Droits de l'homme | La défense de la dignité humaine

24 mars 2008

Introduction du Rapport sur les droits de l'homme dans le monde en 2007

Ce rapport examine le bilan en matière de droits de l'homme dans le monde, pays par pays.

 

On trouvera ci-après l'introduction du Rapport sur les droits de l'homme dans le monde en 2007, publié par le département d'État des États-Unis le 11 mars 2008.

(Début du texte)

Département d'État

Le 11 mars 2008

Le Rapport sur les droits de l'homme dans le monde en 2007

Introduction

Le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme est, comme l'a rappelé le président Bush, « le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde ». Aujourd'hui, partout dans le monde, des hommes et des femmes luttent contre vents et marées et prennent de grands risques pour protéger leurs droits fondamentaux de vivre dans la dignité, de suivre leur conscience et de dire ce qu'ils pensent sans aucune crainte, de choisir leurs gouvernants et de les tenir responsables de leurs actions, et d'avoir accès à une justice égale pour tous dans le cadre de la législation.

La démocratie se conçoit de plus en plus comme le type de gouvernement le plus à même de garantir ces droits et ces libertés fondamentales, mais aucune forme de gouvernement n'est parfaite. La démocratie est un système de gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple fondé sur le principe que tous les êtres humains ont le droit inhérent de déterminer leur propre avenir mais qu'ils sont aussi imparfaits et qu'il convient donc d'établir des paramètres correctifs. Nos concitoyens peuvent être fiers et se prévaloir de leur histoire, eux qui depuis la fondation de notre pays cherchent, génération après génération, à rapprocher leur pratique de la démocratie de leurs principes alors même qu'ils s'attachent à lutter contre les injustices et à relever les défis de chaque nouvelle ère.

Le département d'État est pleinement conscient, alors même qu'il publie ces rapports, des critiques exprimées tant à l'intérieur du pays qu'à l'étranger sur notre bilan en matière de droits de l'homme. Le gouvernement continuera à répondre en toute franchise aux préoccupations concernant nos propres actions, y compris celles menées pour défendre notre pays contre la menace mondiale du terrorisme. Nos lois, nos politiques et nos pratiques ont considérablement évolué au cours des dernières années et nous nous efforçons à tout moment de protéger la population civile innocente de toute attaque tout en honorant notre engagement de respecter les droits de l'homme et les libertés fondamentales. Dans le cadre de cette politique, nous soumettons des rapports aux organes internationaux conformément aux divers traités sur les droits de l'homme dont nous sommes signataires.

Nous prenons tous nos engagements en matière de droits de l'homme très au sérieux et dans le cadre des efforts de bonne foi que nous déployons pour les tenir, nous reconnaissons le rôle crucial de la société civile et des médias. Nous ne considérons pas que les opinions exprimées par certains membres de la communauté internationale concernant notre bilan constituent une ingérence dans nos affaires intérieures et les autres gouvernements ne devraient pas non plus considérer comme telle les opinions exprimées sur le leur. De fait, la Déclaration universelle des droits de l'homme déclare que c'est le droit et le devoir de « tous les individus et tous les organes de la société … de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives ».

Ces rapports dont la préparation est requise par le Congrès, décrivent la manière dont, en 2007, d'autres gouvernements, partout dans le monde, ont respecté leurs engagements internationaux en matière de droits de l'homme. Ils informent la politique du gouvernement américain et peuvent également servir de référence à d'autres gouvernements, à des institutions intergouvernementales, à des organisations non gouvernementales, aux individus et aux médias. Chaque rapport se suffit à lui-même mais leur lecture transversale permet aussi de dégager certaines tendances au regard des progrès des droits de l'homme et des principes démocratiques. Les exemples donnés ci-après sont donnés à titre d'illustration et ne doivent en aucun cas être considérés comme exhaustifs.

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En 2007, les pays dans lesquels la cause des droits de l'homme et de la démocratie a sensiblement reculé ont fait la première page des journaux. D'autres ont vu des progrès considérables dans ce domaine en dépit d'énormes défis persistants. La majorité s'est située entre ces deux extrêmes, enregistrant des progrès limités ou essuyant des revers ; on peut citer les suivants à titre d'illustration :

En Mauritanie, l'inauguration en avril d'un président élu lors d'élections reconnues par la communauté internationale comme largement libres et régulières a marqué la première transition réussie du pays vers la démocratie depuis son indépendance, il y a un demi-siècle. Le résultat de ce scrutin ajouté à celui des élections parlementaires de novembre 2006 a créé un climat de tolérance dans lequel la participation à la sphère politique s'élargit. Le nouveau gouvernement a été le premier à mieux s'attaquer aux problèmes des droits de l'homme, notamment à ceux liés aux vestiges de l'esclavage, à l'inégalité sociale et politique dont souffrent les Maures noirs et les Afro-Mauritaniens et au rapatriement des réfugiés mauritaniens vivant au Sénégal.

Le Ghana a fêté son 50e anniversaire comme État indépendant en mars 2007. Au cours des 15 dernières années, il a connu une série d'élections démocratiques libres et transparentes, la naissance d'une société civile dynamique et l'engagement de mener des réformes durables par le biais de la bonne marche des branches du gouvernement. Sous la houlette du président Kufuor, auquel la Constitution interdit de se présenter pour un troisième mandat et qui jusqu'à une date récente était président de l'Union africaine, le Ghana a aussi activement contribué à la promotion de la démocratie et de la stabilité dans d'autres pays africains.

Dans le cadre d'un large processus de réformes, les élections parlementaires de septembre au Maroc ont été transparentes et ont vu la montée de l'influence du Conseil consultatif des droits de l'homme. Bien que les observateurs aient noté des problèmes pendant la campagne et que des tentatives de corruption et d'autres manipulations aient été signalées, le gouvernement a publié les statistiques concernant la participation et les résultats par district du vote populaire dans les 48 heures et tous les partis politiques ont accepté les résultats comme justes. Certaines réformes du système pénitencier, y compris celle y autorisant l'accès des ONG, ont accompagné l'engagement public de développer une culture des droits de l'homme. Des problèmes persistent néanmoins au regard des droits de l'homme, notamment des restrictions sur la liberté de la presse et des abus dans la partie du Sahara occidental administrée par le Maroc.

