Élever le niveau de santé dans le monde

12 juin 2009

Grippe A(H1N1) : l'OMS élève le niveau d'alerte à la phase 6

 
Veille médicale par thermographie des passagers à l'aéroport de Séoul (Corée du Sud)
Une thermographie révèle les températures des passagers arrivant à l'Aéroport international Incheon, près de Séoul le 1er juin 2009.

Washington - L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé d'élever le niveau d'alerte à la pandémie de grippe à la phase 6 après avoir confirmé avec des virologistes et des responsables de la santé publique de ses États membres que le nouveau virus H1N1, qui cause chez la plupart des personnes une maladie sans grande gravité du genre de la grippe saisonnière, se propage d'une personne à l'autre d'une manière ininterrompue dans 74 pays de 3 continents.

La déclaration de pandémie de l'OMS, la première depuis 1968-1969 lorsque le virus H3N2 de la grippe qui avait fait son apparition à Hongkong a causé 700.000 décès, signifie que le virus s'est répandu à travers le monde, mais sans devenir plus dangereux, et que tous les pays doivent commencer à appliquer leur plan national de lutte contre la pandémie.

« Je me suis entretenue avec d'éminents spécialistes de la grippe, des virologistes et des responsables de la santé publique et, conformément aux procédures établies dans le Règlement sanitaire international, j'ai sollicité l'avis d'un comité d'urgence institué à cette fin », a déclaré la directrice générale de l'OMS, le docteur Margaret Chan.

« Sur la base des données factuelles disponibles et de leur évaluation par ces spécialistes, a-t-elle poursuivi, les critères scientifiques définissant une pandémie de grippe sont remplis. (…) La pandémie de grippe 2009 a maintenant commencé. »

Le 11 juin, l'OMS a indiqué que 74 pays avaient signalé officiellement 28.774 cas de grippe A(H1N1) et 144 décès. Les pays où les cas sont les plus nombreux sont les États-Unis (13.217), le Mexique (6.241), le Canada (2.446), le Chili (1.694) et l'Australie (1.307).

« Une des caractéristiques des pandémies est leur propagation rapide à toutes les parties du monde, a indiqué le docteur Chan. Au siècle dernier, cette propagation a généralement pris de 6 à 9 mois, alors même que les voyages internationaux se faisaient par bateau ou par train.

« Les pays doivent être prêts à voir apparaître des cas ou à voir augmenter le nombre de cas dans un proche avenir. Les pays où les flambées semblent avoir atteint leur pic doivent se préparer à une deuxième vague d'infection. Des recommandations concernant les mesures spécifiques de protection et précaution ont été adressées aux ministères de la santé de tous les pays. »

La préparation des pays

Des responsables de l'OMS ont collaboré avec des représentants des États membres pendant des semaines de manière à garantir que tous ces pays étaient prêts à faire la transition de la phase 5, que l'OMS avait déclaré constituer, le 29 avril, un signal important indiquant qu'une pandémie était imminent et qu'il était temps que les pays s'organisent, communiquent entre eux et prennent des mesures d'atténuation.

Les préparations en cours consistent à faire en sorte que les pays disposent des informations et des outils essentiels pour tous leurs habitants, à mettre au point des vaccins, à accroître l'approvisionnement en remèdes antiviraux, à élaborer des directives en matière de traitement et à fournir des mises à jour des connaissances scientifiques du nouveau virus H1N1.

Une Chinoise se protège d'une éventuelle infection du virus H1N1 en portant un masque
Une cycliste chinoise porte un masque afin de se protéger du virus H151 dans la province de Jiangsu le 23 2009.

Lors de la conférence de presse qu'il a donnée le 9 juin, le directeur général adjoint de l'OMS pour la sécurité et l'environnement sanitaire, M. Keiji Fukuda, a déclaré : « Le passage d'une phase à une autre ne consiste pas seulement à se mettre en face des appareils de photo de la presse ou de faire une annonce. C'est une manière de préparer le monde à faire face à la situation. »

L'OMS, a-t-il dit, cherche à « débattre de la gravité de la situation et à fournir des conseils aux pays sur la façon de modifier et d'adopter les mesures nécessaires pour faire face à la situation actuelle et de ne pas s'enfermer dans des plans préexistants ».

