28 octobre 2008
Les É.-U. vont consacrer 320 millions de dollars supplémentaires à la lutte contre la grippe aviaire.

Charm el-Cheikh (Égypte) - Dans un décor de palmiers et de montagnes escarpées bordant la mer Rouge, des responsables du gouvernement des États-Unis ont annoncé lors de la Conférence ministérielle internationale sur la grippe aviaire et pandémique qui se tient actuellement en Égypte qu'ils consacreraient 320 millions de dollars au financement des efforts déployés dans le monde entier pour lutter contre cette grippe et préparer les peuples à faire face à une future pandémie.
Cette contribution portera à 949 millions de dollars la somme totale que les États-Unis ont décaissée depuis janvier 2006 afin de soutenir les mesures prises dans 100 pays pour mieux se préparer, notamment dans les domaines de la communication, de la veille sanitaire, de la réaction aux épidémies et de leur endiguement.
« Soyez assurés que les États-Unis n'oublient pas la menace qui pèse sur nous tous », a déclaré, le 25 octobre, Mme Paula Dobriansky, sous-secrétaire d'État à la démocratie et aux affaires mondiales qui dirige la délégation américaine à la conférence. « Je suis donc heureuse de vous dire que notre délégation va annoncer publiquement durant la session plénière de dimanche (26 octobre) une contribution supplémentaire de 320 millions de dollars au titre de la lutte contre la grippe aviaire et pandémique. »
La contribution des États-Unis
Cet engagement englobe les activités de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), du ministère de la santé et des services sociaux, du ministère de l'agriculture et du département d'État. L'aide sera ventilée comme suit :
- 94 millions de dollars pour les principales organisations internationales - y compris l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Programme de développement des Nations unies, afin de renforcer les capacités et la préparation à une épidémie de grippe aviaire et pandémique.
- 86 millions de dollars pour soutenir les activités bilatérales en cours dans 48 pays.
- 83 millions de dollars pour tenir compte de l'évolution de la menace en cas d'urgence mondiale.
- 57 millions de dollars pour soutenir la recherche internationale sur la grippe, les sites régionaux du Réseau mondial de détection des maladies, et la coordination internationale.
La délégation des États-Unis à la conférence comprend des représentants des agences fédérales mentionnées plus haut.
Un appel à l'action
La conférence ministérielle - fruit de la collaboration entre le gouvernement égyptien, l'Union européenne et le Partenariat international sur la grippe aviaire et la grippe pandémique, avec l'appui des États-Unis, de la Commission européenne et des Nations unies, est la sixième de ce genre depuis 2005.
Durant cette période, dans 63 pays, des centaines de millions d'oiseaux domestiques ont succombé au virus mortel de la grippe aviaire, le H5N1, ou ont été détruits afin d'empêcher la propagation du virus ; dans 15 pays, 387 personnes ont été infectées par le virus, et 245 en sont mortes. Les efforts déployés dans le monde pour limiter la catastrophe ont aidé plus de 50 pays à éradiquer le H5N1.
Dans six pays, à savoir le Bangladesh, la Chine, l'Égypte, l'Indonésie, le Pakistan et le Vietnam, le H5N1 est devenu endémique.
Cependant, il ressort d'une analyse de la situation dans le monde effectuée par la Banque mondiale et l'ONU entre janvier et juin et publiée en octobre, qu'il y a eu moins de foyers d'infection dans moins de pays par rapport à la même période en 2006 et 2007, et qu'aucun pays n'a pour l'instant fait état de volailles infectées en 2008.
La baisse du nombre d'infections, tant chez les animaux que chez l'homme, ainsi que la diminution des reportages à ce sujet dans la presse inquiètent les experts, qui craignent que le public n'oublie à quel point des infections d'oiseaux d'élevage, même peu nombreuses, peuvent être dangereuses.
« Le virus a montré qu'il était capable d'infecter au moins 50 espèces d'oiseaux et au moins 10 espèces de mammifères, dont les êtres humains », a déclaré le Dr Ilaria Capua, chef du département de virologie à l'Instituto Zooprofilattico Sperimentale delle Venezie à Legnano, en Italie.
Si le virus mute de façon à se transmettre facilement de personne à personne, une pandémie s'abattra sur la planète.
« Alors que le public a tendance à penser que le risque de pandémie a baissé », a dit le vice-président de la Banque mondiale, M. Jeffrey Gutman, « la réalité est sombre et très préoccupante. L'OMS confirme que le risque de pandémie de grippe reste aussi élevé qu'il l'était en 2005. »
« Nous avons affaire à un virus très futé et très intelligent », a dit le directeur général adjoint de l'OMS, le Dr Anrafi Asamoa-Baah, aussi ne faut-il pas relâcher la vigilance.
En décembre 2007, les participants à la Conférence ministérielle de New Delhi sur la grippe aviaire et pandémique ont préparé une feuille de route avec de simples mesures dont les pays peuvent se servir pour être le plus prêts possible, d'ici à 2008, à contenir une éventuelle pandémie de grippe.
« Dans cette feuille de route, les pays sont invités à préparer des plans opérationnels comme clé d'une réponse efficace » a déclaré le Dr David Naborro, coordonnateur à l'ONU de la lutte contre la grippe aviaire.
La plupart des pays ont préparé des rapports, mais de nombreux autres n'ont pas encore testé leurs plans de préparation à une pandémie, ni établi de capacité adéquate de veille sanitaire, ni planifié la continuité des services publics essentiels en cas de pandémie.
« Le monde, dans l'ensemble, n'a pas complètement atteint les objectifs ambitieux qui ont été arrêtés lors des conférences internationales des trois dernières années et qui ont été consignés dans la feuille de route de New Delhi. »