Droits de l'homme | La défense de la dignité humaine

05 décembre 2008

Portrait : René Cassin

 
René Cassin en 1970
René Cassin, lauréat du prix Nobel de la paix, photographié en 1970.

La Déclaration universelle des droits de l'homme doit beaucoup aux compétences juridiques et au talent de René Cassin, qui déclara qu'elle constituait une lueur d'espoir pour l'humanité. Ce lauréat du prix Nobel de la paix s'est fait l'avocat des droits de l'homme tout au long de sa carrière. Il est notamment l'un des fondateurs de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco).

René Cassin naît à Bayonne (France) en 1887. Il fait ses études au Lycée de Nice et à l'Université d'Aix-en-Provence. Licencié en droit et es-lettres en 1908, il arrive premier au concours de la faculté de droit. Il obtient en 1914 un doctorat en sciences juridiques, économiques et politiques.

René Cassin commence sa carrière juridique en 1909, date à laquelle il s'inscrit au barreau de Paris. Il y poursuit sa carrière jusqu'à sa mobilisation en 1914. Il sert dans l'infanterie et sera grièvement blessé au combat. Craignant qu'il ne puisse survivre à une opération, les médecins militaires ne l'opèrent qu'à l'insistance de sa mère, infirmière à l'hôpital où il est soigné. René Cassin survivra à ses blessures, qui le feront souffrir pendant toute sa vie.

Des premières années de sa carrière, René Cassin dira : « J'ai évité de traiter des sujets d'une nature manifestement politique, bien que le droit des contrats et des obligations soit dominé par des principes moraux, notamment le principe de la bonne foi. » Sa perception changera durant la Première Guerre mondiale : « Ce conflit a imprimé en moi sa marque unique et indélébile, comme il l'a fait pour nombre de mes contemporains. »

De retour à la vie civile, René Cassin se marie et accepte un poste de professeur de droit à l'Université d'Aix-en-Provence. En 1918, il est l'un des fondateurs de l'Union fédérale des anciens combattants et victimes de guerre. En 1929, il est nommé professeur de droit civil et de droit fiscal à l'Université de Paris, où il continuera d'enseigner jusqu'à sa retraite en 1960.

Profondément attaché aux idéaux de la révolution française, René Cassin quittera la France durant la Seconde Guerre mondiale pour rejoindre le général de Gaule, dont il sera le conseiller à Londres. Il occupera ensuite de nombreux postes au sein du gouvernement de la France Libre, notamment celui de commissaire à l'instruction publique.

De 1924 à 1938, René Cassin représente la France à la Société des Nations, qui précéda l'Organisation des Nations unies. De 1932 à 1934, il représente également la France à la conférence de Genève sur le désarmement. Nommé représentant aux Nations unies en 1946, il est l'un des fondateurs de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.

Vice-président de la première Commission des droits de l'homme des Nations unies, il en assumera ultérieurement la présidence. Bien qu'il fût expert international en matière de droits de l'homme, René Cassin avait conscience de la difficulté des défis qui allaient se poser : « Du fait de ces hésitations et du caractère imprécis de ces innovations, la Commission des droits de l'homme a eu, dès le départ, des doutes sur son rôle et ses fonctions en général. »

Le Secrétariat des Nations unies avait donné à la commission un cadre de départ, avec pour mission de modifier divers articles, d'étendre la portée de certains autres et d'en créer d'entièrement nouveaux. Le projet de rédaction de René Cassin se retrouvera en grande partie dans le texte final de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Il dira du document : « Outre le droit à la vie dont bénéficie chaque individu, et le droit de participer pleinement à la société, la Déclaration ajoutait à la liste des droits de l'homme le droit au travail, ainsi qu'un certain nombre de droits économiques, sociaux et culturels. »

Le projet de texte sera finalement étudié et révisé par la Troisième Commission de l'Assemblée générale, responsable des affaires sociale, humanitaires et culturelles, puis par l'Assemblée générale elle-même. Malgré ces révisions, l'essentiel de l'épure proposée par René Cassin survivra au long processus d'examen du projet et subsiste dans le document actuel. Après l'adoption de la Déclaration universelle, René Cassin pourra déclarer qu'elle constitue une lueur d'espoir pour l'humanité.

Déjà considéré comme l'un des théoriciens les plus solides du droit international, René Cassin sera encore appelé à servir son pays et la communauté juridique internationale à de nombreuses occasions. Il occupera les fonctions de vice-président du Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative de France. De 1960 à 1970, il est membre du Conseil Constitutionnel, qui décide de la constitutionnalité des lois adoptées par le Parlement français. Il exercera également les fonctions de président de la Cour internationale d'arbitrage de La Haye (Pays-Bas), et sera membre puis président de la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg (France).

René Cassin se voit décerner le prix Nobel de la paix en 1968. Il déclarera à cette occasion : « Le temps est venu de proclamer que nous devons tous travailler et nous battre jusqu'au dernier afin d'assurer la paix et la dignité de l'homme. » René Cassin s'est éteint à Paris en 1976.

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