20 novembre 2008
L'Agence des États-Unis pour le développement international soutient les efforts de réformes éducationnelles du gouvernement.

Asallah (Éthiopie) - Dans une école aux murs de torchis de la campagne éthiopienne, les élèves sont assis en fer à cheval : certains tournent le dos à l'enseignant(e), certains sont de côté et d'autres encore lui font face.
Au début de la classe, ils font face à l'enseignant(e) qui leur pose une question ou un problème. Ils se tournent alors les uns vers les autres et commencent à discuter la question ou à résoudre le problème. À la fin, l'enseignant(e) leur demande leurs réponses.
L'école primaire de Gorasillingo près d'Asallah, à 180 km au sud d'Addis-Abeba, participe à un programme expérimental destiné à réduire le rôle des enseignants et à impliquer les élèves dans le processus d'apprentissage. Le gouvernement éthiopien tente de moderniser la pratique de l'enseignement afin de constituer une main-d'œuvre moderne en mesure de pourvoir en personnel une économie axée sur les marchés mondiaux.
« L'Éthiopie délaisse progressivement l'enseignement fondé sur le cours magistral dans lequel seul le maître parle et que les étudiants écoutent passivement », explique Gebi Tussi, agent des services éthiopiens de l'éducation. « Nous essayons de donner aux élèves et aux collectivités un certain degré de responsabilité dans l'éducation. »
L'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) joue un rôle important dans la mise en œuvre des réformes de l'enseignement par le gouvernement éthiopien.
Tesfaye Kelemework, spécialiste de l'éducation à l'USAID, rappelle que « l'éducation est un élément important du développement économique. Le gouvernement éthiopien essaie de relancer et d'élargir les réformes qui ont été interrompues dans les années 70 lorsqu'un régime communiste appuyé par l'armée a pris le pouvoir. »
Un des éléments clés de cette initiative est un programme qui encourage les élèves, les enseignants et les parents à fabriquer leurs propres matériaux pédagogiques. À l'École normale d'Asallah, Tulu Gobu supervise un centre qui a pour fonction d'enseigner aux futurs enseignants comment fabriquer des aides pédagogiques en utilisant des matériaux de tous les jours. L'atelier dispose de marteaux, de scies, de ciseaux et d'autres outils ainsi que de papier, de colle, de peintures, de laine et d'une grande variété d'autres matériels d'utilisation courante.

Par exemple, l'enseignement de l'anatomie se fait avec une « réplique » du corps humain qui utilise des pierres pour les dents et des morceaux de tissu et des brins de laine pour simuler les organes : le tout est accroché à une feuille de carton. Pour illustrer la circulation sanguine, des tubes de plastique où circule de l'eau bleue représentent les veines allant vers le cœur et des tubes sortant du cœur et dans lesquels circule de l'eau rouge représentent les artères.
Pour ce qui est des formes géométriques en trois dimensions, les élèves et les enseignants apprennent à construire des cônes, des cylindres et des pyramides avec des blocs de bois. « Ce serait difficile d'enseigner ces concepts à partir d'un livre ou d'un cours magistral » explique Johnson Odharo, autre conseiller pédagogique de l'USAID.
Un petit alambic qui fait bouillir de l'eau et condenser la vapeur enseigne le concept de la distillation. Pour acquérir des compétences commerciales, les élèves utilisent des objets qui leur permettent de simuler des procédures d'achat.
Des flèches en velcro peuvent être « collées » sur un carré de tissu pour enseigner les concepts de préposition - au-dessus, au dessous, devant, derrière, etc. Pour l'enseignement de l'histoire et de la géographie, les enseignants et les élèves dessinent leurs propres cartes.
Dans toute l'Éthiopie, les enseignants reçoivent une formation dans trois centres de production d'aides pédagogiques de ce genre.
« Leurs classes sont très interactives » juge M. Odharo. « Les élèves et leurs parents construisent leurs propres aides pédagogiques et les soumettent aux enseignants. Les enseignants limitent leur propre temps de parole et encouragent les élèves à parler plus. »
« Outre qu'elles encouragent la participation des élèves, les réformes prônées par l'USAID impliquent la création d'associations de parents (AP) qui font entrer les parents dans le processus éducatif. »
Un des problèmes de l'école de Gorasillingo est qu'elle ne dispose d'aucune source d'eau. Avec la participation de l'association des parents, le gouvernement et les responsables de l'école peuvent trouver des moyens de répondre à ce besoin. M. Kelemework explique qu'il s'agit là d'un concept nouveau pour nombre de personnes d'une société rurale conservatrice. « Ils ont l'habitude de demander au gouvernement de résoudre les problèmes au lieu de trouver des solutions eux-mêmes. Certaines AP sont plus avancées que d'autres dans ce domaine. »
Le programme de partenariat entre l'USAID et les collectivités scolaires couvre quelque 1.800 écoles et associations de parents pour essayer de résoudre des problèmes allant de salles de classe inadaptées au manque d'eau potable dans l'école. Il forme les AP à élaborer et mettre en œuvre des solutions. Selon un rapport de l'USAID, le programme a contribué à renforcer les capacités de plus de 45.000 membres des AP et apporté plus de 4 millions de dollars d'aide aux écoles. Les collectivités locales, de leur côté, y ont contribué à hauteur d'environ 8 millions de dollars en main-d'œuvre, en matériaux et en liquidités.