficulté financière décident de faire des économies en mettant fin à la scolarité de leurs filles, nous pourrions nous trouver, à terme, face à un manque de femmes instruites et dotées de compétences professionnelles en Afrique. Des efforts ont été faits, avec succès, pour accroître les débouchés économiques offerts aux femmes en supprimant les obstacles qui existent, par exemple le manque de droits de propriété, ou les dispositifs réglementaires qui nuisent à la participation des femmes à la vie économique. Les femmes réalisent également de grands progrès en augmentant la rentabilité de leurs activités artisanales et en arrivant à vendre leurs produits sur les marchés mondiaux. Les femmes alimentent la croissance du PIB [produit intérieur brut] et leur participation à l'économie est une condition essentielle à la réduction de la pauvreté et au progrès économique.

Sur le plan politique, nous avons également de bonnes nouvelles. Le Rwanda, où 30 % des sièges du parlement sont réservés aux femmes, a maintenant une majorité de femmes parmi ses législateurs (56 %) ; c'est le premier pays du monde à atteindre ce seuil. Au Libéria, sous la direction de la dynamique présidente [Ellen] Johnson Sirleaf, un certain nombre de femmes siège actuellement au gouvernement et notamment aux ministères de la justice, du commerce et de l'agriculture. En Afrique du Sud également, de nombreuses femmes occupent des fonctions ministérielles et d'autres rôles de premier plan. En Tanzanie, les juges changent la façon dont sont traitées les affaires de violence à l'égard des femmes. Il s'agit là de progrès en soi, qui se traduisent également par des progrès économiques et sociaux à mesure que les femmes occupant ces fonctions attirent l'attention sur des lois auxquelles personne ne s'intéressait ou qui étaient désuètes.

QUESTION : Vous avez accumulé au cours de votre carrière dans le secteur privé un long et brillant palmarès dans le domaine de la défense des intérêts des femmes. Qu'espérez-vous accomplir dans vos toutes nouvelles fonctions d'ambassadrice extraordinaire des femmes dans le monde ?

MME VERVEER : Merci ! Il y a tant à faire, mais il y a également tant de possibilités de réaliser de véritables progrès. Lorsque le président Obama a créé ce bureau et ma fonction en avril, c'était la première fois qu'un ambassadeur extraordinaire était nommé pour s'occuper de ces questions. C'était sans précédent et cela témoigne de l'importance qu'accorde ce gouvernement à la situation des femmes.

Notre bureau œuvre en faveur de l'égalité des femmes dans le monde entier sur le plan social, économique et politique. La secrétaire d'État, Mme Clinton, a parfaitement résumé cette action lorsque à Pékin, en 1995, lors de la Quatrième Conférence mondiale des Nations unies, elle a déclaré en sa qualité de première dame des États-Unis : « Les droits des femmes sont des droits de l'homme et les droits de l'homme sont les droits des femmes. » C'est un principe très simple qui ne devrait susciter aucune controverse. Et pourtant ce principe est bafoué tous les jours, partout dans le monde.

Lorsqu'on œuvre en faveur de l'égalité des femmes, toutes les questions sont liées. Le gouvernement a par exemple fait de la santé des femmes, notamment de la santé maternelle, une priorité. Il ne se passe pas une seule minute sans qu'une femme meure pendant la grossesse ou l'accouchement, de causes en grande partie évitables, ou subit des lésions durables en accouchant en l'absence de personnel qualifié. L'Initiative mondiale pour la santé, lancée par le président, constitue notre meilleure chance d'aider le monde à réaliser l'objectif du Millénaire pour le développement des Nations unies sur la santé maternelle, qui consiste à obtenir une réduction de 75 % du taux de mortalité maternelle d'ici à 2015. Le fait est que des mères en bonne santé fondent des familles en bonne santé. Leurs filles et leurs fils ont alors plus de chances d'être correctement nourris et correctement instruits. Et ces filles instruites aident non seulement l'économie de leur pays - d'après la Banque mondiale, l'éducation des femmes se traduit par un accroissement de leur salaire pouvant aller jusqu'à 20 % pour chaque année supplémentaire de scolarité - mais elles sont également capables de prendre de meilleures décisions en ce qui concerne leur propre santé et celle de leur famille.

Notre bureau s'occupe donc de l'ensemble des questions concernant les femmes : le droit de vivre à l'abri de la violence - pas seulement la violence conjugale, mais également le viol, le harcèlement, le trafic d'êtres humains, les meurtres dits « d'honneur », les mutilations génitales, le mariage des enfants, etc. - ainsi que l'accès aux soins de santé, à l'éducation, à la formation à des postes de direction, et une participation accrue à la vie politique et économique. Les progrès réalisés dans un domaine bénéficient de ceux réalisés dans d'autres domaines et les renforcent également. Il s'agit d'un travail difficile, mais qui est facilité, je crois, par le fait que l'on reconnaît de plus en plus que ces questions ne concernent pas seulement les femmes de quelques pays. Ce sont des questions qui nous concernent tous, qui se répercutent sur notre sécurité nationale - car aucun pays ne peut être libre et stable, et doté d'une société civile importante, si la moitié de sa population est reléguée à l'arrière-plan. Ce sont des questions qui renvoient à notre conception même du monde dans lequel nous voulons vivre. Le département d'État accorde aux questions des femmes une place centrale dans le cadre de sa politique étrangère car c'est ce qu'il est juste de faire et c'est également ce qu'il est intelligent de faire : nous ne pouvons résoudre les défis du monde actuel sans tirer parti des compétences et des talents de chacun, femmes et hommes ensemble.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?