19 novembre 2008
Les coupes budgétaires pourraient porter atteinte aux investissements dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Washington - Moins d'un mois après que des chefs d'État et de gouvernement du monde entier se sont rendus à Washington pour participer, le 21 octobre dernier, au Sommet de la Maison-Blanche sur le développement international, un second groupe de dirigeants s'est réuni pour discuter des obstacles que la crise financière risquait de placer sur la voie des grands progrès réalisés à ce jour dans la lutte contre les maladies qui menacent la santé et la sécurité mondiales.
Les ministres des finances et gouverneurs de banques centrales de 19 pays industriels et émergents, de l'Union européenne (le groupe des Vingt ou G20) ainsi que de hauts cadres de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international examineront la crise actuelle et jetteront les bases de futures réformes pendant les réunions des 14 et 15 novembre.
Tandis que les problèmes financiers et économiques s'aggravent, les responsables les plus impliqués dans le renforcement des systèmes de santé des pays en développement et dans la lutte contre les maladies mortelles telles que le sida, la tuberculose et le paludisme exhortent les gouvernements à maintenir leurs investissements dans le secteur de la santé.
« Lorsque que les temps sont difficiles, comme c'est le cas aujourd'hui, tous les pays cherchent à protéger leurs intérêts particuliers », affirmait, le 21 octobre, Mme Condoleeza Rice, secrétaire d'État des États-Unis. « C'est là une attitude totalement légitime à laquelle il faut d'ailleurs s'attendre. Mais ce que nous ne pouvons pas faire, et ce que nous ne devons pas faire, c'est permettre que notre générosité et notre altruisme fassent les frais de la crise actuelle. Revenir sur notre engagement envers les plus déshérités de la planète ne saurait passer pour une mesure d'austérité.
Protéger les pauvres
Les États-Unis, dont les troubles financiers ont engendré une crise économique profonde qui a affecté le reste du monde, sont l'un des principaux donateurs en faveur de toute une gamme d'initiatives de lutte contre les maladies dans les pays les plus pauvres.
Depuis 2001, les États-Unis se sont engagés à investir plus de 4 milliards de dollars dans le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, partenariat entre les gouvernements, la société civile, le secteur privé et les collectivités affectées visant à attirer, gérer et débourser les ressources nécessaires à la lutte contre ces maladies.
Bien que le traitement et la prévention du paludisme existent, cette maladie tue en Afrique un enfant toutes les 30 secondes. En 2005, le président Bush a lancé une initiative sur cinq ans, d'une valeur de 1,2 milliard de dollars, visant à réduire de moitié le nombre de décès dus au paludisme dans 15 pays d'Afrique. Cette initiative touche 25 millions de personnes et le nombre des malades et des mourants dus au paludisme a reculé de façon spectaculaire en Zambie, en Éthiopie, au Rwanda, en Tanzanie et ailleurs dans la région.
Le Plan présidentiel d'aide d'urgence à la lutte contre le sida (PEPFAR) a des effets notables sur la propagation de ce fléau. Au mois de juillet dernier, le président Bush a promulgué une loi prolongeant de 5 ans le programme originel, lancé en 2003 pour une première période de 5 ans.
Le premier programme, mettant en œuvre une stratégie de lutte intégrée, était doté de 15 milliards de dollars. Sa prorogation a permis d'augmenter l'engagement financier des États-Unis pour l'amener à 48 milliards de dollars de 2009 à 2013, ce qui est l'engagement financier le plus élevé pris par un pays pour lutter contre une seule maladie.

« Il est rare que dans le domaine du développement international, vous puissiez mesurer l'impact de vos actions », affirmait le docteur Peter Piot, directeur exécutif du Programme conjoint des Nations unies sur le VIH/sida, dans un discours au Centre d'études stratégiques et internationales à Washington. « Ce fut pourtant le cas du PEPFAR. Sans précédent dans le développement international, il permet encore de sauver des millions de vies humaines. »
Une priorité qui reste d'actualité
Aujourd'hui, les États-Unis financent le traitement de près de 1,7 million de personnes en Afrique et de dizaines de milliers d'autres dans le monde entier, de l'Asie aux Antilles et à l'Europe de l'Est. Le PEPFAR prend en charge les soins de plus de 6,6 millions de personnes dans le monde.
Au Sommet sur le développement international, M. Bush a vivement recommandé au Congrès de veiller à ce que de telles initiatives de développement restent prioritaires pour les États-Unis, et il a appelé le reste des pays et autres donateurs au Fonds mondial, les entreprises, les fondations et les groupes confessionnels à maintenir leurs généreuses contributions pour les pays dans le besoin.
À l'Organisation mondiale de la santé, Mme Margaret Chan, directrice général, a déclaré, le 12 novembre dernier, que les conséquences d'une grave crise financière étaient mondiales et que les pays devaient compenser le recul économique par un accroissement des investissements dans les secteurs social et de la santé.
De tels actes, a-t-elle affirmé, protégeraient les pauvres, favoriseraient la relance économique et la stabilité sociale, engendreraient l'efficience et renforceraient la sécurité.
« Un monde fortement déséquilibré au plan de la santé n'est ni stable ni sûr », a dit Mme Chan. « Des systèmes de santé robustes sont essentiels au maintien des capacités de veille et d'intervention face aux dangers présentés par les pandémies. En raison du manque d'investissements de santé dans les pays d'Afrique subsaharienne dans les années 1980, ces derniers n'étaient pas préparés à faire face à la pandémie du VIH sida dans la décennie qui a suivi. »
La transition présidentielle aux États-Unis
Aux États-Unis, les responsables de l'aide internationale à la santé changeront lors de la passation pacifique du pouvoir d'une équipe présidentielle à la suivante. Le 20 janvier 2009, Barack Obama deviendra le 44e président du pays.
« Nous sommes dans de bonnes mains à l'heure actuelle, particulièrement au plan du VIH et des perspectives d'ensemble du développement », affirmait le 12 novembre dernier l'ambassadeur Mark Dybul, coordonnateur mondial de la lutte contre le sida pour les États-Unis, à l'occasion d'un exposé au Centre d'études stratégiques et internationales.
« Le président-élu Barack Obama a coparrainé le renouvellement du programme PEPFAR, il a fait partie des signataires de ce projet de loi », dit-il. « Et lorsque je penserai au vice-président élu Joseph Biden, je me représenterai toujours le sénateur Biden, qui joue depuis 35 ans un rôle extraordinaire dans le développement [international] car il a fait avancer des dossiers chers à tous ceux qui sont présents dans cette salle. » Membre de longue date de la commission sénatoriale des affaires étrangères, M. Biden l'a présidée de 2001 à 2003 et le préside à nouveau depuis 2006.
Sur leur site Internet consacré à la transition, Barack Obama et Joseph Biden ont déclaré qu'à l'occasion du prochain G8, réunion des grands pays industriels, ils prendraient les devants et lanceraient l'Infrastructure de santé 2020, initiative mondiale qui, en coopération avec les pays en développement, vise à investir dans toute la gamme des infrastructures nécessaires à l'amélioration et à la protection de la santé mondiale.
« Il ne faut jamais douter de la capacité de l'Amérique de maintenir son ascendant », a dit le docteur Piot. « C'est une chose absolument essentielle qui doit perdurer. C'est ce que j'attends du prochain gouvernement car il est clair qu'il s'agit de vie ou de mort. »