23 octobre 2008
La rupture des barrières raciales est la clé du succès commercial.

Le Cap (Afrique du Sud) - Un homme d'affaires sud-africain noir a pris la direction d'une société de réparation de bateaux créée il y a une centaine d'années, avec l'intention de lui faire jouer un rôle de premier plan dans une industrie ouest-africaine du gaz et du pétrole en pleine expansion.
Ce faisant, Daniel Bailey, directeur de Globe Engineering Works (Pty) Ltd, transforme la culture commerciale de l'Afrique du Sud en éliminant les barrières raciales qui, dans le passé, empêchaient des cadres moyens blancs de travailler efficacement avec des chefs d'entreprises noirs.
« Pour moi, cela voulait dire : Nous sommes tous logés à la même enseigne. Nous devons réussir pour assurer la survie de notre société, le gagne-pain de nos ouvriers et les bénéfices des investisseurs, a déclaré M. Bailey. C'était une gageure, non seulement pour les employés blancs, mais aussi pour les Noirs, de s'habituer au fait que les propriétaires noirs étaient aux commandes. »
M. Bailey ajoute qu'il a relevé le défi. « On ne fait pas appel à un Noir ou à un Blanc. On s'adresse à une personne, un point c'est tout. »
Il est intéressant de noter que la séparation raciale était moins importante chez les ouvriers que dans les bureaux de la direction, la main d'œuvre ouvrière s'étant intégrée depuis plusieurs décennies pour des nécessités économiques.
Les ouvriers spécialisés et les artisans étaient issus de groupes ethniques mixtes, dans les dernières décennies du vingtième siècle, pour que l'économie du régime d'apartheid puisse fonctionner. « Quand j'étais enfant, dans une école secondaire du Cap, plusieurs de mes camarades avaient l'ambition de se faire engager comme apprentis chez Globe », dit M. Bailey. Quand on visite un atelier d'usinage de Globe, on voit des Noirs travailler aux côtés de Blancs, soudant des plaques d'acier et réparant un énorme essieu d'hélice d'une dizaine de mètres de long.
L'élimination des barrières raciales n'est qu'un aspect des efforts déployés par Globe pour ne plus être une société démodée de réparation de bateaux. Elle abandonne les documents en papier et les machines à calculer manuelles pour devenir un centre régional informatisé efficace au service de plates-formes pétrolières géantes et de navires de haute mer.

En 2006, l'année où Daniel Bailey et plusieurs autres investisseurs noirs ont acquis la société, Globe a enregistré des pertes record de dix millions de dollars. « Nous étions dans l'obligation de prendre une décision stratégique - ou bien réduire la société et en faire un modeste atelier de réparation de bateaux ou bien la transformer en une entreprise internationale », a dit M. Bailey.
Ses collègues et lui ont opté pour la seconde solution, résolus à rivaliser pour obtenir d'énormes bénéfices en s'associant aux opérations ouest-africaines de prospection et de forage de pétrole et de gaz au large des côtes de l'Angola et, plus au nord, dans les eaux nigérianes.
L'établissement de cette association n'a pas été facile. C'était comparable au passage d'un athlète de deuxième en première division. Le gouvernement américain, par l'intermédiaire du programme South African International Business Linkages (SAIBL), a aidé Globe à entrer dans cette arène.
Les nouveaux propriétaires noirs de Globe ont contacté SAIBL en 2006 et demandé une analyse des opérations commerciales de la société. « Nous avons vérifié ses systèmes d'information, ses mécanismes d'établissement des prix et ses problèmes techniques et de personnel. Nous avons interrogé chaque directeur et nous nous sommes renseignés sur les méthodes utilisées concernant le moral du personnel et la planification stratégique », a précisé M. Bertram Richards, du SAIBL. « Cela équivalait à radiographier l'entreprise. »
Avant de pouvoir obtenir un contrat à l'étranger, Globe a dû montrer que la société remplissait les conditions requises. Cela voulait dire qu'elle devait obtenir les certifications internationales de ses pratiques administratives, industrielles, financières et de son dispositif de sécurité. SAIBL a fait intervenir des consultants qui ont examiné chacune de ces pratiques.
« Nous savions que nos ouvriers étaient hautement qualifiés. Ils sont sans aucun doute de classe internationale, affirme M. Bailey. C'est sur le plan des opérations administratives, financières et de commercialisation que nous avions besoin d'aide. SAIBL nous a apporté une aide précieuse dans de nombreux secteurs, aussi bien sur le plan technique que pour la gestion du personnel. »
Le directeur a évoqué avec le sourire la résistance de l'un des comptables de Globe à l'utilisation d'ordinateurs. « Il avait affiché dans son bureau une plaque contenant des remarques désagréables sur les ordinateurs », dit-il.
Suivant les conseils du SAIBL, Globe a accordé la priorité au respect des normes internationales de sécurité. « Aucune société étrangère ne voudrait envoyer ses navires ou ses plates-formes dans nos bassins si nos ouvriers ne respectaient pas les mesures de sécurité », a-t-il dit, ajoutant que celles-ci, qui n'avaient pas été appliquées aussi rigoureusement par les anciens propriétaires de la société, faisaient plus que protéger les travailleurs. Elles attirent les affaires.
Les activités financières de Globe sont devenues profitables en 2007 lorsqu'après avoir obtenu les certifications nécessaires, la société a décroché son premier contrat international pour remettre à neuf le Deep Sea Venture, pétrolier qui avait été transformé en plate-forme pétrolière. Ce seul contrat pour retirer la rouille, repeindre et remplacer l'équipement, ajouter des chambres de flottabilité, etc. valait des millions de dollars et a fourni du travail à des centaines d'ouvriers. Depuis, Globe a obtenu des contrats similaires, ce qui lui a permis de gagner plus de 12 millions de dollars en 2007, a dit M. Bailey.
Il prédit qu'en 2008, les bénéfices de Globe atteindront quelque 17 millions de dollars.