04 décembre 2008
eJournal USA : L'abolition des pires formes du travail des enfants

Il s'est produit, ces dernières années, un changement spectaculaire d'attitude à l'égard du travail des enfants. La dénégation et l'indifférence ont fait place à la reconnaissance du problème, à l'indignation et à la volonté de s'y attaquer de façon efficace et durable. L'abolition du travail des enfants à travers le monde exigera un important engagement de ressources de la part de la communauté internationale. Cependant, en l'espace de 20 ans, les avantages économiques de cette abolition à l'échelle mondiale seraient 7 fois supérieurs aux coûts. La suppression du travail des enfants constitue sans nul doute un bon investissement financier.
M. Juan Somavia est directeur général de l'Organisation internationale du travail.
Le travail des enfants constitue un problème de grande ampleur dans le monde, mais ce problème n'est pas insoluble.
L'expérience montre clairement que quand des particuliers prennent un engagement, quand les collectivités se mobilisent, quand les sociétés s'unissent et décident que le travail des enfants n'est plus acceptable, il est possible de réaliser de grands progrès de manière à ce qu'aucun enfant ne se voie priver d'une enfance normale et d'un avenir meilleur. Cependant, la tâche n'est pas facile.
La formation d'un consensus et la réalisation de changements réels demeurent une tâche immense sur le plan international et national ainsi qu'au sein des familles et des collectivités où le travail des enfants est répandu. L'objectif logique est de donner aux enfants la possibilité d'accès à une bonne éducation et aux parents celle d'obtenir un emploi décent. Il s'agit d'un problème économique pour les pays et pour les familles, mais aussi d'un problème moral. La lutte contre le travail des enfants est, en définitive, un combat pour la promotion de la dignité et de la liberté de l'être humain.
Un enfant sur 4 travaille dans le monde, soit quelque 246 millions d'enfants. Ce nombre correspond approximativement à la population des États-Unis ! Ces enfants ne font pas de petits travaux ou des tâches faciles. Il s'agit, pour eux et pour leur famille, d'une question de survie. Filles et garçons sont employés à des activités qui nuisent à leur développement mental, physique et affectif.
Les trois-quarts d'entre eux sont exploités dans ce que l'Organisation internationale du travail appelle les pires formes de travail des enfants. Ils travaillent dans des usines où l'atmosphère est étouffante, dans des plantations insalubres, dans des mines et autres endroits dangereux où ils risquent la mort. Certains sont vendus et exploités dans des conditions proches de l'esclavage. D'autres sont contraints au cauchemar réel de la prostitution ou enrôlés de force dans des conflits armés.
Depuis sa fondation, l'OIT lutte contre ce fléau qu'est le travail des enfants. Ces dernières années, grâce à nos efforts et à la collaboration de nombreuses personnes et institutions déterminées, nous avons assisté à un changement radical d'attitude à l'égard du travail des enfants. La dénégation et l'indifférence ont fait place à la reconnaissance du problème, à l'indignation et à la volonté d'agir. Un mouvement populaire grandissant contre les pratiques abusives en général s'est accompagné d'une nouvelle prise de conscience des façons dont on peut s'attaquer efficacement et de façon durable au problème du travail des enfants.
L'approche des mandants de l'OIT - États, employeurs et travailleurs - consiste à travailler sur la base du partenariat au niveau de la collectivité et de la production, pour obtenir au sein des pays un engagement à agir durablement en faveur de l'abolition du travail des enfants.
En 1999, nous avons approuvé un instrument clé de cette lutte : la convention n° 182 qui engage les pays à prendre des mesures immédiates pour interdire les pires formes de travail des enfants et pour les supprimer. Ces six dernières années, 151 pays l'ont ratifiée, faisant d'elle un engagement national et la convention la plus rapidement ratifiée de l'histoire de l'OIT par un très grand nombre de pays.
On a assisté, durant la même période, à une augmentation impressionnante du nombre de ratifications de la convention n° 138 sur l'âge minimum d'admission à l'emploi. Cette convention, qui a été adoptée en 1973, déclare que l'âge minimum d'admission à l'emploi ne devrait pas être inférieur à celui auquel cesse la scolarité obligatoire et elle établit un certain nombre de minimums d'âge selon les catégories d'emploi ou le type de travail. Sa ratification ne constitue toutefois qu'un début.
Un nombre croissant de pays ont sollicité l'aide de l'OIT pour prendre des mesures efficaces contre le travail des enfants. Le Programme de l'OIT pour l'abolition du travail des enfants (IPEC), qui a été mis sur pied en 1992 avec 6 pays participants et une importante contribution financière de l'Allemagne, étend maintenant son rayon d'action dans 80 pays pour inclure des activités financées par 30 donateurs, y compris des associations d'employeurs et de travailleurs.
Le soutien généreux et le ferme engagement du Congrès et du gouvernement des États-Unis ont aidé l'OIT à accroître de façon spectaculaire ses efforts en faveur de l'abolition du travail des enfants.

Nous accordons la priorité à la lutte contre les pires formes de travail des enfants, notre ultime objectif étant la suppression de toutes les formes de travail des enfants. Nous participons à l'élaboration et à l'application de mesures visant à empêcher le travail des enfants, à soustraire ces derniers aux travaux dangereux, à les préparer à la scolarisation et à procurer à leurs parents d'autres sources de revenu. Notre travail porte sur des projets de lutte contre la traite des enfants en Afrique de l'Ouest, de réinsertion sociale des enfants de la rue en Europe de l'Est, de retrait des enfants des mines et des carrières en Amérique latine ainsi que d'assurance d'un meilleur avenir aux enfants qui tissent des tapis ou qui cousent des ballons de football en Asie du Sud.
