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05 décembre 2008

Portrait : Eleanor Roosevelt

 
Eleanor Roosevelt en 1957
Eleanor Roosevelt, Première Dame des États-Unis et première présidente de la Commission des droits de l'homme de l'ONU, en 1957.

Bien que née dans un milieu privilégié, Eleanor Roosevelt consacrera sa vie à la défense des Américains les plus défavorisés. Après la mort de son époux, le président américain Franklin Roosevelt, elle assumera la présidence de la Commission des droits de l'homme des Nations unies.

Parmi les nombreux rôles qu'elle jouera durant sa vie, Eleanor Roosevelt estimera toujours avoir effectué son travail le plus important à la Commission des droits de l'homme.

Eleanor Roosevelt naît à New York en 1884. Sa famille d'un rang bien établi est connue pour encourager le bénévolat. Les deux parents d'Eleanor étant décédés avant son dixième anniversaire, la jeune fille sera élevée par des membres de sa famille.

Trouvant la vie mondaine ennuyeuse, Eleanor enseignera la gymnastique suédoise et les mouvements des danses rituelles des Amérindiens dans un foyer de Manhattan (New York). Ces foyers étaient l'expression d'un nouveau courant de réforme sociale permettant à ceux qui aidaient les pauvres des zones urbaines de vivre et de travailler en contact direct avec eux. En 1905, Eleanor épouse Franklin Delano Roosevelt, un cousin éloigné dont la carrière politique semblait prometteuse.

Eleanor Roosevelt reprendra ses activités caritatives après l'éclatement de la Première Guerre mondiale en rendant visite aux soldats blessés et en travaillant pour une cantine de la Croix-Rouge. « Ce sentiment d'être utile est sans doute la plus grande joie que j'ai connue », dira-t-elle plus tard.

En 1920, Franklin Roosevelt est frappé par la poliomyélite, maladie qui finira par le confiner dans un fauteuil roulant. Pour un temps, sa carrière politique semble finie. Eleanor sera alors tiraillée entre sa passion pour ses activités bénévoles et la nécessité d'aider son mari à maintenir sa visibilité sur la scène politique. Elle travaillera notamment pour la ligue des femmes syndicalistes (Women's Trade Union League), dont elle se fera la porte-parole, et pour la ligue nationale des consommateurs (National Consumers' League). Elle travaillera également au bureau des affaires législatives de la Ligue des électrices (League of Women Voters), ce qui lui permettra de lire les comptes rendus des débats du Congrès de manière régulière. Dans le même temps, elle s'occupe de son mari et l'aide à recouvrer la santé. Franklin Roosevelt pourra reprendre sa carrière politique et sera élu en 1928 gouverneur de l'État de New York, alors le plus peuplé et le plus important des États-Unis sur le plan politique. Enfin, en 1932, alors que le pays est au plus profond de la grande crise économique, Franklin Roosevelt est élu président des États-Unis.

Mme Roosevelt aux fourneaux armée d'une louche et d'une grande casserole
Eleanor Roosevelt au travail pour une soupe populaire durant la crise en 1932.

La Constitution américaine n'attribue aucune fonction spécifique à la Première Dame du pays. La plupart des épouses des présidents se contentent d'un rôle protocolaire. Eleanor Roosevelt se taillera toutefois rapidement un rôle de conseiller politique privilégié. Elle se fera l'avocate des droits des femmes, des pauvres et des minorités. Elle sera également les yeux et les oreilles du président, voyageant dans tout le pays afin de communiquer ses observations à son mari, notamment en ce qui concerne la discrimination raciale dans les États du sud. Au vu de ses constatations, elle fera souvent pression sur le président pour qu'il modifie sa politique. Comme l'écrit l'historienne Doris Kearns Goodwin : « Citant des statistiques à l'appui de ses dires, elle n'hésitait pas à interrompre son mari à tout moment, y compris lorsqu'il se détendait en buvant un cocktail ; elle lui posait parfois des colles au milieu du dîner, avant de lui remettre des notes à lire tard dans la soirée. » Et ça marchait. Franklin Roosevelt signera ainsi une série de décrets présidentiels mettant fin à la discrimination raciale dans le cadre des programmes fédéraux de relance économique.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Eleanor Roosevelt se rendra en Angleterre et dans le Pacifique Sud afin de soutenir le moral des troupes et de renforcer les liens entre les États-Unis et leurs alliés. Elle quittera la Maison-Blanche lors du décès de son mari en avril 1945, sans pour autant mettre fin à ses activités de militante. Plus tard, au cours de cette même année, le président Harry Truman demandera à celle qu'il appelait « la Première Dame du monde » de faire partie de la délégation américaine aux Nations unies.

