Élever le niveau de santé dans le monde

09 mai 2008

Les médicaments contre le sida sont plus disponibles grâce à la Fondation Clinton

Cette initiative réduit le coût des antirétrooviraux dans les pays en développement.

 
Bill Clinton au Rwanda
Le président Clinton et des enfants rwandais lors d'une visite en 2006. (© Ralph Alswang/Clinton Foundation)

Washington - Il y a 15 ans, un jeune spécialiste des maladies infectieuses infantiles se désolait de voir monter en flèche le nombre des enfants nés avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), rétrovirus responsable du syndrome d'immunodéficience acquise (sida).

Mais aujourd'hui, le docteur Shaffiq Essajee œuvre avec les prestataires de soins de santé et les responsables de la santé de plus de 20 pays pour fournir de nouveaux médicaments aux enfants et aux familles victimes de l'épidémie dévastatrice du VIH/sida. Depuis 2005, en tant que conseiller principal en pédiatrie de l'Initiative VIH/sida de la Fondation William Clinton, il a établi des programmes de traitement du VIH/sida infantile dans des dizaines de pays d'Afrique et d'Asie et travaillé avec les sociétés pharmaceutiques et les organisations internationales de la santé pour fournir des médicaments à la portée des bourses des personnes infectées par le sida des pays les plus pauvres.

Il y a vingt ans, les médecins ne savaient pas comment prévenir la transmission du VIH pendant la grossesse. Mais une étude médicale révolutionnaire de l'Institut national de la santé des États-Unis a montré en 1994 que si l'on donnait aux mères séropositives de la zidovudine (AZT) pendant leur grossesse et leur accouchement et si l'on administrait le médicament aux nouveaux-nés pendant six semaines après leur naissance, on réduisait des deux tiers la transmission de la maladie de la mère à l'enfant. En 2000, près de 90 % des mères séropositives et leurs bébés étaient traités à la zidovudine aux États-Unis. Les cas de sida infantile ont chuté.

L'utilisation régulière de zidovudine (AZT) pendant la grossesse n'est qu'un aspect de la révolution dans le traitement du sida que les pays développés ont connu au milieu des années 90. La découverte et l'approbation de mise en utilisation de dizaines de nouveaux médicaments ont mené à des traitements combinant trois ou quatre antirétroviraux pour prévenir la progression du sida. Nommé thérapie antivirale hautement efficace (HAART), le « cocktail de médicaments » est devenu le traitement standard des adultes et des enfants séropositifs dans la plupart des pays.

« Mais, rappelle le docteur Essajee, alors que l'épidémie du sida devenait plus gérable (contrôlable) aux États-Unis, elle se déchaînait dans de nombreux pays d'Afrique ». En 2000, le docteur Essajee, Kényan de naissance, s'est rendu à Mombassa - sa ville natale - pour faire l'état des lieux en matière de traitement du sida infantile dans la seconde ville de son pays : ni le traitement prophylactique des mères séropositives par l'AZT ni la thérapie HAART n'étaient largement disponibles ou même connus.

« Les services hospitaliers étaient remplis d'enfants séropositifs mais, en 2000, il n'y avait pas de clinique de traitement du sida infantile, pas de moyen de traitement et pas de programme efficace de prévention du sida chez les bébés » indique le docteur Essajee. « La différence entre les enfants contents et bien nourris que je traitais à New York et qui vivaient avec le sida et les milliers d'enfants infectés qui mouraient du sida au Kénya était frappante. »

Le docteur Essajee a obtenu un don pour créer le premier programme de traitement du sida infantile, sur le modèle de celui de l'Hôpital Bellevue de New York. À la fin de 2001, 200 enfants y avaient été admis mais « aucun d'entre eux ne pouvait être traité car le coût des thérapies antirétrovirales infantiles était astronomique ». Il a obtenu des fonds pour acheter des médicaments pour quelques-uns des plus malades, mais ce n'est qu'en 2002, lorsque la Fondation Clinton s'est associée avec les sociétés pharmaceutiques pour qu'elles vendent à faible coût des antirétroviraux dans le tiers monde, qu'il a pu commencer à traiter un nombre important de Kenyans.

Transformer le marché des antirétroviraux

En 2002, quelque 70 % des 40 millions de séropositifs vivaient dans des pays en développement mais seulement 135.000 d'entre eux étaient en traitement du fait du prix élevé et de la faible disponibilité des médicaments antirétroviraux.

Aujourd'hui, cela a changé. Au cours des six dernières années, la Fondation Clinton a joué un rôle clé dans la transformation du marché : ce qui était une petite niche coûteuse est devenu une vaste entreprise brassant de gros volumes à faible coût et servant les séropositifs de quelque 70 pays.

La Fondation soutient le côté « demande » du marché, aidant les gouvernements, les hôpitaux et les cliniques comme celle du docteur Essajee à mettre en œuvre des programmes de prévention et de traitement. De plus, elle offre aux gouvernements du tiers monde une assistance technique en matière de pratiques de passation des marchés et de gestion des chaînes d'approvisionnement pour qu'ils puissent acheter et distribuer efficacement d'importantes quantités de tests de dépistage et de médicaments.

La réussite de la Fondation tient aussi au fait qu'elle entretient d'étroits rapports avec le côté de « l'offre » - les sociétés pharmaceutiques qui produisent les médicaments et tests diagnostiques de première et deuxième intention, de marque ou génériques. En mai 2007, l'Initiative HIV/sida de la Fondation Clinton (CHAI en anglais) avait conclu des accords avec les fabricants pour la production de 16 formulations de médicaments antirétroviraux de première et deuxième intention à des prix réduits. En échange, la CHAI les aide à prévoir la demande, contrôler la qualité et à fabriquer les médicaments. Elle facilite aussi les relations entre les fournisseurs et les acheteurs du tiers monde. Résultat, le coût des antirétroviraux dans les 70 pays du consortium a chuté en moyenne de 45 %.

De plus, Roche Pharmaceuticals a récemment signé un accord de coopération avec la CHAI pour le lancement de projets de diagnostics infantiles dans 24 pays de l'Afrique subsaharienne. « Roche fournira les trousses de test et le matériel de collecte et de traitement des échantillons sanguins séchés dans ces pays » a annoncé la porte-parole de Roche, Jane Erhart. Ces trousses permettront de tester de nombreux enfants nés de mères qui ne savent pas qu'elles sont séropositives. Sans traitement, 50 % de ces enfants mourront du sida avant la fin de leur deuxième année, et 80 % avant d'avoir atteint 5 ans.

« L'Initiative Clinton a réalisé un travail remarquable au plan de la sensibilisation et de la mise à disposition de médicaments antirétroviraux abordables partout dans le monde », estime Heather Bresch, chef des opérations de Mylan Laboratories, société mère de Matrix, le plus grand fournisseur au monde de produits génériques utilisés pour fabriquer les antirétroviraux.

On compte maintenant quelque 2,5 millions de malades en traitement, soit 185 fois plus qu'en 2000, mais « le nombre des personnes non traitées reste stupéfiant » commente encore Mme Bresch.

Et pourtant, les médecins qui, comme Shaffiq Essajee, luttent contre le VIH/sida tous les jours commencent à être plus optimistes quant à la possibilité de maîtriser le sida depuis que la Fondation Clinton a lancé son initiative.

« Un nouveau jour se lève sur un avenir dans lequel le sida infantile ne sera plus qu'une maladie chronique susceptible d'être traitée simplement et efficacement au moyen de médicaments peu coûteux ; un avenir dans lequel les familles qui étaient perdues dans l'épidémie du désespoir retrouveront l'espoir. »

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?