05 décembre 2008

Les qualités diplomatiques de Zhang Pengjun s'avérèrent cruciales lorsqu'il fallut obtenir les compromis nécessaires pour rédiger la Déclaration universelle des droits de l'homme dans une forme acceptable par les nombreux pays du monde. « Un accord fut possible, en dépit des différences de philosophie ou d'idéologie », déclara Zhang Pengjun par la suite.
Zhang Pengjun était passé maître dans l'art du compromis. S'appuyant sur sa vaste connaissance de la philosophie de Confucius, le diplomate chinois facilita les concessions mutuelles à des étapes critiques de la rédaction du projet de Déclaration universelle des droits de l'homme. Son avis assura souvent la survie du document.
Né en Chine en 1892, Zhang Pengjun a reçu une éducation à la fois occidentale et chinoise. Il a fréquenté des écoles primaires et secondaires en Chine puis était venu aux États-Unis en 1910 pour suivre les cours de l'université Clark de Worcester (Massachusetts). Il a poursuivi ses études à l'université Columbia à New York, où il a obtenu deux maîtrises en 1915 - l'une en études du troisième cycle et l'autre en éducation. De retour en Chine, il a enseigné à l'école secondaire de Nankai dont il a été le président suppléant. Il a également aidé son frère à fonder un établissement d'enseignement privé, l'université de Nankai.
Zhang Pengjun est brièvement revenu aux États-Unis pour obtenir un doctorat à Columbia, puis a regagné la Chine où il a continué d'exercer la profession d'enseignant et d'administrateur. Il a été professeur de philosophie et président par intérim de l'Université de Nankai, et a occupé des postes de professeur invité à l'Université de Chicago, à l'Institut des Arts de Chicago, à l'université d'Hawaï, à l'université de Cambridge ainsi qu'à Columbia.
Zhang Pengjun était également écrivain et auteur dramatique. Deux de ses pièces ont été jouées à New York et, tout au long de sa vie, il a traduit en chinois des pièces d'auteurs occidentaux et dirigé des productions théâtrales en Chine et à l'étranger.
Educateur avant tout, Zhang Pengjun s'est intéressé aux affaires étrangères. Sa carrière diplomatique l'a mené en Turquie, au Chili et en Angleterre, avant son entrée aux Nations unies où, en 1946, il a été nommé chef de la délégation chinoise au Conseil économique, social et culturel.
Zhang Pengjun est par la suite devenu vice-président de la Commission des droits de l'homme aux Nations unies. Il estimait que, s'ils faisaient abstraction de leurs divergences, tous les pays pouvaient s'unir dans la poursuite d'un objectif commun : le respect des droits de l'homme. « Le fait que les droits de l'homme ont été inclus dans 35 ou 40 des constitutions du monde montre que l'on peut trouver de nombreux terrains d'entente, en dépit des différences de philosophie ou d'idéologie », a-t-il déclaré dans un discours prononcé à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.
Zhang Pengjun a joué maintes fois, avec succès, un rôle de médiateur dans les différends qui surgirent lors de la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l'homme, évitant souvent une impasse. « Il était passé maître dans l'art du compromis et, sous le masque d'une citation de Confucius, fournissait souvent la formule qui permettait à la commission de sortir de l'impasse », a déclaré John Humphrey, premier directeur de la division des droits de l'homme à l'ONU.
L'une de ces circonstances se produisit à propos de l'application de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Cette déclaration amenderait-elle la Charte des Nations unies ou prévaudrait-elle sur elle ? Ou tous les membres de l'ONU seraient-ils tenus de ratifier la Déclaration, la rendant obligatoire en vertu du droit international ? Zhang Pengjun proposa un compromis : les membres de l'ONU ratifieraient séparément la Déclaration en tant que convention légalement obligatoire (adoptée ultérieurement en tant que Convention internationale sur les droits civils et politiques) et une méthode d'application (le Protocole facultatif sur la Convention sur les droits civils et politiques). Cette solution préservait l'intégrité de la Déclaration universelle tout en respectant la souveraineté des États membres.
« Dans le domaine des droits de l'homme, il ne faut pas oublier la majorité populaire », affirmait Zhang Pengjun. Il voulait que cette déclaration reflète les cultures riches et variées qu'elle représenterait en définitive. Il pensait également que la Déclaration universelle des droits de l'homme devrait être accessible à tous. « Elle devrait être conçue pour tous les hommes de tous les pays et non pour les avocats et les universitaires », disait-il.
Avec ces arguments, Zhang Pengjun joua un rôle de premier plan dans les débats sur la Déclaration universelle des droits de l'homme. « Sur le plan de la stature intellectuelle, il dépasse tous les autres membres de la Commission », a écrit John Humphrey dans son journal. Zhang Pengjun puisait largement dans ses connaissances sur la philosophie de Confucius. Il suggérait que la compassion figure dans ce document. « Il faut insister sur l'aspect humain des droits de l'homme, déclarait-il. Tout être humain doit être constamment conscient des autres membres de la société dans laquelle il vit. »
Dès l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'Assemblée générale des Nations unies vota en faveur de la distribution immédiate de son texte à tout le monde, partout, à l'aide de tous les moyens disponibles. Tous les stocks disponibles furent rapidement épuisés.
La Déclaration universelle des droits de l'homme est devenue le document le plus traduit de l'histoire. La conception que se faisait Zhang Pengjun d'un document accessible à tous était devenue réalité.
Zhang Pengjun est mort en 1957, trop tôt pour assister à l'adoption des conventions internationales ultérieures sur les droits de l'homme qui rendaient la Déclaration obligatoire et faisaient partie de la solution qu'il avait préconisée pour garantir le respect des droits de l'homme partout dans le monde.
- Meghan Loftus