Haïti a connu trois tours d'élections démocratiques en 2006, dont celles d'un nouveau président et du parlement. En 2007, cependant, le pays n'a pas organisé les élections sénatoriales requises.

Au Népal, le gouvernement intérimaire a reporté par deux fois les élections pour une Assemblée constituante après l'accord de paix de novembre 2006 qui mettait fin à dix ans d'insurrection. Si les abus par les forces de sécurité ont considérablement baissé, les membres des groupes maoïstes et de la ligue des jeunes communistes, apparentée aux Maoïstes, ainsi que d'autres petits groupes armés souvent à base ethnique ont été responsables de nombreuses violations graves des droits de l'homme et ont attaqué des civils, des représentants du gouvernement, des membres de certains autres groupes ethniques, voire des Maoïstes, ou se sont attaqués les uns les autres. Faute de soutien politique, les forces de police hésitent à intervenir, notamment contre les Maoïstes. Le gouvernement a pris une mesure positive en nommant des commissaires auprès de la Commission nationale des droits de l'homme en septembre mais il n'a cependant pas révélé où se trouvaient quelque 700 personnes portées disparues en 2006 par la Commission et les Nations unies. L'impunité des personnes violant les droits de l'homme, les menaces contre les médias, les arrestations arbitraires et les longues détentions préventives restent des problèmes graves.

En Géorgie, les progrès des droits de l'homme et de la démocratie ont été irréguliers. Le bilan du gouvernement en matière de droits de l'homme s'est amélioré dans certains domaines au cours de l'année. Le gouvernement a ouvert un Institut de la magistrature qui forme des juges et le Parlement a adopté une loi qui interdit les communications entre les juges et les parties en dehors de la salle d'audience ; il a également promulgué un Code de déontologie pour les juges. D'un autre côté, le respect de la liberté d'expression, de la presse et de réunion a souffert pendant la crise politique de l'automne au cours de laquelle on a vu des affrontements entre police et manifestants et où le gouvernement a fait usage de force excessive pour disperser les manifestations, a suspendu temporairement les émissions de la station de télévision la plus populaire - ainsi que celles de deux autres - et a déclaré l'état d'urgence. À la suite de la crise, le président Saakashvili a présenté sa démission et a appelé à des élections présidentielles anticipées.

Bien que les résultats du Kirghizstan en matière de droits de l'homme et de démocratie se soient considérablement améliorés après les élections présidentielles de 2005, la situation en 2007 est restée la même qu'en 2006, le gouvernement restreignant la liberté de réunion pacifique, emprisonnant les organisateurs et modifiant hâtivement la Constitution, le code électoral et sa propre composition. D'une manière générale, le gouvernement a respecté la liberté d'expression mais il a accru la pression sur les médias indépendants. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), d'autres observateurs occidentaux des élections et des observateurs indépendants locaux ont signalé des violations importantes et fréquentes lors du référendum constitutionnel d'octobre et les élections parlementaires de décembre n'ont pas été à la hauteur des normes internationales.

En Russie, la centralisation du pouvoir dans l'exécutif, la docilité de la Douma, la corruption et la sélectivité de l'application de la législation, la lourdeur des prescriptions concernant l'enregistrement des ONG, le harcèlement de certaines d'entre elles, et les restrictions imposées sur les médias ont continué à éroder la responsabilité du gouvernement envers ses administrés. Du fait qu'il détient directement nombre d'organes d'information, qu'il influence les propriétaires de nombreux autres, qu'il harcèle et intimide les journalistes et les oblige à s'autocensurer, le gouvernement continue à affaiblir la liberté de la presse. Des assassinats de journalistes n'ont toujours pas été élucidés. La loi concernant l'extrémisme a été utilisée pour limiter la liberté d'expression et de réunion. Le gouvernement a considérablement restreint la capacité des partis politiques d'opposition et des candidats individuels de participer au processus politique. Les élections de décembre à la Douma ont été entachées de problèmes pendant la campagne et le jour du scrutin : abus des ressources administratives, favoritisme des médias pour le parti de la Russie unie soutenu par le président Poutine, harcèlement des partis de l'opposition, difficultés pour l'opposition de faire inscrire ses candidats et de faire campagne, et fraude électorale. Les observateurs internationaux ont conclu que les élections n'avaient pas été régulières et ne répondaient pas aux normes des élections démocratiques. Le bilan des droits de l'homme est resté mauvais à l'intérieur et autour de la république de Tchétchénie et il s'est empiré en République d'Ingouchie où l'on a vu une montée de la violence et des abus de la part des forces de sécurité.

En dépit de l'engagement déclaré du président Musharraf en faveur de la transition démocratique, la situation des droits de l'homme s'est dégradée au Pakistan en 2007. Après la suspension du président de la Cour suprême par M. Musharraf, les magistrats et la société civile ont manifesté, demandant l'indépendance du pouvoir judiciaire, ce qui a causé des arrestations en masse qui ont elles-mêmes amené une longue grève des magistrats. En novembre, le président Musharraf a déclaré l'état d'urgence avant la décision attendue de la Cour suprême sur son éligibilité de se représenter à la présidence. Pendant cette période, il a suspendu la Constitution et arrêté huit juges de la Cour suprême, y compris son président, et 40 juges de hautes cours régionales. Les autorités ont aussi arrêté quelque 6.000 membres de partis de l'opposition, défenseurs des droits de l'homme, juges et autres magistrats. À la fin de l'année, il y avait toujours 11 juges suspendus et 3 magistrats assignés à domicile et les médias étaient tenus de signer un code de conduite qui leur interdisait de critiquer le gouvernement sous peine d'être interdits de publication. D'un autre côté, le président Musharraf  s'est démis de ses fonctions de Chef des forces armées à la fin de novembre, prêté serment de chef de l'État à titre civil et a levé l'état de siège en décembre. Les dirigeants des deux principaux partis d'opposition sont revenus d'exil et des élections parlementaires ont été programmées : elles ont été reportées après l'assassinat de Benazir Bhutto.

