Élever le niveau de santé dans le monde

02 janvier 2009

Des outils de diagnostic médical pour le monde en développement

Le modèle d'une nouvelle société à but non lucratif pourrait révolutionner ce secteur.

 
Agrandissement
Hayat Sindi et son équipe
Mme Hayat Sindi, entourée de ses co-équipiers, tient la trophée de victoire de la compétition de l'école commerciale Harvard.

Washington - Grâce à un groupe international de chercheurs scientifiques, d'ingénieurs, de médecins et de gestionnaires, une compagnie à but non lucratif fondée sur un nouveau modèle pourrait bientôt changer la façon dont on suit l'état de santé d'un malade dans le monde en développement.

Cette société, baptisée Diagnostics For All ou DFA (Diagnostics pour tous), a été établie par le professeur George Whitesides, de l'université Harvard, et par Hayat Sindi, une chercheuse saoudienne, sur la base d'une technologie mise au point par le laboratoire de M. Whitesides.

Utilisant du papier et du ruban adhésif - matériaux peu coûteux et facilement trouvables - M. Whitesides et ses collègues ont mis au point un petit instrument jetable qui permet d'effectuer des analyses sur les liquides organiques pour déterminer la présence de maladies (voir « Trois centimes de papier et de ruban adhésif pour le diagnostic des maladies. »).

Pour que ces tests puissent devenir rapidement disponibles dans le monde en développement, les dirigeants de DFA ont décidé de renoncer à toucher des droits d'invention et de donner un statut non lucratif à leur organisation.

Mme Sindi, qui est le fer de lance de la commercialisation de cette nouvelle technique, a formé une équipe composée d'étudiants et de savants de Harvard et de l'Institut de Technologie du Massachusetts (MIT) pour élaborer un projet de création d'entreprise (« Business Plan ») qui a remporté la première place à deux concours prestigieux : celui de l'école d'affaires de Harvard et les 100.000 dollars de l'Institut de Technologie du Massachusetts, la première fois que ce prix est décerné à une société à but non lucratif.

L'équipe de DFA comprend Mme Sindi, les chercheurs Carol Waghorne et Roozbeh Ghaffari, qui est bio-ingénieur irano-américain, les médecins Gilbert Tang, du Canada, et Krishna Yeshwant, de l'Inde, ainsi que l'homme d'affaires Jon Puz.

« Il est difficile de soigner les gens qui sont à l'extérieur du système médical classique », a dit James Barber, directeur de DFA, qui a été engagé pour gérer cette compagnie après les concours de Harvard et du MIT. Il affirme que les tests mis au point par DFA offrent une solution « vraiment convaincante » pour les 60 % des gens qui vivent dans le monde en développement, habitent dans des régions rurales et n'ont aucun accès à des soins médicaux.

Un problème urgent

L'objectif de Mme Sindi est de mettre les outils de diagnostic de DFA, le plus rapidement possible, à la portée du monde en développement - c'est la raison principale pour laquelle DFA a été fondée en tant que société à but non lucratif, a-t-elle dit à America.gov.

En revanche, en tant que compagnie à but lucratif, l'organisation aurait eu à reporter ses efforts en faveur du monde en développement, ne pouvant allouer les ressources nécessaires à la fabrication et à l'acheminement de trousses de tests vers ces régions, qu'après être devenue rentable, ce qui aurait pu prendre de 7 à 8 ans, d'après Mme Sindi.

L'équipe, qui a rédigé le projet de création de DFA, a convenu que le problème du manque de ressources diagnostiques devait être réglé tout de suite, a dit Gilbert Tang, un interne en chirurgie cardiaque à l'université de Toronto qui a participé à la rédaction de ce plan d'affaires alors qu'il étudiait à la Harvard Business School.

Les méthodes de production et de distribution sont « vraiment différentes » pour les marchés à but lucratif et ceux à but non lucratif, a dit le docteur Tang à America.gov. Par exemple, les trousses d'instruments de diagnostic en Afrique subsaharienne seront soumises à des températures très chaudes et à beaucoup d'humidité, conditions qui ne s'appliquent pas aux fabricants qui visent les marchés à but lucratif, aux États-Unis et en Europe occidentale.

Un modèle d'entreprise inhabituel

Les sociétés à but non lucratif comptent, généralement, sur les contributions et les dons fournis par des organisations philanthropiques, telle la Fondation Bill et Melinda Gates. Le projet de DFA est inhabituel parce qu'il envisage d'utiliser les paiements des droits sur son brevet comme source durable de revenus.

Dans les arrangements habituels, une compagnie à but lucratif paierait des droits à l'université Harvard pour obtenir une licence pour la technique de diagnostic. M. Whitesides et ses collègues, qui ont inventé cette méthode, recevraient un pourcentage de ces paiements.

En revanche, DFA a obtenu gracieusement la licence pour cette technique de la part de M. Whitesides. Dans le cadre d'un accord négocié avec l'université Harvard, si une compagnie à but lucratif souhaitait obtenir une licence, DFA pourrait alors négocier les droits en son nom et au nom de l'université Harvard - cette dernière recevant une partie des paiements et DFA investissant sa partie dans la société même.

Mme Sindi, le docteur Tang, M. Whitesides et les autres membres de DFA ne recevront aucun paiement sur les droits, qui pourraient se révéler importants sur ce brevet, parce que, comme l'a expliqué le docteur Tang, les bienfaits de l'utilisation de cette technique sur la santé mondiale dépassent les pertes financières. « Cette technologie pourrait entièrement transformer les méthodes de diagnostic » dans le monde en développement - les méthodes actuelles étant « archaïques », a-t-il souligné.

D'aucuns se demandent si le modèle de DFA de société à but non lucratif va être une motivation suffisante pour ses employés en l'absence de gains financiers.

M. Barber a dit à America.gov que le profit comme motivation ne garantit pas la productivité. C'est un outil de discipline mais il y a de nombreuses compagnies à but lucratif qui sont inefficaces et peu productives - par exemple, les trois grands fabricants automobiles des États-Unis. Mais la volonté de réussir est une source puissante de motivation.

Embaucher des employés qui ont du talent ne sera pas difficile, a dit M. Barber. « Nous payons un salaire raisonnable, et les gens sont intéressés par l'objectif de DFA. Ils aspirent à la satisfaction personnelle qui vient de participer à un effort qui fait une différence dans le monde. »

La société DFA concentre actuellement ses travaux sur la façon d'adapter la technique de la microanalyse des liquides organiques pour des tests évaluant les niveaux de protéines dans le sang qui sont une indication de l'insuffisance hépatique et une conséquence de certains médicaments utilisés dans le traitement des maladies. M. Barber espère que la mise au point de prototypes sera achevée en 2009 et que des programmes (pilotes) de fabrication et des essais sur le terrain seront entamés en 2010.

Dans l'avenir, M. Barber envisage que cette technique pourra être utilisée pour mettre au point des tests pour la fonction rénale et pour la détection de maladies comme la tuberculose, le VIH et le paludisme.

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