05 juin 2008
Le travail forcé est l'un des sujets principaux du Rapport sur la traite des personnes en 2008.

Washington - Si l'on veut mettre fin à la traite des êtres humains et aux formes modernes d'esclavage, il faut réduire la demande de main-d'œuvre bon marché et de services sexuels.
C'est ce qu'a affirmé, le 4 juin, la secrétaire d'État Condoleezza Rice, lors d'une conférence de presse organisée à l'occasion de la publication du huitième Rapport du département d'État sur la traite des personnes.
Elle a notamment cité une « découverte troublante » : « Si de plus en plus de pays tentent d'endiguer le problème de la traite à des fins d'exploitation sexuelle par des procédures judiciaires et des condamnations, les petits tyrans qui exploitent leurs ouvriers sont rarement punis. Nous considérons cela comme un manquement grave et, au fur et mesure que nous intensifions nos efforts, nous et nos alliés devons garder à l'esprit le fait qu'une ferme réaction des forces de l'ordre est essentielle. »
M. Mark Lagon, directeur du Bureau du département d'État responsable de la surveillance et de la lutte contre la traite des personnes, a déclaré que le rapport 2008 accordait également une place importante au travail forcé, qui constitue une forme de traite des personnes.
Il a notamment évoqué des cas d'ouvriers emprisonnés dans des usines dans des conditions brutales, situation qu'il a qualifiée de travail forcé. Le travail forcé est une pratique particulièrement répandue dans l'industrie de la crevette en Thaïlande, ainsi que dans les usines de production de charbon et sur les plantations de canne à sucre au Brésil.
En dehors des usines, de nombreuses victimes de la traite des personnes se retrouvent asservies dans des emplois de domestiques. Le gouvernement des Philippines, par exemple, a pris des mesures pour empêcher les travailleurs d'accepter des emplois de domestiques dans certains pays où cette forme d'esclavage est répandue. M. Lagon a demandé que divers gouvernements dans le monde fassent plus pour prévenir la traite des êtres humains.
Il a ajouté que le rapport de 2008 examinait les facteurs de création de la demande, ainsi que les méthodes des recruteurs. Ces derniers se font souvent payer des sommes exorbitantes pour « trouver » du travail pour leurs « clients ». Il en résulte une véritable servitude pour dette qui est une forme d'esclavage dans laquelle les travailleurs ne peuvent jamais rembourser leur dette pour gagner leur liberté ou le droit de garder leur salaire.
M. Lagon a également réclamé plus de services pour le traitement et la réhabilitation des anciennes victimes de ces formes modernes d'esclavage.
Le rapport de 2008 évalue les efforts déployés par 170 pays pour lutter contre la traite des personnes. Il vise en outre à déclencher une prise de conscience de ce fléau des temps modernes et encourage les pays concernés à prendre des mesures pour le prévenir.
Les pays y sont classés en trois catégories, en fonction de l'évaluation du respect par le gouvernement concerné des normes minimales d'élimination de la traite telles qu'elles sont décrites dans la Loi contre la traite des personnes qui a été promulguée en 2000. Les pays de la 2e et de la 3e catégorie éprouvent des difficultés modérées ou graves à endiguer la traite. La 2e catégorie est assortie d'une liste de pays à surveiller parce qu'ils risquent de tomber dans la 3e catégorie.
M. Lagon a souligné que dans le rapport 2008, Madagascar était passée dans la 1e catégorie - la meilleure - parce qu'elle avait donné des preuves de sa capacité à prendre des mesures efficaces contre la traite des personnes, et ce malgré des ressources limitées. La Moldavie, par contre, est tombée dans la 3e catégorie. Ces deux pays étaient précédemment classés dans la 2e catégorie.
La Chine et l'Inde restent sur la liste des pays à surveiller mentionnée plus haut. La Chine, a précisé M. Lagon, n'a pas fait suffisamment d'efforts pour lutter contre la traite des personnes, surtout en ce qui concerne les Nord-Coréennes exploitées en Chine comme « épouses » ou prostituées. Ces malheureuses qui ont la malchance d'être renvoyées dans leur pays par les autorités chinoises sont généralement punies par le gouvernement nord-coréen.
Par contre, l'Inde a fait plus d'efforts pour protéger les enfants qui deviennent victimes de la traite, mais le gouvernement de ce pays ne reconnaît toujours pas le travail forcé comme une forme d'esclavage.
La traite des personnes est un problème mondial
Selon les estimations des États-Unis, quelque 800.000 personnes sont victimes de ce fléau chaque année. Et encore ce chiffre ne comprend-il pas les millions de personnes victimes d'exploitation dans leur propre pays.
La traite des êtres humains est également un problème aux États-Unis, où on estime que de 14.500 à 17.500 personnes en sont victimes chaque année. Un rapport séparé sur ce fléau aux États-Unis est publié chaque année.
Les efforts déployés par ces derniers pour lutter contre la traite des personnes comprennent la coopération avec d'autres pays, ainsi qu'avec des organisations internationales et non gouvernementales. Durant l'année budgétaire 2007, le gouvernement des États-Unis a dépensé près de 79 millions de dollars pour financer 180 programmes de lutte contre la traite dans près de 90 pays. Depuis l'année budgétaire 2001, il a décaissé plus de 528 millions de dollars pour financer des programmes de ce type.
Même si le problème de la traite des personnes est grave, l'avenir n'est pas entièrement lugubre. Selon Mme Rice, on a assisté ces dernières années à un « mouvement mondial d'union entre la société civile, les gouvernements et les organisations internationales » afin d'abolir ce fléau.
« Nous espérons que ce rapport encouragera les pays responsables du monde entier à s'unir, à parler d'une même voix et à affirmer que la liberté et la sécurité sont des exigences non négociables de la dignité humaine. »
« Je crois qu'ensemble, par l'action de gouvernements, de membres de la société civile et d'individus courageux, nous pouvons aider ceux qui ont été traités comme des moins que rien à renouer avec une vie normale. »