Au Bangladesh, la situation des droits de l'homme s'est dégradée en partie du fait de la proclamation de l'état d'urgence et du report des élections. Les Règles de l'état d'urgence, proclamées par le gouvernement en janvier et en vigueur pendant toute l'année, ont suspendu de nombreux droits et libertés fondamentaux, dont la liberté de la presse, la liberté d'association et le droit de caution. Les mesures anticorruption lancées par le gouvernement ont bénéficié du soutien populaire mais aussi suscité des inquiétudes quant à l'observation des procédures judiciaires régulières. Pendant la plus grande partie de l'année, le gouvernement a interdit toutes les activités politiques mais cette décision n'a pas toujours été appliquée. Si le nombre des exécutions extrajudiciaires par les forces de sécurité a sensiblement baissé, ces forces ont été accusées de nombreux abus, notamment de morts survenues en prison, d'arrestations et de détentions arbitraires et de harcèlement de journalistes.

Au Sri Lanka, le respect des droits de l'homme par le gouvernement a continué de baisser, le conflit armé créant un cycle de violence attisé par les deux côtés. Des rapports crédibles font état de meurtres par des agents du gouvernement, d'assassinats par des inconnus, d'exécutions politiquement motivées, de recrutement d'enfants soldats par les forces paramilitaires liées au gouvernement, de disparitions, d'arrestations et de détentions arbitraires et de nombreux autres abus graves. Les exécutions extrajudiciaires dans la péninsule de Jaffna sous contrôle du gouvernement ont considérablement augmenté. De nombreux rapports disent que des agents de l'armée, de la police et de groupes paramilitaires progouvernementaux ont participé à des attaques contre des civils, torturé, kidnappé, pris des otages et se sont livrés à des extorsions en toute impunité. Les Tigres de la libération de Tamil Eelam, organisation terroriste reconnue qui contrôle d'importants territoires dans le nord de l' île, ont continué à attaquer les civils, à se livrer à la torture et à pratiquer des arrestations et des détentions arbitraires et d'autres abus.

En 2007, l'insécurité causée par les conflits internes ou transfrontaliers a continué de menacer ou de bloquer les progrès des droits de l'homme et de la démocratie. Ailleurs, inversement, les améliorations en matière de sécurité ont permis de créer des conditions plus propices à des avancées dans ces domaines.

Les mesures prises par le gouvernement colombien en faveur des droits de l'homme et pour améliorer la sécurité ont eu des effets visibles. L'application de la Loi sur la justice et la paix a aidé à tirer au clair plus de 3.000 crimes et a amené l'exhumation de charniers : plus d'un millier de cadavres ont pu être identifiés. Les enquêtes de la Cour suprême et du Procureur général sur les liens entre des politiques et des groupes paramilitaires ont impliqué un certain nombre d'élus dont plusieurs étaient en prison à la fin de l'année. Une directive du ministère de la défense a permis de transférer quelque 600 affaires de droits de l'homme qui devaient être jugées par des tribunaux militaires à des tribunaux civils.

En Irak, la constitution et la législation offrent un cadre pour le libre exercice des droits de l'homme et de nombreux civils ont participé aux efforts de création d'institutions civiles et sécuritaires visant à protéger ces droits. Il reste que la violence sectaire, ethnique et extrémiste et la faiblesse du gouvernement au regard du respect de l'État de droit ont entraîné des abus graves et généralisés des droits de l'homme et l'apparition d'un grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDI). Les six premiers mois de l'année ont été les plus meurtriers de la guerre et les six mois suivants ont vu une chute notable du nombre des morts de civils avec la mise en œuvre d'une nouvelle stratégie. Grâce aux nouveaux efforts militaires, la violence a décru, le cessez-le-feu de certains groupes chiites s'est imposé et des groupes locaux de citoyens ont contré les extrémistes. Au cours de l'année, les institutions gouvernementales ont été soumises à toutes sortes de pressions et elles ont eu des difficultés à faire face aux défis posés par les violations généralisées des droits de l'homme et les attaques d'Al-Qaïda, des terroristes et des groupes extrémistes dans le pays. Les groupes terroristes ont continué à attaquer les civils et les forces de sécurité.

Malgré les progrès importants enregistrés depuis la chute des talibans en 2001, le bilan de l'Afghanistan en matière de droits de l'homme reste médiocre du fait de l'insurrection qui reste meurtrière, de la faiblesse du gouvernement et des institutions traditionnelles, de la corruption et du trafic de drogues, et de 25 années de conflit. Si le gouvernement a quelque peu assis son autorité dans les centres provinciaux, les talibans et les factions opérant en dehors de l'autorité de l'État contrôlent certaines parties du pays. Au cours de l'année, plus de 6.500 personnes ont été tuées par des bombes de bord de route, dans des attaques suicides ou des combats, ce qui représente une augmentation considérable par rapport à l'an dernier. Les abus perpétrés par les forces de sécurité ont continué - exécutions extrajudiciaires, arrestations et détentions arbitraires et torture, le tout dans la plus grande impunité officielle. Le gouvernement a cependant fait des efforts pour professionnaliser l'armée et la police : la surveillance accrue de la police par des observateurs afghans et étrangers a permis de prévenir des abus et la formation aux droits de l'homme fait désormais partie intégrante de l'entraînement des forces de police et de l'armée.

Au Liban, les progrès de la démocratie et des droits de l'homme se heurtent toujours à une opposition qui se manifeste sous la forme d'une campagne de violence et d'assassinats et qui est appuyée de l'étranger pour prévenir le fonctionnement du gouvernement. Des groupes militants ont poursuivi leurs tentatives de terroriser la population, notamment par le biais d'une série d'attentats à la voiture piégée et d'assassinats. Entre mars et septembre, le conflit de Nahr al-Barid entre les forces armées libanaises et le groupe terroriste Fatah al-Islam a causé la mort de 168 soldats et de quelque 42 civils et le déplacement interne d'environ 30.000 réfugiés palestiniens. L'opposition libanaise, soutenue par des forces extérieures, a continué de bloquer les élections présidentielles en refusant de permettre au Parlement de se réunir. Cependant, le cabinet libanais sous la direction du premier ministre Fouad Siniora a continué à travailler d'arrache-pied pour assurer le fonctionnement du gouvernement.

