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04 décembre 2008

Éliminer le travail des enfants : la méthode de l'industrie d'articles de sport

eJournal USA : L'abolition des pires formes du travail des enfants

 
Des jeunes Pakistanaises cousent des ballons de foot.
Des jeunes filles au Pakistan cousent des ballons de football.

André Gorgemans

Il n'incombe pas seulement aux pouvoirs publics de contribuer à la suppression du travail des enfants dansle monde, le secteur industriel doit lui aussi jouer unrôle actif en la matière. Il y a dix ans, la Fédération mondiale de l'industrie d'articles de sport a entrepris une action visant à interdire l'exploitation d'enfants àtous les niveaux de la fabrication d'articles de sport, y compris au niveau de la sous-traitance. Elle a envoyé à l'école les enfants qu'elle a retirés des lieux de travail et apporté à leur famille un appui social et financier. L'undes résultats de ce programme, par exemple, c'est que6.000 jeunes Pakistanais sont retournés à l'école, alors qu'ils fabriquaient auparavant des ballons de footballpour l'exportation. Des programmes similaires sont en cours d'application en Inde.

 

M. André Gorgemans est secrétaire général de la Fédération mondiale de l'industrie d'articles de sport.

Le travail des enfants est un phénomène qui retient toute l'attention de la Fédération mondiale de l'industrie d'articles de sport (WFSGI) depuis dix ans. La WFSGI, dont le siège se trouve à Verbier (Suisse), est une association indépendante qui a été fondée en 1978 par des fournisseurs d'articles de sport, des associations nationales de fabricants et des grandes marques, telles Nike, Adidas, Reebok, New Balance et Puma. À ce titre, elle joue un rôle stratégique dans l'appui et la promotion de l'industrie des articles de sport et elle constitue un forum au sein duquel les pays d'Europe, d'Asie, d'Amérique du Nord et du Sud et d'Océanie peuvent promouvoir le libre-échange, le commerce équitable et les valeurs éthiques ainsi qu'améliorer le bien-être de l'humanité grâce au sport.

Sur le plan interne, la WFSGI fonctionne dans le cadre de comités qui siègent régulièrement à travers le monde. L'un d'eux, le comité d'éthique et du commerce équitable (CEFT), a été créé en 1995 par M. Stephen Rubin, qui était à l'époque le président de la WFSGI, en vue de s'attaquer à certaines des questions éthiques les plus complexes en matière de pratiques commerciales et d'établir une instance au sein de laquelle l'industrie pourrait réfléchir à un large éventail de questions liées à la responsabilité sociale des entreprises, analyser ces questions et agir en conséquence.

La première grande mesure prise par le CEFT fut de convoquer une conférence internationale à Verbier, en novembre 1995, pour procéder à un échange de vues sur le thème du travail des enfants. Cette conférence revêtait un caractère unique dans la mesure où elle mobilisa un large éventail de marques internationales d'articles de sport, d'États, d'institutions internationales et d'organisations non gouvernementales (ONG). Les participants à cette première assemblée regroupaient des représentants de l'UNESCO, de l'UNICEF, de l'Organisation internationale du travail (OIT), de l'association « Save the Children », du groupe anti-esclavagiste « Anti-Slavery International », de la « Fair Trade Foundation », de la campagne « Clean Clothes » et de l'ONG internationale Terre des Hommes.

La conférence de 1995 marqua la première fois où l'industrie mondiale des articles de sport se trouvait face à face avec la plupart de ces organisations, dont certaines avaient ouvertement critiqué des pratiques de l'industrie et de certaines sociétés. Cette première conférence ouvrit la porte au dialogue et fit naître un climat de confiance qui finirait par déboucher sur la mise en place de programmes indéniablement fructueux.

