20 mars 2008
La veille sanitaire s'est modernisée et permet des interventions plus rapides.

Atlanta - Le 11 mars, le ministère égyptien de la santé a annoncé un nouveau cas d'infection humaine par le virus H5N1 hautement pathogène de la grippe aviaire. Le fait a été confirmé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ce qui porte le nombre de cas humains enregistrés depuis 2003 à 372, la maladie ayant entraîné la mort dans 235 cas.
Nombre des mécanismes qui permettent à l'OMS de surveiller les maladies, de publier des alertes aux maladies infectieuses et d'intervenir rapidement lorsqu'il existe des risques de pandémie sont le résultat du Règlement sanitaire international (RSI) qui, sous sa forme révisée en 2005, est entré en vigueur en juin 2007.
Il s'agissait en effet de mettre à jour la réglementation de 1969 qui se contentait de demander aux pays qui le souhaitaient de déclarer les cas de choléra, de peste et de fièvre jaune, uniquement. Lorsque des pays déclaraient des maladies, l'OMS publiait ces informations dans un bulletin épidémiologique hebdomadaire. Les mesures à prendre pour circonscrire les maladies étaient décrites dans la réglementation, et seuls les pays membres étaient autorisés à déclarer des foyers d'infection.
Lors de la Conférence internationale sur les maladies infectieuses émergentes qui s'est tenue en 2008 à Atlanta, le Dr David Heymann, directeur général adjoint de l'OMS pour la sécurité sanitaire, a déclaré que l'année 2007 avait été un tournant, parce que la réglementation était passée d'une série de conseils concernant la déclaration de maladies à l'obligation de faire état de tout événement concernant la santé publique.
« On est passé d'un système passif dans lequel l'information était imprimée dans un bulletin hebdomadaire à un mécanisme actif reposant sur la veille en temps réel et des prélèvements confirmant les déclarations déposées dans les 24 heures sur le bureau d'un représentant de l'OMS dans chaque pays du monde. »
Les 193 membres de l'OMS ont tous signé le traité qui, utilisé correctement, constituera, selon M. Heymann, « un cadre qui nous permettra à tous de coopérer afin de protéger la santé publique ».
Le SRAS
En 1996, l'OMS a décidé que le règlement sanitaire devait être mis à jour. On envisageait, a expliqué M. Heymann, « une veille sanitaire constante qui permettrait de détecter les maladies infectieuses partout dans le monde et de réagir à toute menace dans les 24 heures grâce à la collaboration et à l'utilisation de méthodes de communication dernier cri ».
Le processus de mise à jour a commencé par l'adoption d'une série de méthodes novatrices de veille et de réaction. En 1998, le Canada a créé le Réseau mondial d'Intelligence santé publique (RMISP), un système d'alerte précoce reposant sur l'Internet qui permet de rapporter, dans sept langues, les événements importants relatifs à la santé publique en surveillant les diverses sources médiatiques internationales telles que des services d'information et les sites Web.
En 2000, l'OMS a créé le Réseau mondial d'alerte et d'action en cas d'épidémie (GOARN). Axé sur la collaboration technique, il compte aujourd'hui plus de 120 institutions et réseaux qui combinent leurs ressources à des fins d'identification, de confirmation et d'intervention en cas d'épidémie d'importance internationale.
Le RMISP et le GOARN, a dit M. Heymann, ont aidé l'OMS à déterminer comment modifier la réglementation.
Ensuite, en février 2003, un cas d'une nouvelle infection connue aujourd'hui sous le nom de Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), détecté en Chine, est devenu une épidémie qui a touché 27 pays. De novembre 2002 à juillet 2003, 8.096 personnes ont été infectées, et 774 sont mortes.
« Le SRAS, a dit M. Heymann, a été la première épidémie mondiale à laquelle on pouvait faire face au jour-le-jour, modifiant les stratégies mises en œuvre au fur et à mesure des renseignements transmis par le RMISP et le GOARN. »
Trois mois plus tard, l'Assemblée mondiale de la santé se réunissait pour mettre à jour le RSI, l'épidémie de SRAS ayant convaincu les représentants des pays membres d'adopter une résolution permettant à l'OMS d'accepter des informations relatives aux maladies de toutes les sources, et pas seulement des pays membres.
Durant l'épidémie de SRAS, il y a tout juste cinq, l'OMS n'avait en effet aucun moyen de prévenir ses 193 pays membres. Elle a donc publié un communiqué sur la maladie qui, selon M. Heymann, a pris les ministres de la santé du monde entier par surprise.
Mais en février 2008, l'OMS a été en mesure d'alerter les ministres de la santé de tous les pays membres à une épidémie de fièvre jaune qui s'était déclenchée au Paraguay.
« Le 22 février, il a suffi de cliquer sur un icone pour que tout le monde soit au courant. Les 193 pays membres ont en effet des communications électroniques avec l'OMS par le truchement d'un point focal du RSI qu'ils doivent créer en vertu du traité. »
En vertu du nouveau règlement, les pays membres de l'OMS doivent rapporter immédiatement tout cas de variole, de polio et de SRAS, ainsi que toute nouvelle souche du virus de la grippe humaine.