La République démocratique du Congo a tenu des élections présidentielles et législatives démocratiques en 2006, concluant ainsi le processus de transition entamé en 2002 qui avait mis fin à une guerre civile et à un conflit régional destructifs. Malgré cet événement marquant, d'importants problèmes subsistent en ce qui concerne les droits de l'homme. Le bilan du gouvernement dans ce domaine est resté médiocre en 2007, la liberté de la presse a été entamée et la corruption est restée endémique. Des conflits armés internes se sont poursuivis dans certaines régions de l'Est riches en minerais où les forces de sécurité et des groupes armés ont agi en toute impunité pendant toute l'année, commettant de graves abus, au nombre desquels il faut citer des exécutions illégales, des violences sexuelles extrêmes, le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats et le harcèlement des observateurs des droits de l'homme envoyés par les Nations unies. En novembre, cependant, le gouvernement congolais a conclu un accord avec le gouvernement rwandais sur les groupes armés restant au Congo oriental, y compris les Forces pour la libération démocratique du Rwanda.

Avec l'aide des Nations unies et de la communauté internationale, l'ordre a été restauré au Timor-Oriental après les violences de 2006 et le pays a réussi à organiser deux séries d'élections démocratiques : des présidentielles en avril et mai et des parlementaires en juin. Le gouvernement a lancé des réformes, dont une restructuration des forces de police, mais il dépend toujours beaucoup des forces de sécurité étrangères sur lesquelles il n'a pas de contrôle direct. Bien que le système judiciaire ait été quelque peu réformé, il dépend aussi toujours beaucoup de l'assistance et du personnel international. Malgré les efforts lancés pour s'attaquer aux rivalités régionales, personnelles et politiques qui sont à la base des troubles dans le pays, la présence de groupes rebelles armés continue de poser de gros problèmes pour le développement démocratique du Timor-Oriental.

La signature de l'Accord politique de Ouagadougou négocié par le président burkinabé Blaise Compaoré pour la Côte d'Ivoire a soulevé de grands espoirs. Le président ivoirien Gbagbo et l'ancien chef rebelle Guillaume Soro ont rapidement constitué un gouvernement de transition mais, s'agissant de certaines questions clés de l'accord - dont le désarmement des factions armées, la réunification du pays, la détermination de la citoyenneté des personnes sans papiers et la préparation des prochaines élections présidentielles - les progrès sont lents et sporadiques dans une atmosphère de faible volonté politique.

En Ouganda, la situation sécuritaire et des droits de l'homme s'est sensiblement améliorée depuis que les forces armées ont refoulé l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord du pays en 2005 et entamé des négociations en vue d'un accord de paix, sous la houlette du gouvernement du Soudan méridional en 2006. On n'a enregistré aucune attaque de la LRA en 2007. Quelque 400.000 Ougandais déplacés sont revenus dans leurs foyers en 2006 et 2007 et beaucoup d'autres sont prêts à faire de même si le cessez-le-feu se poursuit. L'amélioration de la sécurité dans le nord a permis de mettre fin à ce qu'on appelait les « navettes de nuit » dans le cadre desquelles les enfants quittaient nuitamment les zones de conflit ou les camps de PDI pour se rendre dans des centres urbains pour éviter d'être enlevés par la LRA.

Les pays dans lesquels le pouvoir est aux mains de dirigeants qui ne rendent de comptes à personne sont ceux où l'on enregistre les violations les plus systématiques des droits de l'homme. 

 

En Corée du Nord, le régime répressif continue de contrôler pratiquement tous les aspects de la vie des citoyens, niant toute liberté d'expression, de presse, d'association, de réunion, et restreignant la liberté de circulation et les droits des travailleurs. Des rapports en provenance de ce pays coupé du monde font état d'exécutions extrajudiciaires, de disparitions et de détentions arbitraires, y compris politiques ; certains réfugiés rapatriés de force auraient été assujettis à de graves punitions, voire torturés. On continue de recevoir des rapports d'exécutions publiques.

Le bilan catastrophique de la Birmanie en matière des droits de l'homme a continué de s'empirer. Pendant toute l'année, le gouvernement a continué de pratiquer des exécutions extrajudiciaires et il est responsable de disparitions, de détentions arbitraires et indéfinies, de viols et de tortures. En septembre, les forces de sécurité ont tué au moins 30 manifestants et en ont placé plus de 3.000 en garde à vue lors de la répression brutale de manifestations pacifiques par, notamment, des moines et des tenants de la démocratie. Malgré ses promesses, le régime n'a pas rempli son engagement d'ouvrir un vrai dialogue avec l'opposition démocratique et les groupes ethniques minoritaires. Défiant les appels du Conseil de sécurité des Nations unies et de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est demandant la libération rapide de tous les prisonniers politiques, le régime garde toujours les dirigeants de l'opposition en prison, y compris la lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, qui est assignée à domicile.

En Iran, le régime a violé les libertés de parole et de réunion et a intensifié la répression des dissidents, journalistes, activistes des droits de la femme et des travailleurs et de tous ceux qui ne sont pas d'accord avec lui : arrestations et détentions arbitraires, torture, enlèvements, recours à une force excessive, déni généralisé de procès équitables sont monnaie courante. Le régime a continué à emprisonner et maltraiter les minorités ethniques et religieuses. Les autorités ont utilisé le lynchage comme sentence et méthode d'exécution dans des cas allégués d'adultère en dépit d'un moratoire de 2002 interdisant cette pratique. Le régime a continué de soutenir les mouvements terroristes et extrémistes violents en Syrie, en Irak et au Liban et a demandé la destruction d'un État membre des Nations unies.

Le bilan de la Syrie en matière de droits de l'homme a empiré cette année et le régime a continué de perpétrer de graves abus, dont la détention d'un nombre croissant d'activistes, d'organisateurs de la société civile et d'autres critiques du régime. Il a condamné à des peines de prison des membres éminents de la communauté des droits de l'homme, y compris, en décembre, un certain nombre de dirigeants du Conseil national de la déclaration de Damas. Il a continué à juger certains politiques dans des cours pénales : par exemple, en avril et mai respectivement, les autorités ont condamné Anouar al-Bunni et Michel Kilo au motif « d'avoir affaibli le sentiment national en temps de guerre ». Le régime syrien continue de soutenir les groupes terroristes et extrémistes violents, leur permettant de poursuivre leurs activités de déstabilisation et de violation des droits de l'homme au Liban, dans les Territoires palestiniens et ailleurs.

