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08 avril 2009

Certains Américains abordent directement la question de l'esclavage

Une université aide des descendants d'esclaves et d'anciens maîtres à communiquer.

 
Mmes Betty et Phoebe Kilby
Mmes Betty et Phoebe Kilby essayent ensemble de se guérir des séquelles causées par plusieurs générations d'escalavage

Washington - Phoebe Kilby, une habitante de Woodstock (Virginie), soupçonnait depuis longtemps qu'il existait un lien entre sa famille blanche et une famille noire portant le même nom qui habitait non loin de là à Front Royal. Après avoir confirmé par des recherches que sa famille avait autrefois possédé les ancêtres des Kilby de Front Royal comme esclaves, elle décida de prendre contact avec Betty Kilby, une Afro-Américaine, et d'entamer un dialogue pour aborder personnellement ce que d'aucuns décrivent comme le péché originel de l'Amérique : l'esclavage des Africains.

À l'université Eastern Mennonite de Harrisonburg (Virginie), où elle est directrice associée pour le développement au Center for Justice and Peacebuilding (Centre pour la justice et l'établissement de la paix), Phoebe Kilby a découvert le programme « Coming to the Table » (CTTT, s'asseoir autour de la table), une initiative lancée par des descendants de propriétaires d'esclaves et d'esclaves pour créer des liens entre eux, échanger leurs histoires familiales et discuter du legs de l'esclavage, notamment au niveau des relations entre les races. Ce programme tire son nom d'un discours de la figure emblématique du mouvement en faveur des droits civils, le pasteur Martin Luther King, qui avait entrevu un jour « où les fils d'anciens esclaves et ceux de leurs anciens maîtres pourraient s'asseoir ensemble à la table de la fraternité ».

Amy Potter, la directrice de ce programme, a dit à America.gov que le CTTT avait démarré lorsque le superviseur du campus de l'université, Will Hairston, descendant de l'une des plus grandes familles esclavagistes de la Virginie et de la Caroline du Nord, lui avait fait part de l'expérience qu'il avait vécue en participant aux réunions de famille des Hairston noirs. Il a notamment été surpris par la chaleur de l'accueil qu'il a reçu mais, au fil des conversations, il a commencé à comprendre la douleur profonde que ces gens avaient héritée du passé. À l'époque, Mme Potter, qui travaillait pour le programme Strategies for Trauma Awareness and Resilience (Stratégies pour la prise de conscience des traumatismes et la résilience) de l'université, a tout de suite entrevu comment, par le biais de relations comme celles des Hairston, il était possible de panser les plaies de l'esclavage.

« Peu à peu, les gens qui étaient descendants de propriétaires d'esclaves et qui avaient entendu parler de ce programme se sont mis à m'appeler (…) Ils réalisaient qu'ils avaient identifié les descendants de gens que leurs ancêtres avaient tenus en esclavage et voulaient entrer en contact avec eux. Nous les avons aidés à le faire. »

L'histoire peut être inconnue ou non désirée

Mme Potter affirme que les participants au programme CTTT « ont accepté l'histoire et se sont heurtés à des questions difficiles. Ils souhaitent nouer des relations entre eux, et ils s'en réjouissent. » D'autres Américains n'aiment pas l'idée de revisiter le passé, a-t-elle précisé.

La plupart d'entre eux n'ont aucune idée, ou du moins une idée très vaque, du fait que l'esclavage ou l'esclavagisme a fait partie de l'histoire de leur famille, surtout lorsqu'ils se sont éloignés de leur foyer ancestral. Parfois l'information est perdue ou simplement omise soit parce qu'on en a honte, soit par simple manque de curiosité.

Phoebe Kilby a dit à America.gov que lorsqu'elle avait posé des questions à son père au sujet des Kilby noirs qui habitaient non loin de chez eux, il avait affirmé qu'il n'existait aucun lien. Du côté de Betty Kilby, « ses grands-parents ne voulaient pas en parler (…) C'était une source de honte. Son père avait des soupçons, mais il avait peur de chercher plus loin. »

 

Réunion des descendants d'esclaves et de ceux de leurs propriétaires en 2006
L'université Eastern Mennonite a réuni des descendants d'esclaves et des descendants de leurs propriétaires en 2006.

C'est en faisant des recherches dans des archives de tribunaux que Phoebe a trouvé un lien. Lorsque, en 2007, elle a trouvé l'adresse de Betty, elle lui a envoyé le courriel suivant : « Je m'appelle Phoebe Kilby, et je suis blanche (…) Je pense que nos familles ont eu des relations dans le passé. » La réponse de Betty a été positive. Sur la ligne réservée au sujet du message, elle a écrit : « Salut, cousine ».

Toutefois, elle a dû faire un examen de conscience, a expliqué Mme Potter. Elle avait vécu le racisme des Blancs, notamment lorsqu'elle avait été l'une des premières Afro-Américaines à intégrer une école publique de Front Royal dans les années 50. Elle s'est demandé ce que ses ancêtres penseraient de ce courriel. « Ce n'est que lorsqu'elle a vraiment réfléchi à ce que sa grand-mère et son père lui avaient enseigné qu'elle a compris qu'ils accepteraient. Mais elle avait eu besoin de cet exercice mental pour rencontrer Phoebe. »

 

Regarder le passé en face contribue à unir la nation

Si les tentatives de contact sont parfois refusées ou laissées sans réponse, a expliqué Mme Potter, la plupart des gens essaient d'entrer en contact parce qu'ils veulent en savoir plus sur leurs ancêtres.

Or regarder le passé en face n'est pas une chose facile. Le viol était souvent un volet de l'esclavage, comme en témoigne la présence de nombreux descendants d'esclaves à la peau claire. « Que faire de cette information ? C'est n'est pas facile lorsque vous vivez dans la réalité de votre propre famille et que les autres aussi sont d'honnêtes gens. »

Phoebe a déclaré qu'une grande partie de la brutalité de l'esclavage avait été occultée. « Mais elle était réelle, et ça ne remonte pas à si loin. »

 

Aujourd'hui, Betty et Phoebe participent ensemble à des séminaires durant lesquels elles racontent leur histoire et la façon dont elles peuvent guérir ensemble. « C'est une expérience très enrichissante », a dit Phoebe, et cela lui a ouvert les yeux sur les difficultés auxquelles se heurtent les Afro-Américains, difficultés qui vont de l'inégalité sociale aux obstacles à l'éducation.

Durant sa campagne présidentielle, Barack Obama, qui compte parmi ses ancêtres des Blancs propriétaires d'esclaves, a déclaré que les Américains n'avaient toujours pas solutionné la complexité des relations raciales et de la douleur accumulée au fil de l'histoire. « Nous n'avons pas le choix si nous voulons continuer sur la voie d'une union plus parfaite », a-t-il dit le 19 mars 2008.

Selon Mme Potter, l'élection de Barack Obama a ouvert la possibilité d'une discussion franche au sujet de l'esclavage dans les médias et encouragé une conversation qui aurait « été inimaginable il y a seulement dix ans ». Si les participants au CTTT sont encore peu nombreux, « leurs rangs se gonflent. Il se passe des choses. »

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