29 octobre 2008
Les organisations internationales et américaines de la santé cherchent les causes et des remèdes.
Washington - Chaque année, l'alcoolisme tue plus de 2 millions de personnes dans le monde : le chiffre est effarant mais il n'a rien de fatidique. Pour s'attaquer à ce problème, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) organise une audition publique sur son site web du 3 au 31 octobre.
Tous ceux qui souhaitent voir diminuer le fardeau que l'abus d'alcool fait peser sur la société sont invités à communiquer leurs points de vue : l'OMS utilisera ces informations pour élaborer une stratégie de lutte à l'échelle mondiale contre l'alcoolisme.
Le docteur Benedetto Saraceno, directeur à l'OMS du Service de la santé mentale et de l'abus des drogues, a déclaré dans un communiqué de presse que l'organisation s'intéressait plus spécialement aux « approches intégrées qui protègent les populations à risque, les jeunes et ceux qui pâtissent de la consommation abusive d'alcool par d'autres personnes ».
L'alcoolisme, défini comme la dépendance physique à l'égard de l'alcool, est une maladie chronique. Selon l'Institut national de la santé (NIH) des États-Unis, les alcooliques présentent quatre caractéristiques : le besoin physiologique (de boire), la perte de contrôle (l'incapacité de s'arrêter après avoir commencé à boire), la dépendance physique (l'état de manque est symptomatique) et la tolérance (le besoin de boire de plus en plus pour sentir les effets de l'alcool).
Des facteurs génétiques et environnementaux contribuent à la susceptibilité à l'alcoolisme. L'alcoolisme est considéré comme génétiquement complexe en ce qu'il implique non pas un gène unique mais les interactions de plusieurs. Il est possible de le traiter, par une thérapie et des médicaments, mais pas de le guérir.
Outre ses effets délétères sur la santé, l'alcoolisme a un coût financier élevé. En 2002, l'OMS a estimé que les dépenses liées à l'abus d'alcool représentaient entre 210 et 665 milliards de dollars.
Certaines études suggèrent que consommer de l'alcool avec modération peut être bon pour la santé ; par contre la consommation excessive cause des dégâts considérables chez l'être humain. Selon l'OMS, l'alcool est responsable de 3,6 % du total des décès et de 4,4 % des maladies dans le monde ; quelque 140 millions de personnes souffrent de la dépendance envers l'alcool.
De plus, l'abus de l'alcool est responsable de plus de 60 types de maladies et de blessures. L'OMS estime qu'entre 20 % et 30 % des cancers de l'œsophage et du foie, des cirrhoses du foie, des homicides, des épilepsies et des accidents de la route sont liés à la consommation d'alcool. L'alcoolisme est aussi un des facteurs de risque de l'une des maladies les plus répandues au monde : les troubles cardiovasculaires.
Comprendre le problème
Le National Institute for Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA - Institut national pour la lutte contre l'abus d'alcool et l'alcoolisme), une des agences du NIH, est l'organe américain chargé de réduire les problèmes liés à l'alcool en soutenant les recherches en la matière, en en faisant connaître les résultats et en collaborant avec les autres instances nationales et internationales.
Une des bourses du NIAAA pour la collaboration internationale en matière de recherches sur l'alcool et l'alcoolisme vise à encourager la collaboration entre les chercheurs américains et internationaux s'intéressant aux problèmes de l'alcool. Lors de son prochain cycle de bourses, le NIAAA envisage d'engager un million de dollars pour financer de trois à cinq projets en collaboration.
La Division of Intramural Clinical and Biological Research (Division de la recherche clinique et biologique) est l'agence du NIAAA chargée de la recherche. Conformément à son mandat, elle emploie des enquêteurs chargés de « mener des actions de recherche fondamentale et appliquée sur l'alcool, y compris des enquêtes métaboliques, précliniques et cliniques sur les déterminants multiples et les processus de l'alcoolisme et des autres problèmes liés à l'alcool, dans les domaines de la prévention, du diagnostic, du traitement et de la réhabilitation ».
De plus, le NIAAA encourage les recherches sur l'abus de l'alcool en finançant la création de centres et de programmes de recherche sur l'alcool. En mai 2007, on comptait 18 centres de recherches de ce type dans des universités et instituts implantés dans tous les États-Unis.
Un exemple de programme de recherches de ce type est celui des Collaborative Studies on Genetics of Alcoholism (COGA - Études collaboratives sur les causes génétiques de l'alcoolisme). Constitué en 1989, il vise à identifier la susceptibilité génétique à l'alcoolisme. Il a recruté plus de 300 familles dans lesquelles la tendance à l'alcoolisme est élevée. Les membres de ces familles ont subi des séries de tests cognitifs, génétiques et biochimiques visant à aider les chercheurs à mieux comprendre la biologie de l'alcoolisme (ces données sont mises à la disposition des chercheurs qui en font la demande).
Les chercheurs du COGA ont découvert des « points chauds » de l'alcoolisme sur plusieurs chromosomes. Ils ont aussi trouvé au moins une zone de protection - liée à un moindre risque d'alcoolisme - sur un chromosome près du gène d'alcool déshydrogénase - l'enzyme responsable de la métabolisation de l'alcool.
Traiter le problème
L'OMS utilise d'autres méthodes - données et politique relatives à la population - pour réduire le problème de l'alcoolisme à l'échelle mondiale. Elle a lancé le Système mondial d'information sur l'alcool et la santé publique, qui contient des informations sur l'usage de l'alcool, sur les problèmes et sur la politique en matière d'alcool partout dans le monde. Les données proviennent des mécanismes de surveillance épidémiologique, des informations publiées et des renseignements fournis par les États membres de l'OMS.
Dans un rapport de mars 2008, l'OMS a donné des précisions sur les stratégies visant à réduire la consommation nocive de l'alcool. Les suggestions, fondées sur de nombreuses études et données, comprennent des actions de sensibilisation, la quête d'engagements politiques, des mesures de détection, des mesures locales et la réglementation concernant la conduite en état d'ivresse, la disponibilité de l'alcool, sa commercialisation et sa production illégale. À la suite de ce rapport, les États membres ont demandé la préparation d'une stratégie mondiale de réduction de la consommation abusive d'alcool.
Avec l'audition en cours sur son site web et ses futurs plans de consultation, l'OMS semble bien partie pour atteindre son objectif de soumettre un projet de stratégie à l'Assemblée mondiale de la santé en 2010.
Les commentaires pour l'audition peuvent être soumis en anglais, arabe, chinois, espagnol, français et russe sur le site web suivant :
http://www.who.int/substance_abuse/submit_form/fr/index.html