10 juin 2009
Le Sommet du Pacifique sur la santé mettra en valeur la coopération entre les secteurs public et privé.

Washington - À des milliers de kilomètres de distance, une salle de classe aux Philippines, un réseau de centres de soins au Brésil et un centre de recherche médicale en Corée du Sud illustrent une composante clé de la solution que les États-Unis cherchent à apporter au problème de la tuberculose résistante aux médicaments.
Les partenariats que forment entre eux les gouvernements, le secteur privé et les organisations non gouvernementales (ONG) sont essentiels aux efforts déployés à travers le monde pour combattre la tuberculose multi-résistante (tuberculose-MR, résistante à plusieurs médicaments) et la tuberculose ultra-résistante (tuberculose-UR, résistante aux médicaments employés contre la tuberculose-MR).
L'Organisation mondiale de la santé qualifie la tuberculose résistante de « bombe à retardement » avec près de 500.000 nouveaux cas signalés en 2008. La tuberculose-MR se déclare quand la majorité des médicaments contre cette maladie sont inefficaces ; la tuberculose-UR, qui est mortelle dans 53 % des cas, est confirmée quand aucun des médicaments prescrits n'est efficace. Les États-Unis, qui sont le plus important pays donateur au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, joue un rôle primordial dans la lutte contre la tuberculose résistante.
« Nous ne devons pas oublier le fait garanti que chaque année, régulièrement, 1,7 million de personnes meurent de la tuberculose », a déclaré le docteur Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID) et l'un des plus éminents experts dans ce domaine aux États-Unis.
Du 16 au 18 juin 2009 se tiendra à Seattle, aux États-Unis, le cinquième Sommet annuel du Pacifique sur la santé ; son premier point à l'ordre du jour sera la tuberculose-MR en tant que menace grave à la santé publique dans le monde entier et l'importance des partenariats dans la lutte contre cette maladie. Des centaines de spécialistes - scientifiques, hauts fonctionnaires, cadres du secteur privé et chercheurs - de plus de 24 pays (dont l'Afrique du Sud, le Brésil, la Chine, les États-Unis, l'Inde, le Japon, le Kénya, le Pérou et la Suisse) y participeront.
« On reconnaît maintenant que la collaboration est la clé de l'avenir de tout le monde », a déclaré Michael Birt, directeur général du Sommet et directeur du Centre d'études sur la santé et le vieillissement au Bureau national de la recherche asiatique, l'organisme cofondateur de cette rencontre. « C'est un aspect fondamental de la doctrine stratégique actuelle des États-Unis dans ce domaine. »
Des partenariats multiples à des niveaux multiples
Les initiatives du gouvernement américain contre la tuberculose-MR se font à tous les niveaux, des municipalités et des États fédérés aux agences fédérales à Washington telles le NIAID, le Centre d'épidémiologie des États-Unis (CDC), l'Institut national de la santé (NIH) et l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Les partenariats en question ciblent surtout les 22 pays où sont recensés les plus nombreux cas de tuberculose, et se concentrent sur la recherche de nouveaux médicaments et outils diagnostiques.
Aux Philippines, le CDC et l'Institut philippin sur les maladies tropicales mettent au point un nouveau programme de formation contre la tuberculose-MR dont pourront bénéficier les soignants pendant toute une année. Les cours de formation offerts jusqu'à présent par le CDC en partenariat avec la Lettonie, le Malawi, l'Afrique du Sud et le Pérou duraient une semaine ; le nouveau programme sera divisé en quatre cours qui permettront de renforcer les connaissances acquises tout au long de l'année par les étudiants.
« C'est probablement le modèle que nous allons adopter à partir d'aujourd'hui », a dit le docteur Timothy Holtz, directeur adjoint au bureau de la recherche internationale du département chargé de la tuberculose au CDC. Le docteur Holtz est le représentant du CDC pour l'Initiative du Comité Feu Vert, un partenariat international entre l'OMS et le Stop TB Partnership dont l'objectif est de découvrir de nouveaux médicaments et outils de diagnostic contre la tuberculose-MR.
Ailleurs dans le monde, le NIAID et le gouvernement sud-coréen appuient un centre de recherche à Masan, en Corée du Sud, où sont évalués les nouveaux médicaments contre la tuberculose, et l'USAID a travaillé de pair avec le ministère brésilien de la santé publique pour accroître le nombre de centres de soins spécialisés dans la tuberculose-MR qui sont passés de 63 en 2004 à un total de 122 en 2007. D'autres projets du CDC incluent CureTB, une initiative bilatérale avec le gouvernement mexicain qui vise à coordonner les soins pour les tuberculeux à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.
La lutte contre la tuberculose implique également le secteur privé : la Fondation Bill et Melinda Gates a signé un accord de 33 millions de dollars avec le ministère chinois de la santé publique, en avril, pour entreprendre des mesures contre la tuberculose et la tuberculose-MR dans six provinces de la Chine. Le NIAID œuvre également en partenariat avec la société pharmaceutique Eli Lilly and Company à la recherche de nouveaux médicaments contre les premières étapes de l'infection tuberculeuse.
Le gouvernement des États-Unis « ne peut ni tout faire, ni le faire pour tout le monde », a indiqué le docteur Fauci. « C'est pourquoi il est nécessaire d'établir des programmes et des partenariats stratégiques. »
Des réponses mondiales de plus en plus nombreuses
La Chine, qui comme l'Inde a l'un des taux de prévalence de la tuberculose les plus élevés du monde, redouble d'efforts pour lutter contre la souche résistante de cette maladie. En avril, Pékin a accueilli des conférences au niveau ministériel sur la tuberculose-MR qui ont mis l'accent sur le rôle de « partenaires dans le système de la santé publique et au-delà » pour rassembler les quelque 2 milliards de dollars qui devraient être nécessaires pour lutter contre ce fléau au cours des deux prochaines années.
« Contrôler la propagation de la tuberculose-MR en Inde et en Chine aura des conséquences directes sur la possibilité de contrôler cette maladie aux États-Unis » étant donné la rapidité avec laquelle celle-ci peut se disséminer à travers le monde, a dit le docteur Holtz.
Les chercheurs, les militants et les membres de la profession médicale disent qu'ils observent un nouvel élan dans la lutte contre la tuberculose-MR, comme l'ont démontré les réunions ministérielles en Chine, la conférence du Partenariat Stop TB au Brésil en février et la résolution adoptée en mai par l'Assemblée mondiale de la santé sur la tuberculose-MR alors que les foyers du virus de la grippe H1N1 faisaient la une des journaux.
Le Sommet du Pacifique sur la santé vise à tirer le maximum de cet élan, a dit Claire Topal, directrice principale des programmes à cette rencontre. En fin de compte, tous les partenaires porteront surtout leur attention sur un point clé : le fait que la hausse du nombre de nouvelles infections de tuberculose a quelque peu ralenti, mais ce n'est pas le cas pour la tuberculose résistante.
« Je pense qu'il y a des raisons d'espérer et d'être optimiste que les choses peuvent s'améliorer », a indiqué le docteur Holtz. « Mais nous sommes encore bel et bien dans une épidémie mondiale de tuberculose. »