LES DIFFICULTÉS À SURMONTER

La plus grosse difficulté à laquelle se heurta le comité d'éthique fut de mobiliser l'industrie pour qu'elle réagisse face aux accusations très graves relatives au travail des enfants dans la production de ballons de football en Asie du Sud, à commencer par le Pakistan. Des représentants de plusieurs marques mondiales et de fédérations nationales se rendirent dans la région pour s'entretenir avec des cadres de l'industrie nationale ainsi que des représentants de gouvernements et d'ONG. Le groupe de travail retint les services d'observateurs indépendants qui eurent pour mission d'analyser le problème sous toutes ses facettes et de recommander l'adoption de mesures correctrices.

Le processus d'apprentissage fut long, et parfois difficile. Un grand nombre de détracteurs de l'industrie se rendirent coupables d'écarts avec la vérité et de fabulations en vue d'exploiter l'intérêt de l'opinion publique internationale pour le travail des enfants. Toutefois, nos propres études indépendantes révélèrent que des enfants participaient dans une certaine mesure à la production de ballons de football.

Une grande partie du problème découlait directement de la sous-traitance. En effet, l'assemblage des ballons se faisait loin des usines des fabricants, ce qui donnait à penser que l'industrie ne surveillait pas toutes les étapes de la production. Au fil du temps, force fut d'admettre qu'il fallait surveiller les ateliers et les centres de couture pour que l'industrie puisse convaincre le monde qu'elle n'avait pas recours au travail des enfants.

Le CEFT se heurtait à une autre difficulté : celle de déterminer l'ampleur de l'action à entreprendre. Au départ, notre mission était de faire en sorte que la production de ballons de football cousus à la main ne fasse plus appel au travail des enfants. Or le CEFT finit par s'apercevoir que la suppression pure et simple de la main-d'œuvre enfantine dans ce secteur, si elle allait résoudre notre problème immédiat, risquait à terme de nuire aux enfants, qui seraient poussés vers d'autres activités encore plus dangereuses, telles la prostitution ou la fabrication de briques.

Manifestation en Inde contre le travail forcé des enfants.
Des petits Indiens participent à une manifestation contre le travail forcé des enfants dans la fabrication du matériel de sport.

Du coup, l'industrie prit l'engagement de mettre en place un programme de protection sociale et d'offrir des possibilités d'éducation aux enfants qui se retrouveraient sans travail ainsi qu'un soutien social et financier à leur famille.

L'ACCORD D'ATLANTA

Cet engagement se concrétisa par la conclusion de l'accord d'Atlanta relatif à l'abolition du travail des enfants dans la production de ballons de football au Pakistan, laquelle fut annoncée en février 1997 au « Sports Super Show » d'Atlanta, en Géorgie. Trente et une entreprises, représentant plus de 80 % de la production destinée à l'exportation, et 55 marques internationales, représentant pratiquement la totalité du marché mondial des marques, acceptèrent de participer à ce programme. Les marques internationales s'engagèrent à acheter des ballons au Pakistan uniquement si les entreprises qui les fabriquaient se conformaient à ce programme.

Le recours aux partenariats constitue une composante essentielle de l'accord d'Atlanta. Le CEFT s'est ainsi lancé dans une démarche ambitieuse visant à conclure des alliances avec des organisations extérieures, et l'OIT s'est associé au projet en mettant au point un mécanisme de surveillance des lieux de travail.

L'OIT créa un protocole d'inspections sans préavis, celles-ci étant effectuées par des inspecteurs bien formés et bien rémunérés qui se rendaient dans les villages où les ballons étaient cousus. L'association « Save the Children » accepta de participer à cet effort, ce qui était un moyen pour elle de veiller à la protection des enfants. L'UNICEF fournit des services d'action sociale aux enfants et à leur famille, et les ONG locales s'engagèrent à offrir des cours de transition aux enfants déplacés ainsi que des microcrédits aux collectivités et aux familles.

