19 mai 2009

Charlene Porter
Dans toute l'histoire de la médecine, une seule maladie a été totalement supprimée grâce aux efforts de l'homme. Maladie mortelle qui laisse des marques indélébiles, ce fléau de l'humanité qu'était la variole a été éradiqué en 1980. C'est un vaccin qui a rendu cette disparition possible.
Depuis 1988, une seconde campagne a été lancée pour débarrasser le monde d'une autre maladie mortelle, et, une fois de plus, un vaccin promet de faire disparaître un virus qui a causé tant de souffrances. Mme Charlene Porter est la rédactrice en chef de Dossiers mondiaux.
L'Initiative pour l'éradication mondiale de la poliomyélite rassemble un vaste réseau de spécialistes, de ressources et de travailleurs bénévoles qui mènent une campagne mondiale contre un virus mortel susceptible de paralyser un enfant ou un jeune adulte en l'espace de quelques heures, de le rendre infirme jusqu'à la fin de ses jours, voire de le tuer. Il s'agit de la plus vaste initiative de santé publique qu'ait connue le monde.
Cette campagne lancée il y a dix-huit ans a connu un succès régulier. La poliomyélite sévissait dans 125 pays à la fin des années 1980 ; actuellement, le virus n'est endémique que dans 4 pays. Il y a vingt ans, quelque 350.000 personnes étaient frappées par la poliomyélite chaque année à travers le monde. En 2006, on n'en a recensé que 1 985 cas.
Les chiffres de 2006 reflètent les vastes progrès enregistrés depuis les années 1980. Ils soulignent également l'importance de la diligence dont on doit faire preuve dans l'éradication de cette maladie. Le nombre de cas enregistrés en 2006 est plus élevé que le total annuel, à l'échelle mondiale, des premières années de la décennie, où moins de 800 cas avaient été signalés chaque année.
La diligence est exigée des dizaines de milliers d'agents de santé, de travailleurs bénévoles, de villageois et de parents qui s'emploient tous à ce que chaque enfant reçoive les doses multiples de vaccin exigées pour enrayer la maladie. Cela signifie chaque enfant, y compris ceux qui naîtront demain, le mois prochain, l'an prochain et ainsi de suite.
Assurer partout la protection de chaque enfant est un objectif souvent poursuivi avec la précision et l'organisation d'une campagne politique ou militaire.
Les Journées nationales de vaccination sont organisées dans les pays où le risque de poliomyélite est encore présent. Les professionnels de la santé publique et des milliers de bénévoles rassemblent des quantités d'équipements et de ressources et les transportent dans toutes les régions isolées de leur pays pour s'assurer que tous les enfants de moins de 5 ans avaleront les quelques gouttes de vaccin liquide qui les protégeront contre cette maladie invalidante. En 2005, 400 millions d'enfants ont été vaccinés dans 49 pays durant des Journées nationales de vaccination qui n'ont duré que quelques jours.
« Il s'agit d'une tâche gigantesque », a déclaré le président du comité PolioPlus du Rotary International en Inde, M. Deepak Kapur. Le Rotary est un organisme international sans but lucratif qui a été le premier à envisager la possibilité d'un monde délivré de la poliomyélite. Depuis 1985, il œuvre de concert avec les organisations internationales de la santé, en leur apportant l'énergie et l'engagement de ses 1,2 million de membres à travers le monde.
« Dans l'ensemble, les vaccinateurs sont optimistes et résolus », a affirmé le docteur Kanwaljit Singh, médecin de l'Indian National Polio Surveillance Project, qui participe depuis plus de dix ans à des journées nationales de vaccination. « L'ambiance, dans les cabines de vaccination (installées dans des lieux publics) est souvent festive et chaleureuse, égayée par des banderoles et des bannières colorées et par l'animation des enfants qui jouent et qui accompagnent leurs frères et sœurs pour la vaccination. » Si les parents n'amènent pas les enfants dans les cabines installées dans les jardins publics et dans les marchés, des équipes de vaccination font du porte-à-porte pour les trouver. « C'est une expérience passionnante mais quelquefois frustrante, a dit le docteur Kapur. En général, vous êtes le bienvenu, les gens sont contents que vous ayez voyagé jusque chez eux et très reconnaissants que vous soyez là pour vacciner leurs enfants. » Toutefois, le docteur Kapur rencontre aussi des parents qui ne font pas bon accueil aux équipes de vaccination et qui cachent leurs enfants pour éviter qu'on les vaccine, craignant qu'on ne leur fasse du mal.
Ces craintes sans fondement se sont manifestées dans maints endroits, et lorsque cela s'est produit au Nigeria en 2003, elles ont entraîné un recul de la campagne mondiale d'éradication.
« Dans certaines localités, les gens ont entendu les chefs de village déclarer que la vaccination nuirait à leurs enfants », a raconté le vice-président du comité National PolioPlus du Rotary International au Nigeria, M. BusuYi Onabolu.
Le virus s'est propagé rapidement dans une population vulnérable qui évitait la vaccination. En 2004, le nombre de cas de poliomyélite a doublé au Nigeria, et 12 autres pays précédemment déclarés exempts de la poliomyélite ont assisté à une recrudescence de la maladie, qui était liée génétiquement à la souche réapparue au Nigeria.
D'importantes négociations ont apaisé les craintes suscitées par le vaccin, a indiqué M. Onabolu, et, en août 2004, la reprise de campagnes de vaccination fut autorisée, campagnes qui ont eu lieu périodiquement jusqu'à ce jour. La lutte du Nigeria contre la poliomyélite en 2006 s'est terminée par le recensement de 1.000 cas, soit quarante fois le nombre de cas enregistrés en 2000.
« Nous progressons lentement, mais nous estimons que l'éradication de la poliomyélite est maintenant en vue dans ce pays, a dit M. Onabolu. Nous ne pouvons pas nous permettre de réduire à néant les efforts de toutes ces années passées, n'est-ce pas ? » ■
Article de la revue électronique « L'importance vitale des vaccins »