Élever le niveau de santé dans le monde

26 novembre 2008

Selon l'ONU, le degré de préparation mondiale à une pandémie s'élève à 40 %

Les initiatives contre la grippe aviaire s'appliquent à d'autres zoonoses transmissibles à l'homme.

 
Analyse d'échantillons en Malaisie.
Des vétérinaires testent des échantillons afin de déterminer la présence du virus H5N1 en Malaisie en 2007.

Washington - Le monde est prêt à environ 40 % à faire face aux retombées sociales, économiques et politiques d'une pandémie de grippe, selon un responsable des Nations unies qui participe à l'initiative internationale.

Cette estimation se fonde sur une analyse publiée dans le quatrième Rapport sur la situation en matière de gestion de la grippe aviaire et de préparation à la pandémie, publié conjointement le 21 octobre par les Nations unies et la Banque mondiale.

Selon ce rapport, le nombre de flambées de grippe aviaire fortement pathogène due au H5N1 et de pays infectés est moindre qu'en 2006 et 2007 à la même époque, mais seuls 53 % des 148 pays ayant soumis des données pour ce rapport avaient testé leurs plans de lutte contre la pandémie au cours des douze derniers mois, et seuls 38 % avaient intégré aux plans révisés les enseignements de ces essais (voir « L'Égypte va accueillir une conférence sur la grippe aviaire »).

« Je dirais que nous avons parcouru seulement 40 % du chemin », affirmait le 13 novembre le Docteur David Nabarro, coordinateur des Nations unies pour la grippe aviaire et pandémique, lors d'un exposé au Centre d'études stratégiques et internationales, à Washington. « La préparation aux pandémies est désormais presque mondiale, mais nous sommes préoccupés par le nombre insuffisant de simulations entreprises pour mettre ces plans à l'épreuve. »

Les inquiétudes portent en particulier sur la participation, insuffisante à tous les échelons, des pouvoirs publics à la préparation à la pandémie dans certains pays, mais aussi sur la piètre qualité des services de santé humaine et animale de nombreux pays, dit M. Nabarro.

« Aucun pays, y compris les États-Unis, n'est véritablement prêt à faire face à une grave pandémie », déclare l'ambassadeur John Lange, représentant spécial du département d'État des États-Unis chargé de la grippe aviaire et pandémique. « En Amérique du Nord et dans le monde, il reste encore beaucoup à faire. »

Danger potentiel

Dans 63 pays depuis 2003, des centaines de millions d'oiseaux domestiques sont morts de la grippe aviaire à virus H5N1 ou ont été abattus pour prévenir une flambée. Dans 15 pays, 385 personnes ont été infectées et 245 sont décédées. Des initiatives mondiales de lutte ont permis à plus de 50 pays d'éliminer le H5N1, devenu malgré tout endémique au Bangladesh, en Chine, en Égypte, en Indonésie, au Pakistan et au Vietnam.

« Nous sommes intervenus massivement dans le monde pour maîtriser le virus de la grippe aviaire », affirme M. Nabarro, « mais nous constatons toujours la présence de foyers d'infections inquiétants. »

Des oiseaux à Birnin Yero Gari (Nigéria)
Des oiseaux dans une ferme à Birnin Yero Gari (Nigéria), où le premier cas de grippe aviare en Afrique a été découvert en 2006.

À ce jour en 2008, des flambées ont affecté les oiseaux au Bangladesh et en Indonésie, elles persistent au Vietnam et à la frontière sino-vietnamienne ; d'autres ont été constatées en Égypte, le long de la vallée du Nil, et parfois dans des pays africains tel que le Nigéria et le Togo.

La même année, des cas d'infections chez l'homme se sont produits au Bangladesh (un cas, pas de décès), en Chine (3 cas, 3 décès), en Égypte (7 cas, 3 décès), en Indonésie (20 cas, 17 décès) et au Vietnam (5 cas, 5 décès).

Le virus a infecté les oiseaux, quelques autres espèces animales et des êtres humains sur une période de 5 années sans effectuer de mutation (celle-ci faciliterait la transmission aux humains), qui est la première étape obligée du déclenchement d'une pandémie. Mais l'important est que les pouvoirs publics, les organisations internationales et les habitants des pays affectés restent vigilants.

« Les pandémies antérieures sont nées suite à des mutations qui se sont produites peut-être huit, dix ou quinze ans après que les être humains sont entrés en contact avec la grippe aviaire », indique M. Nabarro. Nous devons donc en retenir la leçon suivante : ce virus mortel, extrêmement dangereux, est toujours susceptible de menacer les humains et il pourrait bien être la cause de la prochaine pandémie de grippe ; nous devons donc le prendre très au sérieux. »

Avantages et obligations

L'un des aspects de la préparation mondiale à la pandémie qui pose encore problème à tous les pays est celui de la création, en collaboration avec le Réseau mondial de surveillance de l'influenza de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), d'un système plus équitable de partage des échantillons de virus pris sur les patients infectés et de distribution à tous les pays - riches et pauvres - des vaccins créés à partir de ces échantillons.

La question des avantages obtenus par les pays en développement s'est posée en janvier 2007, lorsque Mme Siti Fadilah Supari, ministre indonésienne de la santé, a annoncé que son pays (dans lequel 137 cas d'infection d'êtres humains par la grippe aviaire, dont 112 mortels, ont été confirmés) ne partagerait plus ses échantillons de grippe aviaire avec l'OMS, car elle trouve injuste que les pays riches fabriquent à partir de ces échantillons des vaccins que les pays les plus pauvres n'ont pas les moyens d'acheter.

En mai 2007, l'Assemblée mondiale de la santé de l'OMS a adopté la résolution 60.28 qui souligne le nombre d'activités visant à ce que le partage des virus apporte à tous les pays les avantages souhaités. Des réunions se sont tenues à Singapour et à Genève en 2007, puis à Genève en 2008.

La prochaine réunion, du 8 au 13 décembre à Genève, devrait permettre de poursuivre les débats sur deux grandes initiatives.

« La première consiste à relancer au plus vite le partage des échantillons de virus ayant un potentiel de pandémie humaine », dit Lange. « L'autre vise à progresser vers la définition d'un ensemble d'avantages dont les pays en développement pourraient bénéficier, sur une base volontaire, multilatérale, afin que les pays en développement ne soient pas désavantagés en cas de pandémie. »

« Veiller à ce qu'un financement suffisant des pays permette une répartition plus équitable des avantages mais aussi des obligations reste très difficile », dit M. Nabarro, « mais nous avons déjà enregistré des progrès dans ce domaine. »

Le texte du dernier rapport des Nations unies ainsi que des résumes en six langues peuvent être consultés sur le site de l'ONU relatif à la grippe aviaire.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?