02 juillet 2009
Les transports à deux roues améliorent les conditions de vie en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Washington - Dans de nombreux pays en développement, les transports motorisés ne marchent pas, un point c'est tout. Il n'y a souvent pas de voitures ou alors elles sont trop chères pour les habitants et pour les chefs d'entreprise des régions rurales. C'est pourquoi depuis 25 ans, Keith Oberg prône la bicyclette comme moyen de gagner du temps, d'améliorer la productivité et de produire des revenus supplémentaires.
En 2005, M. Oberg a lancé le projet « Vélos pour le monde » (BfW de son sigle anglais), une organisation sans but lucratif basée à Washington qui a envoyé plus de 34.000 vélos en Afrique, en Asie et en Amérique latine. BfW est aujourd'hui l'expéditeur le plus important aux États-Unis de vélos d'occasion fournis gracieusement aux pays en développement.
Les vélos expédiés par BfW représentent l'équivalent de 1,5 million de dollars, chacun d'entre eux ayant une valeur moyenne d'environ 45 dollars sur le marché américain. Mais la valeur réelle, a souligné M. Oberg, c'est le développement économique réalisé sous l'impulsion du pédalier quand un vélo permet d'améliorer l'accès de la population, dans des centaines de collectivités, aux exploitations agricoles, aux marchés, à l'emploi, aux écoles et aux cliniques.
Un réseau de bénévoles américains
Dans le garage d'un centre commercial du nord de la Virginie, les gens arrivent, leurs voitures et camionnettes remplies de vélos qu'ils veulent donner à ce projet. Il y en a de tous les genres : des bicyclettes aux guidons et aux selles de divers modèles, des vélos utilitaires tout-terrain, des bécanes de villes - plus de cent vélos sont déposés en cette journée printanière. M. Oberg travaille avec des bénévoles dans cinq États et dans la ville de Washington pour organiser chaque année des centaines de ces occasions qui permettent de collecter des vélos fournis gratuitement. Le jeune Patrick Carey, 15 ans, avait organisé cet événement en Virginie pour obtenir le rang d'éclaireur dans sa troupe scoute.
« J'ai pensé que c'était une bonne idée pour aider les autres », a dit Patrick. « C'était quelque chose de différent. »
Dans les endroits où les vélos sont collectés, les bénévoles de BfW portant des T-shirts rouges enlèvent les pédales et baissent les guidons sur les vélos qui sont encore utilisables pour réduire l'espace nécessaire pour les stocker, tandis que les bécanes en mauvais état sont mises de côté puis démantelées pour fournir des pièces détachées - manivelles, roues, chambres à air - aux pays en développement. Les bénévoles demandent aussi aux donateurs de vélos de contribuer 10 dollars aux frais d'expédition, qui vont de 4.500 à 8.500 dollars par conteneurs de 450 bicyclettes.
En plus des centres itinérants de collection de vélos, il y en a dans certaines petites boutiques indépendantes qui vendent des bicyclettes le long de la côte est des États-Unis. Bob Mallasch est l'un de ces propriétaires qui a établi un centre pour vélos destinés à BfW dans sa boutique Bob's Bikes, dans le Maryland. Il porte souvent un T-Shirt rouge de BfW et il parle aux enfants du quartier du programme « gagner un vélo » de BfW pour les élèves qui font un certain nombre d'heures de travail bénévole dans leurs collectivités.
« J'aime cette organisation », a dit M. Mallasch. « Elle aide les pays en développement. Mais ils ont aussi expédié des vélos dans la région du golfe du Mexique suite au passage du cyclone Katrina et les enfants en avaient vraiment besoin. C'est vraiment un programme de vélos pour le monde. »
Faire parvenir l'aide aux personnes dans le besoin

En 2008, BfW a expédié près de 10.000 vélos dans 8 pays.
Une fois que les bicyclettes arrivent à destination, les organisations partenaires prennent la relève ; BfW a établi des partenariats avec des dizaines d'ONG dans des pays comme le Ghana et le Costa Rica qui souhaitent incorporer les transports à deux roues dans leurs projets de développement locaux. Contrairement aux dons monétaires, a dit M. Oberg, les biens fournis de cette manière, tels les vélos, contraignent les ONG locales à acquérir des talents administratifs effectifs.
C'est pourquoi les vélos ne sont pas réellement fournis gratuitement. Ils sont vendus à 25 ou 35 dollars parce que les gens « accordent plus de valeur à l'argent qu'ils gagnent », selon M. Oberg. « Si vous commencez à distribuer des vélos gratuitement, les gens viendront les prendre puis les revendront pour faire un bénéfice exceptionnel. »
Quand le prix est trop élevé pour un acheteur potentiel, l'ONG local essaie d'arranger un microcrédit. Dans le cas idéal, le moyen de transport que le vélo offrira à l'acheteur augmentera sa productivité et ses revenus, lui permettant de gagner assez d'argent pour rembourser l'emprunt et éventuellement aider sa famille.
« Une fondation » sur deux roues
En 2005, BfW a expédié son premier conteneur de bicyclettes à une ONG partenaire au Ghana appelé projet Vélos de village. L'organisation sans but lucratif basé aux États-Unis a distribué 36.000 vélos, et depuis quelques années, la majorité d'entre eux proviennent de BfW.
Afriyie Ekua a acheté sa première bicyclette du projet Vélos de village il y a quelques années. Infirmière itinérante du dispensaire Buamadumasi au Ghana, Mme Ekua fournit des soins à des patients dans 10 villages éloignés qui sont inaccessibles en voiture. À pied, elle ne pouvait aller que dans quelques villages par semaine. Mais avec son vélo, Mme Ekua peut se rendre dans chaque village une ou deux fois par semaine.
Le projet Vélos de village apprend aux femmes comment rouler à bicyclette et a formé plus de 5.500 personnes dans des ateliers de réparation. Les instructeurs bénévoles leur apprennent comment faire les réparations de base, par exemple huiler les chaînes, pomper de l'air dans les roues et vérifier les pignons.
« Les gens dans les endroits moins développés ne savent pas qu'une machine a besoin de maintenance », a dit David Peckham, le fondateur du projet Vélos de village. « Nous ne fournissons pas une formation assez approfondie pour permettre à quelqu'un de gagner sa vie, a-t-il ajouté, mais nous avons vu des gens qui devenaient assez motivés pour passer à l'étape suivante. »
Bismark Agbeve a franchi cette étape en 2005.
M. Agbeve est originaire d'Adaklu-Tokor, au Ghana, un village qui s'étend près du mont Adaklu. Il est agriculteur, père de quatre enfants et gestionnaire du bureau d'une organisation servant la collectivité locale. On ne sait pas trop comment mais il a trouvé le temps de suivre un cours de formation sur la maintenance des bicyclettes qu'offrait le projet Vélos de village.
Dans le cadre de cette formation qui donne aux élèves la possibilité d'acheter un vélo à prix réduit, soit 15 dollars, M. Agbeve s'en est acheté un. Il s'est rendu compte qu'il était doué pour les réparations de bicyclettes et a ouvert son propre atelier dans le centre du village. Aujourd'hui, M. Agbeve emploie deux mécaniciens.
« Mon vélo est ma fondation », a dit M. Agbeve. « C'est comme ça que je peux m'occuper de ma famille sans trop de difficultés. »