26 juin 2009
Les bénévoles des collectivités locales sont la clé de cette réussite.
Washington - La dracunculose ou maladie du ver de Guinée, qui a handicapé des millions de personnes en Afrique et en Asie, est presque vaincue au Ghana, grâce aux initiatives du Centre Carter qui œuvre de concert avec le personnel médical local depuis deux décennies.
Le ver de Guinée s'introduit dans l'organisme sous la forme de larves présentes dans l'eau de boisson. Ces larves vivent à l'intérieur du corps pendant environ un an avant d'arriver à maturité, le ver atteignant à ce point un mètre de long puis sort de l'hôte par une ulcération de la peau au niveau d'un œdème. Le seul traitement consiste à extraire le ver petit à petit, un processus qui peut prendre plusieurs semaines. Les victimes souffrent d'une douleur atroce et certaines en deviennent handicapées. Cette maladie a également des conséquences au niveau des collectivités étant donné que les victimes ne peuvent pas cultiver les champs, aller à l'école ou s'occuper de leurs familles. Souvent, la maladie du ver de Guinée se propage quand les victimes vont à des points d'eau pour apaiser la douleur de l'ulcération. Mais au contact de l'eau, le ver qui émerge de leur corps expulse des milliers d'embryons. En l'absence d'information à ce sujet et sans traitement, le cycle de la maladie continue.
Quand le Centre Carter a commencé sa campagne en 1986, environ 3,5 millions de cas de ver de Guinée étaient recensés dans 20 pays. Aujourd'hui, on en signale moins de 5.000 dans six pays - Soudan, Ghana, Mali, Éthiopie, Nigéria et Niger - et la dracunculose sera vraisemblablement la première maladie à être éliminée sans vaccin ni médicaments.
Premier pays ciblé par le Centre Carter dans le cadre de son Programme d'éradication du ver de Guinée lancé en 1987, le Ghana avait à l'époque 180.000 cas de dracunculose. En 2008, il n'y avait plus que 501 contaminations recensées. Et ce chiffre continue de diminuer grâce aux contributions de bénévoles locaux et de méthodes simples telles la filtration de l'eau et la sensibilisation.
Le lancement de la campagne
Le Centre Carter est une organisation non gouvernementale sans but lucratif établie en 1982 par le président Jimmy Carter et son épouse Rosalynn. Elle a pour mission « d'œuvrer pour la paix, de lutter contre la maladie et de bâtir l'espoir », a dit Donald Hopkins, un expert de santé publique au Centre.
Avant de rejoindre le Centre Carter, M. Hopkins avait fait beaucoup d'efforts, mais sans grand succès, en faveur de la création d'un programme d'éradication du ver de Guinée. Mais en montrant des images de la maladie du ver de Guinée et en décrivant comment on pouvait la prévenir, M. Hopkins a facilement pu convaincre l'ancien président Carter que le centre pourrait prévaloir sur cette maladie.
« Tout le monde pense en entendant parler du ver de Guinée : Pourquoi ? Pourquoi une maladie qu'on peut prévenir et qui cause des souffrances indicibles existe-elle encore ? », avait déclaré M. Carter lors d'un entretien accordé au quotidien Chicago Tribune en mai 2007.
Quand le Centre Carter a commencé ses travaux au Ghana, « son économie était dans le marasme », a expliqué M. Hopkins. « La maladie du ver de Guinée était partout, notamment dans le Nord. C'était horrible, douloureux et entravait sérieusement la productivité agricole. »
Le Centre Carter a établi un partenariat avec le ministère ghanéen de la santé publique pour donner une formation à des bénévoles locaux sur cette maladie. Au départ, ce programme portait surtout sur la nécessité de creuser des puits profonds pour avoir de l'eau propre, mais cela était onéreux et n'empêchait pas la propagation des contaminations déjà acquises. Les responsables du centre ont alors commencé à fournir des passoires très fines aux habitants des villages ghanéens pour qu'ils puissent filtrer l'eau. Des bénévoles ont aussi distribué des produits chimiques pour tuer les larves du ver de Guinée et ils ont expliqué aux victimes qu'il ne fallait pas aller dans l'eau pour ne pas mettre en danger la santé de leurs voisins.
En 1994, ces méthodes avaient conduit à une baisse de 95 % du nombre de cas de dracunculose signalés au Ghana. Un conflit ethnique au cours de la même année menaçait d'entraver le programme d'éradication, mais celui-ci s'est néanmoins poursuivi.
« Le Ghana n'a jamais été aussi près d'éradiquer cette maladie », a dit M. Hopkins. « Après 12 ans au point mort, nous avons de nouveau des baisses extraordinaires du nombre de dracunculose. »
Le Centre Carter n'a jamais travaillé seul dans cette campagne. De nombreuses organisations américaines et agences du gouvernement fédéral - dont le Centre d'épidémiologie, l'Agence des États-Unis pour le développement international et le Corps de la paix - œuvrent aussi pour éradiquer la maladie du ver de Guinée. L'UNICEF, d'autres organismes internationaux et plusieurs gouvernements étrangers ont également contribué à ces efforts.
Les dirigeants locaux
La responsabilité de débarrasser le Ghana une fois pour toutes de cette maladie incombe surtout à un groupe particulier, à savoir les bénévoles ghanéens, a dit Andrew Seidu-Korkor, directeur du programme ghanéen pour l'éradication du ver de Guinée.
« Pour que leurs efforts donnent des résultats, il faut que ces bénévoles soient régulièrement formés et supervisés, et c'est à ce niveau que le personnel de la santé publique a joué un rôle significatif. »
Les bénévoles dans les villages travaillent sous la direction d'assistants techniques du ministre ghanéen de la santé publique et du Centre Carter, qui sont ghanéens pour la plupart. Ils détectent et gèrent les cas de contamination et sensibilisent les collectivités à ce problème.
Les bénévoles vont d'une maison à une autre pour soigner les victimes et apprendre aux gens comment protéger leurs sources d'eau de la contamination. Parfois, ils distribuent des T-shirts imprimés avec des slogans tels « Stoppez le ver de Guinée aujourd'hui, demandez-moi comment ».
Des Ghanéens célèbres contribuent à cette campagne. Sheriff Ghale qui est un artiste reggae du nord du Ghana, encourage les habitants des villages avec les paroles de ses chansons comme « Filtrer votre eau pour prévenir le ver de Guinée ». Miss Ghana 2005, Lamisi Mbillah, a rendu visite à des dizaines de villages et levé des fonds pour attirer l'attention sur cette maladie.
« La lutte contre le ver de Guinée est inhabituelle du fait qu'elle apporte des changements positifs à la vie des gens au niveau local, que vous pouvez voir immédiatement », a souligné M. Hopkins. Le programme d'éradication du ver de Guinée permet non seulement de prévenir la maladie mais il améliore aussi l'économie du Ghana, aide les enfants à aller à l'école et apprend aux habitants des villages à adopter une attitude positive contre cette maladie. »
Après avoir éradiqué le ver de Guinée, les jeunes bénévoles « se serviront de cette expérience pour réaliser d'autres objectifs importants », prédit M. Hopkins.