Au Zimbabwe, 2007 a été la pire année à ce jour pour les défenseurs des droits de l'homme. Malgré les récents efforts des dirigeants régionaux, les attaques du gouvernement contre les droits de l'homme et la démocratie se sont sensiblement accrues. Le régime de Mugabe a renforcé ses efforts pour limiter l'opposition politique, et la corruption officielle et l'impunité sont endémiques. Les forces de sécurité ont harcelé, tabassé et détenu arbitrairement les partisans de l'opposition et les critiques dans les ONG des droits de l'homme, les médias, et la main-d'œuvre organisée tout autant que les citoyens ordinaires. De récents rapports d'organisations indépendantes travaillant au Zimbabwe font état de plus de 8.000 cas d'abus des droits de l'homme en 2007, dont plus de 1 400 cas d'attaques contre des étudiants et au moins 1 600 cas d'arrestations et de détentions illégales. Les groupes de défenseurs des droits de l'homme rapportent que les cas de torture psychologique et physique perpétrés par les forces de sécurité et les agents du gouvernement ont augmenté au cours de l'année. Les victimes disent avoir été battues au moyen de fouets et de câbles, suspendues et assujetties à des chocs électriques.

Cuba est toujours sous le contrôle totalitaire du président par intérim Raul Castro et du Premier secrétaire du parti communiste, Fidel Castro. Le régime a continué de priver ses citoyens de leurs droits et de leurs libertés fondamentales, dont le droit de changer de régime, le droit à un procès équitable, la liberté de parole, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté de circulation et le droit d'association. Bien que le nombre estimé des prisonniers politiques ne soit plus que de 240, contre 283 l'an dernier, les conditions carcérales restent extrêmement dures et les autorités frappent, harcèlent et menacent de mort les dissidents tant en prison qu'en dehors. Sur les 75 activistes pacifiques, journalistes, syndicalistes et figures de l'opposition arrêtés et condamnés en 2003, 59 sont toujours emprisonnés. Le nombre et la brutalité des attaques collectives ordonnées par le gouvernement contre les dissidents en vue ont diminué par rapport aux années précédentes mais le nombre des mises en examen et des détentions provisoires des citoyens ordinaires exprimant leur différence d'opinion semble être en hausse.

En Biélorussie, le gouvernement autoritaire de Loukachenko a imposé des limites à la liberté de la presse, de parole, de réunion, d'association et de religion. Des douzaines d'activistes et de tenants de la démocratie ont été arrêtés et condamnés pour des raisons politiquement motivées. Alexander Kozuline, un des opposants de Loukachenko lors des élections présidentielles de 2006, est toujours en prison. En janvier, Loukachenko a consolidé son pouvoir grâce à des élections locales qui, de l'avis des observateurs, ne répondaient pas aux normes internationales. L'Assemblée générale des Nations unies a adopté, pour la deuxième année successive, une résolution condamnant la situation des droits de l'homme en Biélorussie et demandant la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques et autres personnes détenues pour avoir tenté d'exercer ou de promouvoir les droits de l'homme.

En Ouzbékistan, le président Karimov et l'exécutif ont dominé la vie politique et exercé un contrôle quasi complet sur les autres branches du gouvernement. Les forces de sécurité ont continué de torturer, frapper et maltraiter systématiquement des détenus lors des interrogatoires pour en obtenir des confessions ou des informations incriminantes et plusieurs détenus, censément membres d'organisations considérées comme dangereuses par le régime, sont morts pendant leur garde à vue. En novembre, le Comité des Nations unies contre la torture a conclu que la torture et les mauvais traitements étaient systémiques dans tout le processus d'investigation. Le gouvernement cherche à contrôler toutes les ONG et les activités religieuses.

En Érythrée, le bilan du gouvernement en matière de droits de l'homme reste médiocre. On y a noté d'importantes restrictions à la liberté de parole, de la presse, de réunion, d'association et de religion, notamment en ce qui concerne les groupes religieux qui n'étaient pas approuvés par le gouvernement. Les autorités ont continué à commettre de graves abus : limitation du droit des citoyens à changer de régime dans le cadre d'un processus démocratique ; exécutions illégales par les forces de sécurité ; torture et passage à tabac des prisonniers - quelquefois à mort ; arrestation et torture des individus cherchant à éviter le service militaire - certains seraient morts de causes inconnues pendant leur garde à vue ; conditions carcérales extrêmement dures ; arrestations et détentions arbitraires ; arrestation des membres de la famille de ceux qui cherchent à éviter le service militaire ; ingérence de l'exécutif dans le judiciaire ; et recours à des tribunaux spéciaux pour contourner la procédure régulière.

Le bilan du Soudan en matière de droits de l'homme est resté catastrophique en 2007 : les informations concernant les exécutions extrajudiciaires, les tortures, les passages à tabac et les viols par les forces de sécurité du gouvernement et leurs milices au Darfour ne cessent de se multiplier. Malgré la signature de l'accord de paix au Darfour en 2006, les violences ont augmenté en 2007 et la région a sombré plus avant dans le chaos : le gouvernement a continué ses bombardements aériens des villages, les groupes rebelles se sont scindés et ont multiplié leurs attaques, et les conflits entre tribus se sont intensifiés. Depuis 2003, au moins 200.000 personnes sont mortes d'actes de violence, de faim ou de maladie. Le gouvernement américain a qualifié le conflit de génocide et des civils innocents ont continué de souffrir. À la fin de l'année, on comptait plus de deux millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays et quelque 231.000 autres avaient traversé la frontière pour chercher refuge au Tchad. Le gouvernement a mis des obstacles au déploiement de la force internationale hybride de maintien de la paix de l'ONUet de l'Union africaine, et ses forces de sécurité ont bloqué l'aide humanitaire de secours. Les humanitaires sont devenus de plus en plus souvent les cibles de la violence. Selon les Nations unies, 13 travailleurs des droits de l'homme ont été tués, 59 attaqués, 61 arrêtés et mis en détention et 147 enlevés pendant l'année.

Certains pays à régime autoritaire qui ont lancé des réformes économiques ont connu des changements sociétaux rapides mais ils ne se sont pas encore engagés dans la voie des réformes politiques démocratiques et continuent à priver leurs citoyens de leurs droits de l'homme et de leurs libertés fondamentales.

