Droits de l'homme | La défense de la dignité humaine

12 août 2009

Hillary Clinton : rien ne peut excuser la violence contre les femmes

Les propos de la secrétaire d'État américaine en RDC

 
Agrandissement
Manifestation contre la violence dans l'est de la RDC
Des Congolaises se manifestent contre la violence dans le Nord-Kivu, où des centaines de milliers de femmes ont été violées.

Washington - Condamnant « la terrible tendance » à utiliser la violence sexuelle contre les femmes comme outil de guerre, la secrétaire d'État, Mme Hillary Clinton, a exhorté les dirigeants de la République démocratique du Congo (RDC) et d'autres gouvernements de la région, de même que des entités non étatiques, à entreprendre « des efforts concertés » afin de prévenir et décourager la violence sexuelle.

Lors d'une interview sur Radio Okapi à Kinshasa, Mme Clinton a dit, le 10 août, que la situation des droits de l'homme en RDC « avait désespérément besoin d'être améliorée ». Le gouvernement sort de plusieurs années de conflits déstabilisants et les droits fondamentaux sont souvent « considérés comme un luxe en temps de guerre », a reconnu la secrétaire d'État. Cependant, « il n'y a plus d'excuse et il faut s'attendre à plus d'efforts sur ce dossier de la part du gouvernement », notamment un engagement à promouvoir les droits de l'homme et à sévir contre les coupables, en particulier ceux qui sont responsables de violations des droits fondamentaux des femmes.

« Il faut commencer par s'assurer que les soldats des forces armées nationales ne commettent pas d'actes de violence sexuelle ou de violence basée sur le sexe de la victime, on ne doit tolérer l'impunité pour personne, et il faut faire le nécessaire pour empêcher le financement des milices et trouver des solutions aux tensions politiques sous-jacentes dans l'est de la RDC », a déclaré Mme Clinton.

La violence sexuelle en RDC ne se limite pas aux zones de conflit, a-t-elle ajouté. Comme dans d'autres pays, la violence au foyer et les délits de viol existent en RDC et il est nécessaire d'adopter et d'appliquer des lois plus fermes à cet égard. « Il faut qu'il y ait des mesures juridiques solides et des poursuites judiciaires pour faire clairement savoir que la violence sexuelle est inacceptable, qu'il ne peut y avoir d'excuse pour de tels actes. » Et « j'espère que nous verrons ces changements dans l'avenir », a dit Mme Clinton.

Elle a aussi souligné que les États-Unis et d'autres entités, notamment les Nations unies, étaient prêts à aider les autorités congolaises à prévenir la violence sexuelle. Le gouvernement Obama est non seulement celui qui fournit le soutien le plus important aux forces onusiennes de maintien de la paix chargées d'assurer la stabilité dans l'est de la RDC, mais il œuvre aussi de concert avec l'armée congolaise pour « former et sensibiliser les soldats à la question des droits de la personne et au respect des droits des femmes ». Les États-Unis fournissent aussi aux femmes victimes d'actes de violence sexuelle des soins médicaux pour les aider à les surmonter, a ajouté Mme Clinton.

La protection et la promotion des droits de la personne, la bonne gouvernance, des institutions nationales solides et un marché libre sont des objectifs très importants de développement pour un pays, même s'ils ne sont pas des éléments aussi tangibles ou visibles que la construction d'hôpitaux et de routes, a fait remarquer Mme Clinton.

Agrandissement
Anita Kpakiwa
Anita Kpakiwa, une victime de l'esclavage et de la violence sexuelle, fait partie des millions de femmes traumatisées de par le monde.

« Je sais très bien que parfois les gens voient une route plus facilement qu'ils ne peuvent voir la protection des droits de la personne humaine. Pourtant, vous pouvez avoir un pays qui a des routes mais qui refuse toujours à son peuple ses droits fondamentaux. Il ne favorise donc aucun développement économique, ce qui fait qu'il n'y existe pas de biens et de services auxquels ces routes seraient utiles et qui pourraient améliorer la vie des gens », a-t-elle précisé.

« Je pense qu'un effort général doit être entrepris, et je crois que les États-Unis, du fait de l'aide qu'ils apportent dans le domaine de la sensibilisation et de la santé, jouent un rôle très important. Et nous sommes ici pour déterminer ce que nous pouvons faire de plus », a dit Mme Clinton.

Lors d'un entretien accordé à la station de télévision Raga de Kinshasa, le 10 août, Mme Clinton a indiqué qu'un nombre croissant de pays et d'organisations internationales, notamment la Banque mondiale, étaient prêts à aider la RDC mais qu'il fallait d'abord qu'ils soient sûrs que la bonne gouvernance et la primauté du droit y règnent. « Les gens ne viendront pas vous aider à moins qu'ils ne soient sûrs que leur assistance donnera les résultats qu'ils espèrent », a souligné Mme Clinton. « Ils veulent être sûrs que l'aide qu'ils fourniront ne finira pas entre les mains d'un petit nombre de gens. » Mme Clinton a fait remarquer que la corruption et la situation des droits de l'homme en RDC était « très graves » et que « l'impunité dont bénéficient ceux qui sont coupables de corruption financière ou de violations des droits de l'homme décourage les investisseurs étrangers qui veulent un climat sûr pour faire des affaires ».

Mme Clinton et le président Obama sont déterminés à faire du développement et de la démocratisation de l'Afrique une priorité de la politique étrangère des États-Unis. « Nous pensons », a dit Mme Clinton, « que la République démocratique du Congo possède des potentialités et des promesses d'avenir énormes ».

Le gouvernement pourrait notamment prendre des décisions relatives à l'exploitation de ses ressources naturelles qui apporteraient des bienfaits au pays et répondraient à ses besoins de développement. Mme Clinton a mentionné l'exemple du Botswana, qui a fait le nécessaire pour rester propriétaire de 20 % de la compagnie De Beers qui exploite les mines de diamants du pays et pour faire bénéficier la population de ces revenus. « Par conséquent, quand vous allez au Botswana, vous voyez de bonnes routes, vous avez de l'eau propre, parce que la population et ses dirigeants ont décidé qu'ils n'allaient pas être exploités et n'allaient pas permettre aux revenus de finir entre les mains de quelques personnes seulement », a dit Mme Clinton.

Les ressources de la RDC lui apportent actuellement des revenus énormes, mais le manque de responsabilité, de transparence et de bonne gouvernance fait que le peuple congolais n'en tire pas parti. La secrétaire d'État a souligné que le gouvernement devait adopter un autre modèle de développement.

« Chaque fois que quelqu'un se sert d'un certain genre de téléphone mobile, il utilise des minerais qui proviennent de l'est du Congo. Qu'est-ce que cela apporte aux gens que j'ai vus sur la route de l'aéroport à la ville ? Rien », a dit Mme Clinton. « Cela ne les aide en rien. »

Mme Clinton a suggéré que le gouvernement devrait annoncer qu'il déclarerait en public « chaque centime qui provient de n'importe quelle source » pour faire montre de plus de transparence et enrayer la corruption.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?