02 octobre 2009

Washington - Des chercheurs en Thaïlande ont mis au point une méthode de vaccination visant à prévenir le sida fondée sur le principe des multithérapies utilisées contre cette maladie, et ils ont réussi à en freiner la propagation en combinant deux anciens vaccins qui avaient échoué.
Les responsables de la santé publique thaïlandaise ont annoncé le 24 septembre à Bangkok que cette combinaison de vaccins, mise à l'essai pendant six ans, avait empêché des contaminations par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) qui cause le sida. Ne contenant pas eux-mêmes de virus entier, ni vivant ni atténué, les vaccins ne peuvent pas causer cette maladie.
Le vaccin combiné a permis de réduire le risque d'infection de 31,2 % parmi les 16.402 volontaires thaïlandais qui ont participé à cet essai clinique, a déclaré le ministre thaïlandais de la santé publique, M. Witthaya Kaewparadai, lors d'une conférence de presse. « Les résultats de cette étude sont un pas important vers la mise au point d'un vaccin contre le sida. C'est la première fois que nous avons réussi à trouver un vaccin qui puisse prévenir cette infection. »
Les chercheurs soulignent néanmoins que les résultats obtenus ne suffisent pas pour déclencher la fabrication de cette combinaison de vaccins qui utilise la méthode mise au point en Thaïlande, dite de primovaccination/rappel (prime-boost). En principe, les résultats positifs d'un candidat-vaccin doivent dépasser 50 % avant que les autorités médicales ne permettent son utilisation. Des responsables de deux compagnies pharmaceutiques ont indiqué qu'il faudrait encore plusieurs années d'essais cliniques et de recherches avant que le vaccin combiné ne soit utilisé à grande échelle.
Un essai clinique entamé en 2003
L'essai de ce vaccin, qui avait commencé en octobre 2003, a été réalisé par le ministère thaïlandais de la santé publique avec le financement et l'appui de l'Institut de recherche Walter Reed de l'armée des États-Unis et de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) américain, qui relève de l'Institut national de la santé à Washington. Il a été dirigé par le docteur Supachai Rerks-Ngarm, du service de lutte contre les maladies au sein du ministère thaïlandais de la santé publique.
Les chercheurs de l'Institut de recherche de l'armée américaine avaient décidé que cet essai, auquel 105 millions de dollars avaient été alloués, serait effectué en Thaïlande en raison de l'étude qu'ils avaient menée dans ce pays sur la pandémie du sida qui s'y était déclarée dans les années 1990 ; ils avaient déjà identifié et isolé les souches du virus et ont pu donc fournir cette information génétique au personnel chargé de la recherche d'un vaccin. Le gouvernement thaïlandais avait donné son plein accord à cet essai.
En 1991, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) avaient entamé des travaux préliminaires relatifs à cette étude, quand il avait été recommandé de faire figurer la Thaïlande sur la liste des pays parrainés par l'OMS où seraient effectués des essais cliniques de vaccins expérimentaux contre le sida.
Une étude menée en 2006 par le Groupe consultatif sur le vaccin contre le sida a déterminé que « l'essai en cours répondait aux normes les plus strictes de la science et de l'éthique et qu'il était mené avec la participation active de la population concernée ». Cet essai, d'une envergure jusque-là inconnue, a été effectué dans les provinces de Rayong et de Chonburi sur 16.402 personnes, hommes et femmes entre l'âge de 18 et 30 ans, qui représentaient divers niveaux de risque d'infection par le virus du sida, a indiqué le NIAID. Ces provinces thaïlandaises avaient été choisies du fait que leurs populations sont en général stables.

« Nous remercions le personnel qui a effectué cet essai en Thaïlande et aux États-Unis, pour avoir œuvré pendant des années pour le mener à bien, comme nous remercions les personnes qui y ont pris part et le peuple de la Thaïlande de son appui durable à la recherche d'un vaccin contre le sida », a déclaré le docteur Anthony Fauci, directeur du NIAID. « Ces nouveaux résultats sont une étape importante sur cette voie. »
Parmi les volontaires thaïlandais, certains ont reçu un placebo et d'autres, la combinaison de vaccins primovaccination/rappel ALVAC, de Sanofi Pasteur, qui est la division vaccins du groupe pharmaceutique français Sanofi-Aventis, et le vaccin AIDSVAX, mis au point, à l'origine, par VaxGen qui appartient actuellement à Global Solutions for Infectious Diseases, une organisation sans but lucratif créée par le personnel de VaxGen. La moitié des participants à l'essai ont reçu quatre primovaccinations d'Alvac et deux rappels d'AIDSVAX au cours d'une période de six mois. L'autre moitié a reçu des doses qui ne contenaient qu'un placebo. À la fin de la série de vaccinations, ils avaient tous subi des tests de dépistage du sida chaque six mois pendant trois ans.
