14 mars 2008
Un communiqué commun fait état d'une détérioration alarmante de la situation.

Washington - En un effort visant à faire face aux difficultés croissantes qu'elles éprouvent pour atteindre leurs audiences respectives de par le monde, les cinq sociétés de radiodiffusion internationale les plus influentes ont fait cause commune pour la première fois pour condamner ce qu'elles décrivent comme « les menaces graves et croissantes qui pèsent sur le droit de recueillir l'information et de la diffuser au-delà des frontières nationales ».
Un communiqué commun exprimant leurs préoccupations en matière de liberté de la presse dans le monde a été diffusé le 30 novembre 2007 par le BBC World Service, Deutsche Welle (DW), Radio France Internationale (RFI), Radio Netherlands Worldwide (RNW) et la Voice of America (VOA, La Voix de l'Amérique).
« Nous trouvons effectivement que la liberté de la presse a subi ces dernières années des revers », a déclaré le directeur général de Radio Netherlands Worldwide, Jan Hoek, actuel président du groupe des cinq radiodiffuseurs, en évoquant les rapports inquiétants sur la question émanant d'organisations telles que Reporters sans frontières et Freedom House. « C'est l'un des droits de l'homme fondamentaux, a-t-il noté, mais il est vraiment de plus en plus menacé. »
Le communiqué attire l'attention à la fois sur les attaques visant les journalistes et sur les obstacles aux émissions, notamment sur les restrictions concernant la diffusion de programmes par les stations affiliées locales.
« Si vous examinez ce qui se passe depuis un an ou deux, a dit M. Hoek, vous constatez que des reporters, quel que soit leur statut, employés des sociétés de radiodiffusion, reporters locaux ou correspondants, ont été kidnappés, expulsés ou même tués ». Le personnel des cinq radiodiffuseurs, a-t-il ajouté, a été touché. Parmi les événements survenus en 2007, il a mentionné l'enlèvement d'Alan Johnston de la BBC, détenu à Gaza par un groupe palestinien radical pendant 114 jours, ainsi que les journalistes de RFI tués en Côte d'Ivoire et au Congo, et les traducteurs de RNW et de DW tués en Irak et en Afghanistan, respectivement.
S'exprimant au nom de la VOA, Gary Thatcher, directeur adjoint de l'International Broadcasting Bureau (Bureau de la radiodiffusion internationale), a déclaré que l'un des reporters locaux de la chaîne avait été tué au Kirghizistan en octobre 2007 après avoir refusé de céder aux menaces dont il avait fait l'objet en raison de ses reportages. Par ailleurs, Parnaz Azima, reporter pour Radio Farda, affiliée à la VOA, a été détenu en Iran de janvier à septembre 2007.
M. Thatcher a signalé que pratiquement tous les radiodiffuseurs internationaux pouvaient citer des exemples analogues de difficultés diverses qu'avaient connues les membres de leur personnel. « Certains cas n'ont pas été évoqués publiquement, a-t-il précisé, pour éviter de mettre en danger certains de leurs collègues ou des membres de leur famille. »
« Tous ont constaté deux choses : l'une est la difficulté d'accéder à certaines zones spécifiques pour recueillir des renseignements sur la situation, et l'autre, qui concerne exclusivement les radiodiffuseurs internationaux, est la question d'envoyer les reportages de l'étranger », a-t-il noté.
Ces dernières années, les radiodiffuseurs internationaux ont renoncé aux transmissions traditionnelles sur ondes courtes pour recourir aux services des radiodiffuseurs et chaînes de télévision locaux parce que de moins en moins de gens écoutent les émissions sur ondes courtes. Cette pratique a l'avantage de réaliser des économies et d'améliorer la qualité et la disponibilité de la réception, mais elle expose également les radiodiffuseurs aux réactions des institutions et des autorités des pays hôtes.
Le brouillage des émissions pratiqué par certains gouvernements pose toujours problème et il s'est étendu pour prendre la forme du blocage de l'accès à l'Internet. Tout récemment, les retransmissions locales ont été limitées ou interrompues dans certains pays, souvent à cause de formalités diverses.
La VOA a vu chuter abruptement le nombre de ses sociétés affiliées en Russie : sur 78 en activité au début 2005, il n'en restait plus que 11 en janvier 2008. M. Thatcher a signalé que ces sociétés s'étaient fait dire par les autorités que la licence les autorisant à diffuser des programmes étrangers ne s'appliquait pas à la VOA ni à son organisation sœur, Radio Free Europe (RFE).
En novembre 2007, le gouvernement du Pakistan a interdit aux radiodiffuseurs nationaux d'émettre, puis ne les y a autorisés de nouveau que conformément aux dispositions de l'état d'urgence qui interdit les émissions étrangères. De même, en mai 2007, le président du Venezuela, Hugo Chavez, avait muselé les médias indépendants dans son pays et avait notamment ordonné la fermeture de RCTV, réseau vénézuélien de télévision par câble.
« On peut dire, je crois, que les médias n'ont jamais connu de menaces aussi systématiques », a dit M. Thatcher.
« Il y a certaines régions du globe où nos émissions font l'objet d'interférences hertziennes. Il y en a d'autres où nous pensons que nous pouvons mettre nos ressources en commun et obtenir de meilleurs résultats. Et nous continuons certainement à rechercher des moyens de nous rapprocher et de faire cause commune pour résoudre ces problèmes », a-t-il déclaré.
Ces cinq radiodiffuseurs atteignent en moyenne par semaine une audience de centaines de millions de personnes par leurs émissions - radio, télévision et Internet - en 60 langues. Bien qu'ils se fassent souvent concurrence auprès du même public, l'érosion de la liberté de la presse les a rapprochés, parce que cette tendance dangereuse les touche tous.
Le directeur général de Radio Netherlands Worldwide a indiqué que malgré la concurrence, les radiodiffuseurs avaient fondamentalement la même mission de promouvoir la liberté de la presse et la disponibilité d'informations de source indépendante. « C'est un vaste objectif général qui dépasse nos intérêts particuliers », a-t-il dit.