La Fédération internationale de football association (FIFA) est un partenaire inconditionnel du CEFT. Elle faisait partie du groupe des premiers partisans de l'accord d'Atlanta et elle verse des aides importantes, depuis plusieurs années, à l'appui de projets visant à mettre fin au travail des enfants au Pakistan et en Inde. En outre, la FIFA a invité le CEFT à profiter de la Coupe du monde qu'elle organise pour mieux faire connaître notre action collective en faveur de l'encouragement de pratiques commerciales éthiques. Comme l'a fait remarquer le président de la FIFA, M. Sepp Blatter, « le sport, tout comme l'industrie qui contribue à le soutenir et à l'améliorer, a beaucoup de raisons d'être fier, et l'accord d'Atlanta en est une ».

Le succès de cet accord fut salué en juin 1997 à New York, quand la WFSGI se vit décerner le prix « Pioneer Award in Global Ethics » lors de la cérémonie annuelle que le « Council on Economic Priorities » organise pour récompenser les sociétés et les organismes de leur sens poussé de la responsabilité sociale aux plus hauts échelons. En 1999, alors qu'il était président des États-Unis, M. Bill Clinton attira encore plus l'attention sur les prix ( « Annual Corporate Conscience Awards ») décernés par ce conseil quand il fit l'éloge, à la tribune de l'OIT, du modèle de collaboration entre l'industrie, les pouvoirs publics et les ONG.

LES RÉSULTATS

Le programme mené au Pakistan peut se targuer de succès tangibles. Environ 90 fabricants de Sialkot en font aujourd'hui partie, et plus de 95 % de la production destinée à l'exportation fait l'objet d'un suivi régulier et est certifiée exempte d'éléments fabriqués par des enfants. Plus de 6.000 enfants ont été retirés du circuit de la production et remis sur la voie scolaire. La composante Enseignement primaire universel du programme se concentre sur tous les enfants âgés de 5 à 7 ans en vue de prévenir l'entrée de nouveaux jeunes sur le marché du travail.

Des responsables de l'Association indienne des fabricants et des exportateurs d'articles de sport et de la « Sports Goods Foundation of India » ont adapté le modèle pakistanais à leurs besoins particuliers. Lui-même fondé sur le double concept de la protection sociale et de la surveillance des lieux de travail, le programme mis en œuvre en Inde illustre la façon dont des dirigeants locaux tournés vers l'avenir sont capables de déterminer ce qui peut être fait et ce qui doit l'être. Des organismes internationaux, telle la WFSGI, peuvent faciliter la collaboration, mais ils savent sans l'ombre d'un doute que ce sont les responsables nationaux de l'industrie qui forment l'armature de tout programme fructueux.

VOIR PLUS LOIN QUE LE TRAVAIL DES ENFANTS

L'intérêt que le CEFT porte à l'éthique et au commerce équitable ne se limite pas à ses programmes visant à combattre le travail des enfants. En 1997, après avoir consulté ses fédérations constituantes et d'autres membres, et sur la base d'un dialogue constant avec des représentants d'institutions internationales, le CEFT a formulé un code de conduite destiné à aider les entreprises de l'industrie des articles de sport à garantir que leurs activités répondent aux normes éthiques les plus élevées au niveau mondial. Ce code se fonde sur les normes internationales du travail qui sont énoncées dans les conventions pertinentes de l'OIT. Un grand nombre de sociétés membres ont également rédigé leur propre code de conduite, dont elles surveillent l'application.

Le CEFT, depuis rebaptisé le CSR ( « Corporate Social Responsibility »), a organisé une réunion début 2005 à Shanghaï en vue de faire comprendre à nos collègues chinois les complexités de la responsabilité sociale des entreprises et de leur fournir les outils dont ils auraient besoin pour faire face aux critiques attendues de la société civile et des ONG dans la période précédant les Jeux olympiques de 2008 à Pékin. Y ont participé environ 55 représentants de marques mondiales de sport et de commerçants d'articles de sport, de grands fabricants chinois d'articles de sport, de l'association chinoise d'industriels, de l'OIT et de la « Fair Labor Association ».

En prenant ces initiatives, l'industrie des articles de sport a montré qu'il était possible d'inscrire la logique de la responsabilité sociale des entreprises dans un cadre mondial.

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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