16 mars 2009
Le Fonds des États-Unis pour la préservation culturelle l'aide à restaurer ces trésors.

Washington - Le trafic d'art indigène fait florès. Les collectionneurs privés se fournissent auprès des pilleurs. Les objets précieux disparaissent des fouilles archéologiques. Les trésors religieux sont volés dans des lieux de culte et vendus à l'étranger. Des poches se remplissent au détriment du patrimoine culturel.
Mais les États-Unis sont résolus à lutter contre ces crimes et à protéger le patrimoine culturel du monde en développement.
En tant que signataires de la Convention des Nations unies concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels (1970), les États-Unis interdisent l'importation d'articles archéologiques ou ethnologiques lorsque le vol a mis en danger le patrimoine culturel d'un pays.
Depuis 2001, le Fonds de l'ambassadeur pour la protection du patrimoine culturel a consacré plus de 13 millions de dollars à quelque 500 projets dans 120 pays. Des projets mis en œuvre en Amérique centrale et du Sud, ainsi qu'aux Antilles, ont ainsi reçu 2,3 millions de dollars. Parmi les projets ainsi financés, deux des plus notoires sont en cours au Guatémala et visent à protéger le patrimoine maya.
Les trésors des Mayas
Le Guatémala a reçu des dons de plus de 750.000 dollars prélevés sur ce Fonds, le don le plus important - 575.000 dollars - lui ayant été attribué cette année.
Il s'agit du don le plus important jamais accordé dans ce domaine à un pays du continent américain. Il finance un projet mis en œuvre à San Bartolo, dans la région orientale de Petén, qui vise à préserver des peintures murales représentant l'histoire maya de la création. La restauration de ces fresques et d'un temple maya est en cours.
« Les fresques de San Bartolo constituent, de loin, la série la plus importante de peintures murales connues de la fin de l'ère classique maya, et revêtent une importance culturelle primordiale pour le Guatémala et pour la région », a déclaré Martin Perschler, du Fonds de l'ambassadeur pour la protection du patrimoine culturel.
La protection des peintures murales et du site est l'œuvre de William Saturno, professeur d'archéologie à l'université de Boston dans le Massachusetts. Il a découvert les fresques en mars 2001. Leur préservation, le renforcement des murs des salles où elles se trouvent et la reconstitution de fragments épars ont commencé en 2006, grâce à un don du Fonds, et se poursuivront cette année grâce au don important octroyé au Guatémala.
M. Perschler attribue le succès du projet au dévouement du professeur Saturno.
« Je ne suis pas Indiana Jones »
La découverte faite en 2001 reflète en effet le scénario d'un film de Hollywood. Pourtant, M. Saturno a fait sa découverte par hasard. « Je suis un type plutôt grassouillet du nord-est (…) Je ne suis pas Indiana Jones », a-t-il déclaré à America.gov.
Il a découvert les fresques à cause d'un voyage mal planifié qui devait durer trois heures mais qui s'est transformé en tribulation de deux jours sans vivres et sans eau. « Je cherchais juste à me mettre à l'ombre », a dit M. Saturno en décrivant le jour où il est entré dans un tunnel qui l'a conduit à la pièce où sont les fresques. Des pilleurs avaient creusé une tranchée à la recherche de poteries. M. Saturno, qui cherchait à s'abriter, a levé les yeux, s'attendant à voir des chauves-souris. Au lieu de cela, il a découvert des pans des désormais célèbres peintures murales.
Il a expliqué que les Mayas bâtissaient souvent sur des sites où l'on avait déjà construit. C'est pourquoi les salles qui abritent les fresques ont survécu pendant 2.000 ans avant que les pilleurs ne les découvrent en creusant un tunnel. Les Mayas ont construit un pyramide au-dessus des pièces abritant les fresques, les scellant avec de la boue et comblant la pièce avec des gravats. Les fresques ont ainsi été protégées de la lumière et de l'air pendant 2.000 ans.
« Il n'y a rien de comparable », a dit M. Saturno. Les quelques fresques mayas connues auparavant sont deux cents ans plus jeunes que celles-ci, qui racontent l'histoire maya de la création. Ce projet a « un impact historique et cosmologique sur le monde entier », a-t-il affirmé.
Les experts ont qualifié ce complexe sous-terrain de Chapelle Sixtine maya parce qu'elle recèle l'une des scènes les plus élaborées de la création décrite durant l'ère classique. Le Dieu du Maïs représenté sur les fresques - un dieu maya qui descend dans l'autre monde et en ressort avec du maïs - a été décrit maintes fois. Mais la découverte de M. Saturno révèle que cette histoire était racontée bien avant le premier siècle.
Des shamans de l'actuelle communauté maya installée près du lac Tikal (Guatémala) ont récemment rendu visite à M. Saturno. Ils pensent que cette découverte n'est pas une coïncidence et que M. Saturno est, en quelque sorte, descendu vers l'« autre monde » (la salle au bout du tunnel) et en est ressorti avec des nouvelles, un peu comme l'ancien Dieu maya dans l'histoire de la création. « C'est l'histoire de l'origine du temps », ont-ils dit à M. Saturno. « Vous étiez destiné à découvrir ces fresques. »