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19 mai 2009

Les vaccins au XXIe siècle

 
femme observant de la pellicule translucide (AP Images)
Machine automatisée servant à la fabrication de timbres autocollants de vaccination.

Le docteur Stanley Plotkin est le conseiller principal du président-directeur général de Sanofi Pasteur, la plus grosse société du monde qui soit spécialisée exclusivement dans la production de vaccins à usage humain. Professeur honoraire de pédiatrie à l’université de Pennsylvanie, il a mis au point le vaccin contre la rubéole actuellement utilisé et a participé à l’élaboration du vaccin contre les rotavirus qui vient d’être homologué. Le docteur Plotkin est rédacteur en chef de Vaccines, ouvrage de référence sur les vaccins.

 

On a souvent fait remarquer que, en prédisant l’avenir, on ne manquait pas de commettre des erreurs et qu’il était bien plus facile de prédire le passé.

Je pense néanmoins que certaines tendances en cours dans le domaine de la création des vaccins sont susceptibles de s’accentuer dans un proche avenir et à long terme. C’est pourquoi je me risque à faire les dix prédictions suivantes :

• La mise au point de vaccins combinés contenant de multiples valences va s’accroître. La valence est le nombre d’antigènes différents contenus dans un vaccin : par exemple, un vaccin trivalent contient trois antigènes. Un antigène est une substance chimique, généralement une protéine, qui stimule le système immunitaire pour produire un anticorps propre à l’antigène. Étant donné que le programme de vaccination des jeunes enfants comporte de plus en plus de nouveaux vaccins et que nous devons faire face à des syndromes aux causes multiples, il va devenir nécessaire de combiner les vaccins de façon à limiter le nombre d’injections. Ces combinaisons de vaccins ne seront cependant pas faciles à mettre au point étant donné que les règles immunologiques d’interférence entre les vaccins ne sont pas bien établies.

• Bien que de nombreux vaccins soient administrés à des enfants de moins de 1 an, la protection est lente à se développer en raison de l’immaturité de leur système immunitaire. En fait, l’immunité peut diminuer plus tard dans l’enfance si l’enfant ne reçoit pas des injections de rappel. On commence tout juste à connaître les facteurs qui contribuent à l’immaturité, et je m’attends à ce qu’on en vienne à utiliser, dans la petite enfance, des adjuvants immunologiques, c’est-à-dire des substances qui amélioreront la réponse de l’organisme à la vaccination.

• Les maladies sexuellement transmissibles, les affections respiratoires transmises dans des lieux à forte concentration humaine, les infections qui causent ultérieurement le cancer et les infections transmises de la mère au foetus, exigent toutes une vaccination avant le début de l’adolescence. C’est donc à des enfants de 11 ou 12 ans que l’on devra administrer un grand nombre des nouveaux vaccins pour assurer une protection pendant le début de l’âge adulte.

• Les personnes âgées subissent un vieillissement naturel de leur système immunitaire pour ce qui est de la production d’anticorps et des réactions cellulaires à l’infection ou à la vaccination. Là encore, nous commençons à comprendre les déficiences qui viennent avec l’âge et, en y remédiant, nous devrions pouvoir améliorer l’efficacité des vaccins chez une population de plus en plus âgée.

• Deux nouvelles méthodes se sont répandues en ce qui concerne la mise au point de vaccins expérimentaux : l’injection à des êtres humains de segments d’ADN provenant de microorganismes pathogènes qui produisent des protéines protectrices après l’injection, et l’insertion de gènes provenant de pathogènes dans des microorganismes inoffensifs qui servent de vecteurs pour la production de réponses immunitaires. Bien que chaque méthode puisse produire séparément des vaccins utiles, la combinaison des deux dans une séquence « prime-boost » produit une synergie. Ainsi, il y aura des vaccinations qui consisteront en une stratégie « prime-boost », particulièrement dans les cas où les anticorps seront insuffisants pour assurer une protection totale.

• Les injections intramusculaires ou sous-cutanées nous ont bien servis en tant que moyen d’administrer les vaccins à l’homme. Il existe cependant des limites au nombre d’injections que l’on peut faire et des raisons d’ordre théorique de préférer d’autres moyens d’immunisation.

C’est pourquoi le recours à la voie nasale, aux aérosols et à la voie orale d’administration fait l’objet d’études poussées pour certains vaccins. Les vaccinations transcutanées à l’aide de timbres autocollants, de micro-aiguilles et d’autres techniques ingénieuses pour administrer les vaccins à travers la peau sont également prometteuses.

• Le paludisme, la tuberculose et le VIH sont les principales cibles de la mise au point de vaccins. Une protection à court terme contre le paludisme existe déjà, et je prévois la prolongation de cette protection grâce à la combinaison de plusieurs antigènes du paludisme en un vaccin unique, bien que je soupçonne qu’il sera nécessaire de faire des injections de rappel normales pour maintenir la protection.

• Les perspectives de mise au point d’un vaccin qui protégera les adultes contre la tuberculose sont bonnes. Ce vaccin se fondera sur le vaccin BCG actuel, le bacille de Calmette et Guérin, créé à l’Institut Pasteur (en France) au début du XXe siècle. Il est efficace chez les enfants, mais n’empêche pas la transmission de la tuberculose chez les adultes. L’insertion de gènes qui codent pour des protéines protectrices supplémentaires devrait améliorer le BCG.

- Le VIH s’est révélé être une cible difficile pour la vaccination, mais un vaccin qui atténue la gravité de l’infection et qui prolonge la vie, même s’il ne prévient pas complètement le sida, résultera vraisemblablement des essais cliniques actuels. La mise au point d’un vaccin qui préviendrait totalement l’infection est moins probable, du moins dans un proche avenir.

• La grippe demeure une maladie banale, mais mortelle chez certains. Bien que les vaccins actuels soient très utiles, une meilleure protection sera obtenue par l’inclusion d’autres protéines de la grippe et d’adjuvants, ainsi que par l’utilisation combinée de vaccins vivants et tués.

 Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

 

Article de la revue électronique « L'importance vitale des vaccins »

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