La plupart des plans nationaux de lutte contre une pandémie ont été élaborés pendant la propagation du virus H5N1 de la grippe aviaire chez les volatiles et chez l'homme. Contrairement au H1N1, le H5N1 ne se transmet pas facilement chez l'homme, mais il est beaucoup plus meurtrier. Les plans de lutte contre ce virus peuvent prévoir des mesures telles que la fermeture des frontières et des embargos commerciaux qui sont plus extrêmes que ce qu'il est nécessaire pour faire face au H1N1.

Depuis 2003, une quinzaine de pays ont signalé 433 cas de grippe aviaire chez l'homme qui ont causé le décès de 262 personnes. Le Vietnam (4 cas, tous meurtriers) et l'Égypte (27 cas et 4 décès) en ont encore signalé cette année. Ces deux pays ont également signalé des cas de grippe A(H1N1) (15 au Vietnam et 8 en Égypte), ce qui fait craindre aux scientifiques que les souches de virus puissent créer une nouvelle souche aux caractéristiques imprévisibles.

Les personnes dont la situation est la plus vulnérable

Lors de la conférence de presse qu'il a donnée le 11 juin, le nouveau directeur du Centre d'épidémiologie des États-Unis (Centers for Disease Control and Prevention ou CDC), le docteur Thomas Frieden, a déclaré que les États-Unis allaient continuer d'agir activement contre le nouveau virus A(H1N1).

« Nos principaux objectifs, a-t-il dit, sont de déterminer les lieux où les virus se propagent et de réduire leurs effets, en particulier pour ceux dont la situation est la plus vulnérable, à savoir les personnes qui ne sont pas en bonne santé et les nouveau-nés dans ce cas-ci. »

Pour sa part, la directrice du Centre national d'immunisation et des maladies respiratoires qui relève du CDC, le docteur Anne Schuchat, a indiqué que ce virus continuait de se propager aux États-Unis, où le nombre des hospitalisations était supérieur à un millier et celui des décès s'élevait à 27.

Le CDC, qui est un des centres de collaboration de l'OMS pour la surveillance, l'épidémiologie et le contrôle de la grippe, a pris les premières mesures pour mettre au point un vaccin candidat en fournissant le virus à plusieurs laboratoires et fabricants dans d'autres pays, a précisé le docteur Schuchat lors de la conférence de presse qu'elle a donnée le 4 juin. Ce virus peut être utilisé pour produire des doses de vaccin destinées à réaliser des essais afin de déterminer si ce vaccin entraîne une réaction du système immunitaire et s'il n'est pas toxique pour les personnes à qui il est administré.

« La décision de savoir s'il faut ou non utiliser un vaccin et comment l'utiliser, a-t-elle déclaré, n'a pas été prise et ne le sera pas tant qu'on ne disposera pas de plus amples informations sur les formes de la maladie et sur les résultats du vaccin lors d'essais cliniques. »

L'OMS, a dit le docteur Chan, maintient « un dialogue étroit avec les fabricants de vaccins antigrippaux. Il semble que la production des vaccins contre la grippe saisonnière s'achèvera sous peu et que l'intégralité de la capacité de production pourra être exploitée pour fabriquer le plus grand nombre possible de vaccins contre la grippe pandémique au cours des mois à venir. »

La coopération mondiale avec l'Organisation mondiale de la santé et avec les pays du monde entier est excellente, a indiqué pour sa part le docteur Frieden. « C'est là l'une des nombreuses conditions qui nous rappellent que nous sommes tous interdépendants et qu'un grand nombre des décisions prises aux États-Unis dépendront de bonnes informations en provenance de pays latino-américains, africains, asiatiques, de l'Australie, etc. Il est très important que nous fassions face ensemble à cette situation. »

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