12 décembre 2008
Elles bénéficient d'une aide psychosociale spécialisée et apportent leurs talents à leurs nouvelles communautés.
Washington - Les rescapés de la torture et de la persécution qui avaient fui vers les États-Unis pour y trouver asile avaient beaucoup perdu : leur dignité, leur tranquillité personnelle, leur famille, leurs amis, la sécurité d'un logement ou d'un emploi.
Pourtant, il suffit d'un entretien avec eux, ainsi qu'avec les conseillers qui les aident à se remettre de leurs blessures psychologiques et à s'adapter à leur nouveau pays, pour constater qu'ils apportent des talents, de la générosité et le désir de rendre à leurs nouvelles communautés tout le bien qu'ils en ont reçu.
Dans la salle communautaire d'une église locale, une douzaine de survivants de tortures et de traumatismes se sont récemment rassemblés pour partager l'histoire de ce qu'ils avaient vécu. Il s'agissait des clients de Défenseurs des survivants de la torture et des traumatismes, une des quelque 23 organisations non gouvernementales établies aux États-Unis et dont l'objectif est de fournir des services psychosociaux aux victimes de ce que les Nations unies qualifient de « violation la plus grave des droits de l'homme ».
Les participants étaient venus de plusieurs régions du monde. Dans leurs pays d'origine, ces survivants de la persécution avaient été étudiants, enseignants, avocats ou simplement des gens ordinaires qui faisaient leur travail. Quelques-uns d'entre eux avaient été défenseurs des droits de l'homme ou militants politiques, mais la plupart ont eu des démêlés avec les autorités de leur pays pour avoir seulement exprimé leur opinion.
Un expert technique des récoltes et de l'irrigation avait provoqué le courroux de son gouvernement en disant à ses étudiants que les pratiques d'irrigation du gouvernement n'étaient pas forcément efficaces dans toutes les régions du pays. Un enseignant, qui s'était joint à une organisation professionnelle de professeurs, avait été accusé d'avoir adopté « un objectif caché » d'opposition au régime au pouvoir.
« Chacun a une responsabilité envers sa communauté », a dit l'un des survivants. « Mais chacun a sa propre façon de penser. Une personne doit être libre de s'exprimer. »
Garder l'esprit de générosité
Plus de 400.000 survivants de la torture ont trouvé refuge aux États-Unis. Environ 40.000 vivent dans la région de Washington et de Baltimore, où l'ONG Défenseurs des survivants de la torture et de traumatismes offre du conseil à plus de 200 d'entre eux chaque année. Cette ONG est financée surtout par le gouvernement fédéral américain et par les États fédérés, de même que par des dons de particuliers.
Karen Hanscom est psychologue et directrice exécutive de Défenseurs des survivants de la torture et des traumatismes, qu'elle a aidé à fonder en 1994. Elle a dit à America.gov : « Le nombre de survivants de la torture qui décident de travailler dans des professions d'assistance à autrui me surprend. J'aurais cru qu'après avoir tant perdu - le sens de qui vous êtes et de votre valeur vous a été enlevé, parce qu'en effet, c'est bien ce que fait la torture - vous n'auriez plus la force de donner quoi que ce soit aux autres, et le fait d'en être encore capable est quelque chose que je trouve phénoménal.
« Mais ils le font, néanmoins. Ils souhaitent être enseignants, ou ils souhaitent être travailleurs des droits de l'homme, ici, aux États-Unis. Ils se joignent aux conseils d'administration d'organisations non gouvernementales. Beaucoup d'entre eux sont devenus infirmiers et infirmières. Alors, pour moi, c'est merveilleux qu'ils veuillent recommencer à donner aux autres. »
En effet, l'un des souhaits les plus souvent réitérés par les survivants, lors d'une récente réunion, était leur désir de trouver de l'emploi ou de reprendre leurs études quand leur demande d'asile politique serait acceptée par le gouvernement américain.
Quand les survivants de la torture trouvent du travail, souvent, ils contribuent financièrement aux organisations qui les ont aidés.
« L'autre chose qui m'étonne, a dit Mme Hanscom, ce sont ces gens qui, après avoir reçu l'asile politique, ont trois emplois différents pour tenter de gagner leur vie, et, tout d'un coup, voilà que nous recevons d'eux un mandat bancaire de 50 dollars. Cela a vraiment une très grande signification. »
Leurs impressions de l'Amérique
« Je suis émerveillé par les Américains », a dit un survivant à America.gov. « Je me sens à l'aise quand je parle aux Américains. J'apprécie quand les gens écoutent. Même des étrangers vous écoutent et tentent de vous aider et de vous encourager. »
De nombreux survivants ont dit à America.gov que les campagnes électorales de Barack Obama et de John McCain ont été une source particulière d'émerveillement - et ce n'est pas seulement le fait qu'une personne d'origine africaine puisse remporter la course à la Maison-Blanche.
L'un des survivants a dit que, dans son pays, le perdant aux urnes aurait été jeté en prison pour avoir critiqué le vainqueur au cours de la campagne électorale.
Les survivants trouvent beaucoup de raisons d'émerveillement aux États-Unis, et leurs conseillers trouvent, pour leur part, beaucoup de raisons pour s'émerveiller de leurs clients.
Joachim Nthawie est originaire de la Zambie où il avait aidé des réfugiés venus de la République démocratique du Congo ; il travaille avec Défenseurs des survivants des tortures et des traumatismes depuis 2003, et possède un diplôme en conseil pastoral de l'université Loyola, dans l'État du Maryland.
Écouter ce que racontent les survivants de la torture peut être pénible et déprimant, a-t-il reconnu, tout en ajoutant : « J'admire leur endurance - le fait que, malgré ces choses terribles, ils ont encore l'espoir que les choses puissent s'améliorer. »
Ce sens de l'espoir, dit-il, « est une force de vie que vous ne pouvez pas étouffer ». M. Nthawie trouve de l'inspiration dans la force des survivants. « Je veux faire partie de leur traversée de la vie. »