Le NIAID a indiqué que les vaccins étaient fabriqués à base des souches B et E du VIH, qui sont courantes en Thaïlande. Les chercheurs sont les premiers à admettre qu'ils ne savent pas pourquoi la combinaison de vaccins est efficace dans la prévention des infections, et qu'il est peu probable que ladite vaccination puisse donner des résultats semblables aux États-Unis (où la souche B est la seule que l'on trouve fréquemment), en Afrique ou ailleurs dans le monde.
Dans de précédents essais de candidats-vaccins contre le sida, ni ALVAC ni AIDSVAX ne s'était révélé efficace dans la prévention des infections, mais une fois combinés, selon la méthode primovaccination/rappel, ils avaient tendance à donner de bons résultats. Le premier vaccin, ALVAC, apprête le système immunitaire à attaquer le virus tandis que le second, AIDSVAX, renforce la réponse immunitaire du corps, précisent les chercheurs.
Les volontaires avaient été systématiquement informés des risques potentiels d'un vaccin expérimental avant de donner leur accord pour participer à l'essai. Ils avaient tous reçu des préservatifs, des conseils et des soins pour toute autre maladie sexuellement transmissible dont ils souffriraient. Chaque fois qu'ils se rendaient au dispensaire, le personnel médical leur rappelait de nouveau comment éviter d'être infecté par le VIH mais ceux qui le devenaient recevaient gratuitement des traitements antirétroviraux conformément aux directives du ministère thaïlandais de la santé publique.
« Pour la première fois, un vaccin expérimental contre le sida a démontré une certaine capacité à prévenir l'infection chez une personne vaccinée. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour mieux comprendre comment ce vaccin réduit le risque d'infection, mais il s'agit là certainement d'une avancée encourageante dans la recherche d'un vaccin contre le sida », a dit le Dr Fauci.
Le NIAID et ses partenaires œuvrent de concert avec d'autres scientifiques afin de déterminer quelles devront être les prochaines étapes, notamment les recherches supplémentaires sur la combinaison de vaccins et de la nécessité d'évaluer la signification de ces résultats par rapport à d'autres candidats-vaccins contre le sida, ont indiqué les responsables du NIAID.
Des essais supplémentaires doivent être effectués.
Des dizaines de chercheurs, de créateurs de vaccins, de donateurs de fonds à la recherche scientifique et de groupes de défenseurs des victimes du VIH/sida participent à une conférence qui se tient à New York du 28 septembre au 2 octobre, pour décider de la voie à suivre à la lumière des derniers résultats du vaccin combiné. Y sont présents notamment des scientifiques de la Thaïlande, de l'armée des États-Unis, du NIAID et des chercheurs indépendants. Le colonel américain Jérôme Kim est expert en maladies infectieuses et directeur des services responsables de la mise au point de vaccins contre le sida à la division Rétrovirologie de l'Institut de recherche Walter Reed ; il a dit que les chercheurs tenteraient maintenant de découvrir la raison de l'efficacité de ce vaccin chez certains volontaires et le processus enclenché par la combinaison de vaccins pour prévenir l'infection. « Il est évident que d'autres essais seront nécessaires pour mieux comprendre comment cette méthode de vaccination combinée réduit le risque de contamination », a dit le colonel Kim.
« L'essai en Thaïlande a prouvé qu'il était nécessaire d'adopter une approche équilibrée dans la recherche d'un vaccin contre le sida en menant à la fois des recherches de base pour mettre au point de nouveaux sérums, et en effectuant, lorsque cela se révèle approprié, des essais cliniques sur des volontaires », a dit Margaret Johnson, directrice du programme de recherche sur les vaccins contre le sida au NIAID. « Ces deux voies nous donneront les connaissances essentielles qui nous aideront à mieux comprendre ce qu'il faut faire pour mettre au point un vaccin qui offrira une protection totale contre le sida. »
Le général Eric Schoomaker, qui est directeur de la santé dans l'armée américaine, a décrit les résultats de l'essai thaïlandais comme étant importants bien que modestes. « Je suis heureux et fier d'annoncer les résultats de cet essai qui pour la première fois a prouvé qu'il était possible d'avoir un vaccin qui réduise le risque d'infection chez l'homme », a déclaré le général Schoomaker le 24 septembre à Washington. « Bien que le niveau de protection qu'il offre soit modeste, avec une efficacité de 31 %, cette étude représente néanmoins une avancée scientifique majeure. La médecine militaire s'intéresse aux recherches qui améliorent la santé de la population mondiale et font de notre planète un endroit plus sain pout tout un chacun », a ajouté le général.
Dans un communiqué conjoint, l'OMS et l'ONUSIDA ont indiqué que les résultats de l'essai en Thaïlande représentaient une avancée scientifique significative qui avait prouvé pour la première fois qu'un vaccin pouvait prévenir l'infection par le VIH chez la population générale adulte, bien que le vaccin en question semble avoir un effet protecteur modeste. « Néanmoins, ces résultats font naître un nouvel espoir dans la recherche d'un vaccin salubre et hautement efficace contre le sida et la promesse qu'il pourrait être mis à la disposition de toutes les populations du monde qui en ont besoin », souligne le communiqué.