UNE VOLONTÉ CROISSANTE D'AGIR
Dans le monde entier, un mouvement d'opposition au travail des enfants a vu le jour. Les enfants qui travaillent se font aussi entendre, notamment dans le cadre de la Marche mondiale contre le travail des enfants. Des écoliers se mobilisent par solidarité.
De nouvelles alliances se forment entre les associations d'employeurs et de travailleurs, les organismes publics et les organisations de la société civile. Ces alliances agissent au niveau multinational dans plusieurs branches d'activité - comme la culture du tabac, la production de cacao et la fabrication d'articles de sport - dans lesquelles l'influence et les avantages des partenaires tripartites de l'OIT et de la société civile renforcent la lutte mondiale contre le travail des enfants.
En outre, 19 pays participent maintenant à des programmes visant à abolir le travail des enfants dans des délais précis. Ce sont là des bases sur lesquelles le mouvement se développe, mais il importe de faire beaucoup plus sur le plan général. Nous devons harmoniser les décisions nationales et internationales grâce à une plus grande coopération en matière de développement pour encourager la réduction du travail des enfants. Nous devons promouvoir les débats nationaux et internationaux et les campagnes de sensibilisation de la population, identifier et recenser les travaux dangereux confiés aux enfants dans divers secteurs, mettre en place les moyens institutionnels qui permettront de s'attaquer au travail des enfants à tous les niveaux ainsi que créer des mécanismes efficaces, indépendants et crédibles d'inspection et de surveillance.
Le problème du travail des enfants ne peut être résolu isolément. À eux seuls, les projets ne suffisent pas. Lorsque la pauvreté désunit les familles, il convient de prendre des mesures tant économiques que sociales pour contribuer à protéger la dignité de la vie familiale.
Par exemple, l'enseignement gratuit et obligatoire jusqu'à un « âge minimum » d'admission à l'emploi - qui varie selon les pays et la nature du travail - est un élément clé de la prévention du travail des enfants. Toutefois, vu les restrictions budgétaires que l'on observe partout, un grand nombre de pays ne peuvent pas se permettre de le faire.
La communauté internationale doit donc seconder les efforts des pays disposés à prendre des mesures d'ensemble grâce à des programmes de coopération en faveur du développement, d'accès aux marchés et aux conseils qu'ils reçoivent des organisations internationales.
Bien sûr, il faudra engager des ressources importantes pour faire disparaître le travail des enfants de notre planète. Selon une étude récente de l'OIT, la suppression du travail de travail sur une période de vingt ans donnerait des avantages estimés à 5,1 milliards de dollars, tant dans les pays en développement que dans les pays en transition où se trouvent la plupart des enfants qui travaillent. Au niveau mondial, ces avantages seraient près de 7 fois supérieurs aux coûts. Chaque année d'école découlant de la scolarisation des enfants jusqu'à l'âge de 14 ans augmente de 11 % le futur revenu annuel du jeune qui continue à fréquenter l'école.
Il ne fait aucun doute que la suppression du travail des enfants constitue un bon investissement financier.
L'ABOLITION DU TRAVAIL DES ENFANTS DANS L'« AGENDA POUR LE TRAVAIL DÉCENT » DE L'OIT
L'abolition du travail des enfants fait partie intégrante du programme de l'OIT intitulé « Agenda pour le travail décent », qui a pour but de donner des possibilités de travail décent et productif à toutes les femmes et à tous les hommes dans des conditions de liberté, d'équité, de sécurité et de respect de la dignité humaine. Ce cadre de développement est axé sur la promotion des investissements qui créent des possibilités de travail productif respectant les normes et les droits des travailleurs sur les lieux de travail, la sécurité sociale, la protection de la santé et de la sécurité et la possibilité pour les travailleurs d'avoir voix au chapitre et d'être représentés. L'abolition effective du travail des enfants est l'un des principes fondamentaux de notre programme. Nous encourageons un travail décent car si l'on ne prête pas attention à la qualité du travail des parents, on ouvre la voie au travail des enfants.
Chaque pays peut, compte tenu de sa situation particulière, définir un niveau économique raisonnable au-dessous duquel aucune famille ne devrait tomber. Qui dit travail décent ne veut pas dire norme universelle ou salaire minimum. Les conventions de l'OIT, qui sont ratifiées volontairement par chaque pays, constituent une base sociale judicieuse pour les travailleurs.
Nous devons nous sentir encouragés par le fait que d'importants progrès ont déjà été réalisés sur le plan des connaissances et de l'expérience et qu'il existe un important mouvement mondial d'opposition au travail des enfants.
Le problème reste redoutable à l'échelle mondiale, mais je pense que, en œuvrant de concert, nous pourrons atteindre nos objectifs communs : un travail décent pour les parents, un enseignement de qualité pour les enfants et de réelles possibilités pour les jeunes.
L'abolition du travail des enfants est à la fois un impératif moral et un problème social. Si nous trouvons la volonté de le faire, nous pourrons apporter de l'espoir aux enfants du monde entier et affirmer le droit inaliénable de chacun d'eux à une enfance normale.
Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement le point de vue ni la politique des États-Unis.