Eleanor Roosevelt occupera notamment les fonctions de présidente de la Commission des droits de l'homme des Nations unies, dont la mission était de soumettre des propositions, des recommandations et des rapports dans des domaines tels que les libertés civiles, les droits de la femme, la liberté d'expression, la lutte contre la discrimination et la protection des minorités, la mission prioritaire de la commission étant toutefois de rédiger une charte internationale des droits de l'homme.

La tâche s'avérera difficile, l'introduction de débats philosophiques dans le processus politique étant un exercice périlleux sur la scène internationale. Chaque partie prenante souhaitait à la fois assurer la neutralité du document et y voir figurer sa propre conception des droits de l'homme. Fidèle à elle-même, Eleanor Roosevelt ne se laissera pas déstabiliser. « Nous créons notre propre histoire » disait-elle. « Il est plus intelligent d'espérer que de désespérer, et d'essayer que de ne pas essayer. Ceux qui disent que rien ne peut être fait n'accomplissent jamais rien. »

Des gens du monde entier commencèrent à inonder la commission, et notamment Eleanor Roosevelt, de courrier. Ces lettres dénonçaient les violations des droits de l'homme de manière détaillée, et demandaient de l'aide. L'urgence de la mission de la commission ne fit donc qu'augmenter. Eleanor Roosevelt imposera un calendrier serré aux membres de la commission, en les faisant parfois travailler tard dans la nuit. Reconnaissant son acharnement au travail, les délégués savaient qu'elle attendait les mêmes efforts de tous.

En décembre 1947, la Commission des droits de l'homme finalisera enfin son projet de déclaration. Son adoption par la Troisième Commission des Nations unies, responsable des affaires sociales, humanitaires et culturelles, ne sera pas une mince affaire. Eleanor Roosevelt écrira dans ses mémoires : « Nous avons travaillé pendant deux mois, souvent tard dans la nuit, et débattu de chaque mot du projet de Déclaration à plusieurs reprises avant que la Troisième Commission n'approuve sa communication à l'Assemblée générale. »

En décembre 1948, une semaine avant la clôture de la session annuelle de l'Assemblée générale, les délégués n'avaient pas encore finalisé le texte et étaient encore en train d'y apporter des amendements. Finalement, le 9 décembre, Eleanor Roosevelt put se présenter devant l'Assemblée générale et déclarer : « Nous nous tenons aujourd'hui à l'aube d'une ère nouvelle dans l'histoire des Nations unies comme dans l'histoire de l'humanité. » Quatre minutes avant minuit, le 10 décembre, l'Australien Herb Evatt, président de l'Assemblée, appela au vote. Quarante-huit nations se prononcèrent en faveur de la Déclaration, aucune ne votant contre. Huit pays décidèrent de s'abstenir (deux pays n'étaient pas présents et n'ont pas pris part au vote, sans pour autant être comptés comme s'abstenant). La Déclaration universelle des droits de l'homme venait d'être adoptée. C'est alors que les délégués à l'Assemblée générale se levèrent pour applaudir Eleanor Roosevelt.

Elle quittera les Nations unies en 1951. Jusqu'à son décès en 1962, elle continuera d'écrire et de donner des conférences, tout en participant activement aux activités politiques du parti démocrate.

- Meghan Loftus

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