Par exemple, le bilan de la Chine en matière de droits de l'homme est resté médiocre en 2007. Le contrôle de la liberté religieuse s'est durci dans la zone tibétaine et dans la province autonome de Xinjiang et le traitement des pétitionnaires a empiré à Pékin. Le gouvernement a aussi continué à surveiller, harceler, arrêter, interpeller et emprisonner les activistes, écrivains, journalistes et avocats pour la défense et leurs familles qui, pour nombre d'entre eux, cherchaient à exercer leurs droits légaux. Si le gouvernement a mené à bien certaines réformes - il a notamment redonné à la Cour suprême le pouvoir de passer en revue les sentences de peine de mort dans les affaires à mise à exécution immédiate - les tentatives en vue de réformer ou d'abolir le système de rééducation par le travail n'ont pas abouti. De nouveaux règlements temporaires ont amélioré les conditions de travail des journalistes étrangers mais ils ne sont pas toujours appliqués, ce qui rend difficiles les reportages. En 2007, le gouvernement a renforcé ses tentatives de contrôler et de censurer l'Internet et durci les restrictions sur la liberté de parole et sur la presse intérieure. Il a continué de surveiller, harceler, interpeller, arrêter et emprisonner les journalistes, les écrivains de l'Internet et les blogueurs. Selon des ONG, 29 journalistes et 51 cyber-dissidents et utilisateurs de l'Internet étaient encore emprisonnés à la fin de l'année. Le nombre de citoyens condamnés au titre de la loi sur la sécurité de l'État, qui est souvent utilisée pour faire taire les critiques du gouvernement, a augmenté de 20 % par rapport à 2006. En décembre, l'activiste bien connu des droits de l'homme Hu Jia a été arrêté à son domicile et interpellé : il était soupçonné d' « incitation à la subversion contre le pouvoir de l'État ». Sa femme et sa petite fille auraient été assignées à domicile. Les ONG tant locales qu'internationales sont soumises à des examens minutieux et à des restrictions.

Trois éléments indispensables et solidaires doivent être présents pour qu'une démocratie puisse faire des progrès durables :

Primo : un processus électoral libre et juste. Les élections démocratiques sont des jalons sur la voie de la démocratie. Elles peuvent aider le pays à s'engager sur la voie des réformes, poser les bases de l'institutionnalisation des protections offertes par les droits de l'homme et de la bonne gouvernance, et ouvrir un espace politique pour la société civile. Mais les élections ne consistent pas seulement en la sélection des candidats et un comptage honnête des votes le jour du scrutin. La période préélectorale doit voir une vraie concurrence de la part des forces pacifiques opposées au gouvernement en place et le respect intégral des droits fondamentaux de la liberté d'expression, de réunion pacifique et d'association. Cela signifie que les partis politiques doivent pouvoir s'organiser et présenter leur point de vue par l'intermédiaire d'une presse libre, de meetings et de discours.

 

Secundo : des institutions gouvernementales représentatives et responsables respectant l'État de droit. Par-delà un processus électoral libre et juste, les démocraties doivent se doter d'institutions gouvernementales représentatives, responsables et transparentes, y compris de partis politiques fondés sur des idées, pas seulement sur des personnalités ou une identification ethnique ou tribale, et des systèmes législatifs et judiciaires indépendants capables de garantir que les dirigeants élus démocratiquement peuvent gouverner démocratiquement une fois en place. L'État de droit déterminé par les représentants démocratiquement élus doit remplacer la culture de la corruption. La démocratie peut se révéler fragile dans les pays où les institutions gouvernementales sont faibles ou, au contraire, sans restrictions, où la corruption règne et où la réconciliation n'a pas encore eu lieu entre les diverses ethnies ou tribus ou entre les élites bien établies et ceux qui ont été privés de leurs droits. Les pays pauvres qui adoptent des politiques de bonne gouvernance propices à la croissance et qui investissent dans leurs citoyens sont les plus à même d'utiliser judicieusement leur aide au développement et d'atteindre leurs objectifs, gagnant ainsi le respect et le soutien de leurs citoyens. Un pays dont le gouvernement représentatif et responsable accorde une juste protection à ses citoyens dans le cadre de la législation en vigueur est un pays où il est peu probable que les extrémistes violents viennent s'installer.

 

Tertio : des sociétés civiles indépendantes et florissantes, des partis politiques sans entrave et des ONG et des médias libres. Une société civile ouverte et forte aide à garder les élections et les élus honnêtes, à mettre le processus de construction de la démocratie sur la bonne voie et à encourager ses membres à contribuer au succès de leur pays.

Au Vénézuéla, les tentatives d'un dirigeant démocratiquement élu de saper les institutions démocratiques et d'intimider la société civile se sont heurtées à une vigoureuse résistance. En 2007, le président Chavez a continué à consolider le pouvoir de l'exécutif et à affaiblir les institutions démocratiques, les médias indépendants et la société civile. Il a invoqué la loi permettant la suspension des émissions de télécommunications et en mai le gouvernement a refusé de renouveler la licence de Radio Caracas Television, forçant ainsi une des dernières chaînes indépendantes ayant une audience nationale à cesser ses émissions. Le président a également proposé des modifications à la constitution qui auraient étendu la durée et éliminé la limite du nombre des mandats présidentiels, mis sur la touche les autres élus, donné au président plus de contrôle sur l'économie et limité le financement étranger des ONG nationales. Des dizaines de milliers de citoyens ont manifesté, quelquefois de manière violente, pour et contre les amendements proposés. Les tenants du gouvernement ont harcelé et tenté d'intimider l'opposition, notamment les étudiants, tiré contre des groupes lors de meetings et blessé un nombre indéterminé de personnes. En fin de compte, en décembre, ces changements ont été rejetés par une faible majorité lors d'un référendum : le président Chavez a accepté le résultat.

Au Nigéria, après les élections présidentielles, législatives et nationales d'avril qui avaient été marquées par la fraude généralisée et nombre d'incidents de violence, la démocratie encore fragile a montré qu'elle n'était pas morte. Dans les tribunaux créés pour juger plus de 1.200 pétitions contestant les résultats d'élections à tous les niveaux, le judiciaire a montré son indépendance et a annulé les résultats d'un certain nombre d'élections de sénateurs et de gouverneurs. Soumis à de fortes pressions, le gouvernement a constitué un comité chargé de réformer la Commission électorale indépendante nationale dont la lenteur des préparatifs électoraux avait sensiblement sapé la crédibilité du scrutin. La Commission des crimes économiques et financiers a poursuivi ses travaux et examiné les allégations de corruption à tous les niveaux du gouvernement mais la réaffectation de son président à la fin de l'année a été perçue comme un coup porté aux efforts anticorruption.

