11 mars 2009
Cette maladie menace l'agriculture dans de nombreux pays.

Washington - Un don de 27 millions de dollars est venu renforcer la lutte internationale contre un danger sérieux qui menace l'agriculture dans de nombreux pays du monde.
L'université Cornell de New York utilise ces fonds octroyés par la fondation Bill et Melinda Gates pour coordonner des mesures internationales face à une maladie virulente du blé, la rouille, qui a ravagé les cultures en Afrique de l'Est et menace d'autres régions du monde. La maladie de la rouille touche également l'orge.
Ayant reçu ces fonds en 2008, l'université Cornell a engagé les services de 16 centres internationaux de recherche agricole pour mettre au point, en collaboration avec elle, une nouvelle génération de variétés de blé qui résistent à la maladie de la rouille.
Les partenaires américains de cette initiative, dite Projet pour un blé durablement résistant à la rouille, sont le ministère de l'agriculture des États-Unis, l'université du Minnesota et celle de Californie.
La rouille est une maladie fongique du blé ; la souche actuelle, dite Ug99, de l'agent pathogène, a d'abord été détectée en Ouganda, en 1999, avant d'être signalée plus tard au Kénya et en Éthiopie. En 2007, cette maladie, qui est disséminée par le vent transportant les spores, s'est répandue au Yémen et au Soudan avant de contaminer, l'année suivante, les principales régions productrices de blé en Iran.
L'Ug99 menace maintenant de se propager dans la sous-région asiatique, où se trouvent la plus grande concentration de champs de blé et de populations du monde, à l'Asie centrale et la Chine, a dit à America.gov Ronnie Coffman, agronome à l'université Cornell.
L'agronome et lauréat du prix Nobel de la paix Norman Borlaug a tiré la sonnette d'alarme internationale en 2005, lors d'un séjour au Kénya où il avait détecté la rouille du blé.
La fondation Rockefeller, le ministère américain de l'agriculture et l'Agence des États-Unis pour le développement international se sont vite mobilisés pour mettre en commun les ressources scientifiques et financières américaines et internationales dans le but de combattre cette menace, a dit Rob Bertram, un responsable des programmes d'aide des États-Unis.
L'Initiative internationale Borlaug contre la rouille du blé a été lancée pour coordonner le programme et elle a invité l'université Cornell à gérer celui-ci, a dit M. Coffman. La fondation Gates s'y est jointe en tant que donateur principal.

En mars, une réunion organisée par M. Borlaug se tiendra au Mexique ; quelque 300 experts internationaux devraient y participer et échanger les résultats des études qu'ils mènent en collaboration avec le programme et les dernières données sur la propagation de la maladie, a dit Rick Ward, de l'université Cornell.
M. Borlaug met en garde contre les conséquences de cette maladie ; si elle venait à réduire de manière considérable les récoltes de blé à l'échelle mondiale, la situation conduirait à une hausse des prix des denrées alimentaires.
On attribue à M. Borlaug le lancement de la Révolution verte, à savoir les récoltes accrues qui ont découlés de la mise au point de nouvelles variétés de semences. Cette révolution verte permis à plus d'un milliard de personnes en Asie d'éviter la famine à la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante.
Aux États-Unis, le service de recherche (ARS) du ministère de l'agriculture dirige les efforts visant à protéger la production nationale de blé contre la maladie létale de la rouille, si celle-ci venait à se propager en Amérique du Nord, a dit à America.gov Kay Simmons, directrice du programme du génome agricole à l'ARS.
Le ministère de l'agriculture, en collaboration avec des chercheurs de différentes universités, étudie les pathogènes qui causent la rouille du blé ; il tente, entre autres, de déterminer si le riz est résistant à la rouille et si cette capacité peut être transférée au blé, et de trouver d'autres sources génétiques de résistance à la rouille dans le blé et l'orge qui poussent à l'état sauvage.
Presque toutes les variétés printanières de blé et d'orge cultivées aux États-Unis seraient réceptives à la souche Ug99, a dit Mme Simmons.
Pour le ministère de l'agriculture, les recherches sur la souche Ug99 sont une priorité, a-t-elle ajouté. Dans le projet de loi sur le budget actuellement débattu au Congrès, le gouvernement Obama a demandé que 1,1 milliard de dollars soient alloués à la recherche agricole pour l'année budgétaire en cours.
Bien que des épidémies de rouille de la tige du blé aient été signalées depuis 1955, la plupart d'elles étaient relativement peu répandues en dehors de foyers locaux.
Au début de 2009, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a indiqué qu'un nouveau foyer majeur de la maladie de la rouille pourrait se révéler plus catastrophique que les précédents. Selon les estimations de la FAO, 80 % des variétés de blé en Afrique et en Asie sont susceptibles au pathogène Ug99.
L'Institut de recherche agricole du Kenya et l'Institut éthiopien de recherche agricole constituent des centres de recherches clé dans le cadre du projet Cornell.
Ils offrent aux chercheurs américains la possibilité d'apprendre quelles sont les variétés de blé et d'orges cultivées aux États-Unis qui seraient résistantes à la rouille, et ce, sans avoir à apporter le pathogène dans le pays, a dit Mme Simmons.
Parmi les autres partenaires de l'université Cornell dans ce projet : le Centre international pour l'amélioration du maïs et du blé au Mexique, le Centre international pour la recherche agricole dans les zones sèches en Syrie, et l'Institut international de recherche sur le riz aux Philippines. La FAO et des laboratoires de recherche au Canada, en Chine, en Australie et en Afrique du Sud collaborent également à cette initiative.