En août, le gouvernement intérimaire thaïlandais a organisé un référendum sur une nouvelle constitution - jalon majeur dans le retour du pays à la démocratie après le coup d'État de 2006. Les élections parlementaires de décembre ont été en général libres et régulières en dépit de certaines allégations de corruption, d'intimidation et d'autres irrégularités mineures. Les résultats officieux donnaient une majorité des sièges au Parti du pouvoir du peuple (PPP) dont la direction était étroitement liée avec l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra. À la fin de l'année, le pays devait toujours relever de gros défis : consolider son retour à un gouvernement élu et éliminer les causes sous-jacentes du coup d'État en renforçant le contrôle civil de l'armée ; renforcer les institutions démocratiques ; prouver son respect de la liberté de parole et de la presse ; faire avancer les enquêtes sur les abus des droits de l'homme, notamment les exécutions extrajudiciaires et les disparitions pendant les campagnes de lutte contre les insurgés et les narcotrafiquants ; et combattre la corruption officielle.

Au Kénya, les violences qui ont suivi les élections présidentielles, parlementaires et locales très serrées de décembre ont révélé les faiblesses fondamentales des institutions démocratiques, dont la concentration des pouvoirs sur la présidence et la nécessité d'une réforme constitutionnelle. Les observateurs des élections ont remarqué que si le processus de vote et de comptage avait en gros été conforme aux normes démocratiques, il y avait eu de graves irrégularités dans le décompte des résultats. La police et des émeutiers ont tué un nombre inconnu de personnes de diverses ethnies et des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées lors des violences qui ont suivi les élections.

Pour la société civile et les médias indépendants, les libertés d'expression, d'association et de réunion pacifique sont comme de l'oxygène. Sans elles, la démocratie se trouve privée de son souffle de vie. Malheureusement, en 2007, dans toutes les régions du monde, des gouvernements ont abusé de leurs pouvoirs et détourné la législation aux dépens des ONG, des journalistes et des autres activistes de la société civile. En plus des restrictions et des mesures répressives déjà mentionnées dans cette introduction et dont ont souffert la société civile et les médias, on peut citer les exemples suivants :

En Égypte, les activistes de l'opposition, les journalistes et les ONG continuent de réclamer des réformes et de critiquer le gouvernement malgré les tentatives faites par ce dernier pour les faire taire. Le gouvernement retient toujours un ancien candidat à la présidence, Ayman Nour, comme prisonnier politique, accuse les journalistes de diffamation, met aux arrêts les blogueurs de l'Internet et limite sévèrement la liberté d'association. En septembre, 7 rédacteurs de journaux indépendants ont été condamnés à diverses peines pour des chefs d'inculpation allant d'avoir cité inexactement le ministre de la justice à avoir diffamé le président et de hauts responsables du parti au pouvoir, le Parti démocratique national. Pendant l'année, la police a placé plusieurs blogueurs en garde à vue pour des périodes de plusieurs jours. En septembre, le gouvernement a ordonné la fermeture de l'ONG « Aide juridique pour les droits de l'homme » au prétexte qu'elle avait reçu des fonds de l'étranger sans l'approbation du gouvernement : elle avait contribué à exposer plusieurs cas de torture par les forces de sécurité.

Au cours de l'année, la liberté des médias a été sensiblement réduite en Azerbaïdjan. Selon des observateurs, la condamnation et l'emprisonnement de huit journalistes et le maintien en prison d'un autre incarcéré depuis 2006 étaient politiquement motivés (sept d'entre eux ont été relâchés plus tard ; les deux autres sont toujours emprisonnés). Un autre journaliste dont la mise en examen est considérée comme politiquement motivée est toujours en détention préventive. Deux journaux que le gouvernement avait suspendus en mai n'avaient pas encore repris leur publication à la fin de l'année. Le nombre des procès en diffamation qui menacent la fiabilité financière des médias imprimés a augmenté. Les journalistes font l'objet de menaces et de mesures de harcèlement et de violence qui semblent liées à leurs critiques du régime ou de fonctionnaires précis.

Au Rwanda, la liberté de la presse s'est dégradée avec la mise en application par le gouvernement de lois vagues mais de large portée. On signale de plus en plus d'exemples de cas où le gouvernement a harcelé, condamné à des amendes et intimidé des journalistes indépendants qui avaient critiqué ses actions sur des sujets sensibles ou qui, selon un conseil semi-indépendant de régulation des médias, avaient censément violé la législation ou les normes journalistiques. De nombreux journalistes s'autocensurent.

Au Vietnam, les activités des ONG sont très limitées parce que le gouvernement surveille de près ces organisations. La société civile est en alerte du fait de la répression constante des dissidents par le gouvernement qui s'est traduite par la mise en examen d'un certain nombre d'activistes des droits de l'homme et de la démocratie, a disloqué les organisations d'opposition naissantes et contraint plusieurs dissidents à quitter le pays. Le gouvernement et les organisations contrôlées par le parti ont monopolisé toutes les sources d'information (presse, radio, télévision et médias électroniques) et bloqué tout un éventail de sites web donnant des nouvelles internationales et des informations sur les droits de l'homme. Certaines organisations de médias ont cependant commencé à pousser les limites de la censure.

En Tunisie, le gouvernement a continué à intimider, harceler, appréhender, emprisonner et attaquer physiquement des journalistes, des leaders syndicalistes et des personnes travaillant pour des ONG. Il a aussi continué à imposer des restrictions sur le financement extérieur des organisations qu'il n'a pas approuvées. L'écrivain et avocat Mohammed Abbou, qui avait été mis en prison en 2005 pour avoir affiché des articles critiques du président Ben Ali sur l'Internet, a été libéré mais il reste interdit de sortie du pays.

Au Kazakhstan, le gouvernement a continué son harcèlement des médias de l'opposition : impôts ciblés, enquêtes de réglementation, pressions sur les sociétés d'impression des journaux et blocage des sites web. En novembre, il s'est publiquement engagé à réformer le code électoral avec l'aide de l'OSCE, à libéraliser les prescriptions d'enregistrement des partis politiques, à modifier la législation des médias en prenant en compte les recommandations de l'OSCE de réduire la responsabilité pénale des actes de diffamation, et à libéraliser les procédures d'enregistrement des médias.

Si les défis sont restés énormes, 2007 a aussi vu des efforts concertés au niveau mondial et régional en faveur des droits de l'homme et de la démocratie :

Des résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies ont condamné nommément les violations des droits de l'homme commises par la Corée du Nord, la Biélorussie, l'Iran et la Birmanie, et l'obligation des gouvernements de protéger et de promouvoir les droits de l'homme et les libertés fondamentales reste une des missions centrales de la Troisième commission de l'Assemblée.

La brutale répression des manifestations pacifiques des moines et des tenants de la démocratie par la Birmanie a amené le Conseil des droits de l'homme, généralement laxiste et contreproductif, à convoquer une session spéciale et à adopter, en octobre, une déclaration du Conseil de sécurité demandant la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, insistant sur la nécessité pour le régime de « créer les conditions nécessaires pour engager un dialogue authentique avec Aung San Suu Kyi et toutes les parties concernées ainsi que les groupes ethniques » et l'invitant « à prendre toutes les mesures nécessaires pour résoudre les problèmes politiques, économiques, humanitaires et des droits de l'homme qui inquiètent la population ».

Le défi que constitue la protection et l'avancement des droits de l'homme et des principes démocratiques à l'échelon mondial demande des solutions novatrices.

Le Fonds des Nations unies pour la démocratie, proposé par le président Bush dans son allocation de 2004 à l'Assemblée générale, a continué de croître rapidement. À la fin de 2007, il se montait à 36 millions de dollars et l'identification de projets susceptibles de bénéficier d'une deuxième tournée de financements avait commencé. Le nombre des propositions soumises était passé à 1.800 contre 1.300 en 2006. La priorité est donnée au financement de projets qui appuient les efforts des ONG dans les démocraties naissantes telles que le Centre international pour la transition démocratique en Hongrie ou qui soutiennent la participation civile à l'initiative pour un Moyen-Orient élargi et l'Afrique du Nord.

La quatrième réunion ministérielle de la Communauté mondiale des démocraties s'est tenue à Bamako (Mali) en novembre et a exploré les liens entre la démocratie et le développement. Les ministres ont décidé de constituer un Secrétariat permanent et ont conclu leurs travaux avec la déclaration de Bamako qui souligne le rôle essentiel de la société civile dans la promotion de la démocratie.

Les organisations régionales continuent aussi à promouvoir les droits de l'homme et à renforcer leurs capacités institutionnelles de mise en œuvre plus efficace de leurs engagements.

L'Organisation des États américains (OEA) a mis en place un réseau de 100 praticiens de la démocratie experts en réformes légales, judiciaires, électorales et de la participation des citoyens. Il aidera les gouvernements élus de la région à faire face aux défis de la gouvernance démocratique.

L'Union africaine (UA) a continué à élaborer des organes et mécanismes destinés à faire avancer son agenda en matière de droits de l'homme et de démocratie ; elle a notamment adopté en janvier une Charte africaine sur la démocratie, les élections et la gouvernance qui garantit les engagements des gouvernements de préserver le pluralisme politique, des élections libres et régulières, l'État de droit et la bonne gouvernance.

Inspirées par la Communauté des démocraties, l'OEA et l'UA se sont réunies à Washington en juillet pour créer un Pont OEA-UA de la démocratie. Grâce à lui, elles partageront les meilleures pratiques et les leçons de l'expérience afin de mieux mettre en œuvre leurs chartes démocratiques respectives et de renforcer leurs institutions démocratiques.

Lors de leur réunion de Singapour en novembre, les dirigeants de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) ont approuvé une nouvelle charte qui prévoit la création d'un organe des droits de l'homme et autorise les ministres des affaires étrangères des pays membres à établir son mandat.

Dans le Moyen-Orient élargi et l'Afrique du Nord, des groupes non gouvernementaux ont continué leurs travaux sur le Forum de l'avenir qui se sont terminés par le Forum parallèle de la société civile, tenu à Sanaa (Yémen) en décembre. Il a rassemblé quelque 300 dirigeants de sociétés civiles de toute la région ; les participants ont publié un rapport identifiant des jalons pour des réformes et avançant des plans d'action pour 2008 qui permettront de s'attaquer aux questions critiques de la liberté d'expression et de l'affranchissement politique des femmes.

L'OSCE, pionnière régionale en matière de fixation de normes et de création d'institutions dans le domaine des droits de l'homme et de la démocratie, a su résister aux efforts de certains États membres qui cherchaient à porter atteinte à l'intégrité de l'observation des élections par son Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme. En refusant l'invitation assujettie de nombreuses conditions de la Russie de venir observer les élections parlementaires en décembre, l'OSCE a soutenu le principe d'une observation crédible et sans entrave par des organes indépendants.

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Les efforts faits par les États-Unis pour promouvoir les droits de l'homme et les libertés démocratiques partout dans le monde sont le reflet des valeurs fondamentales américaines. Ils contribuent aussi à faire avancer nos intérêts profonds. Comme l'a dit le président Bush, « la liberté est un droit non négociable inhérent à tout être humain et la voie de la paix durable dans notre monde passe par la liberté ».

 

Nos valeurs et nos intérêts sont mis en commun lorsque nous travaillons en partenariat avec les démocraties et les défenseurs des droits de l'homme à construire des systèmes démocratiques et exposer les abus, à encourager la tolérance et protéger les droits des minorités ethniques et religieuses et des travailleurs, à promouvoir l'égalité des droits pour les femmes et à mettre fin à la traite des personnes. Nos valeurs et nos intérêts ne sont jamais plus en synchronie que lorsque nous soutenons le développement de sociétés civiles indépendantes et florissantes, travaillons à garantir des élections libres et régulières et à renforcer des démocraties fondées sur le droit. À chaque fois que des défenseurs des droits de l'homme se trouvent pris pour cible par des régimes répressifs, nos valeurs et nos intérêts ne sont jamais mieux servis que lorsque nous montrons notre solidarité avec eux par nos actions et nos paroles.

 

(Fin du texte)

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