06 novembre 2008
Une organisation soutenue financièrement par les États-Unis constate des progrès.

Jericho (Afrique du Sud) - « Messieurs, les habitudes de nos grands-pères et de nos pères appartiennent au passé. Nous devons changer », profère d'une voix tonitruante Tshepo Monyuku, militant de la lutte contre le VIH/sida, devant un groupe d'hommes assistant à un festival en plein air.
« Si nous autres hommes avons des partenaires multiples et si nos partenaires en font autant, nous propagerons la maladie et nous nous tuerons, nous tuerons nos femmes et nos enfants », a poursuivi M. Monyuku.
Il s'adressait à des gens attirés par la musique et l'animation d'une manifestation festive organisée pour informer sur le sida les habitants de Lethabile, village pauvre et désolé situé dans la province du Nord-Ouest où l'ancien gouvernement apartheid avait établi, puis négligé, un « homeland » noir.
Cet événement présentait tous les signes extérieurs d'un festival religieux, avec ses tentes, ses chanteurs, ses musiciens et des orateurs qui affirmaient avec force que les gens devaient changer leurs habitudes, sous peine de se condamner à l'extinction. Les militants de la lutte contre le sida étaient équipés de blocs-notes et recueillaient la signature des personnes disposées à se soumettre à un test de dépistage du virus et à recevoir des visites à domicile pour en savoir davantage sur cette maladie qui fait des ravages dans la région.
La Light House Foundation - qui a son siège à Jericho, à 20 kilomètres de Lethabile - emploie 28 personnes qui se dépensent avec un zèle de missionnaire et une aide financière du gouvernement américain pour lutter contre le VIH/sida dans 21 villages en proie à un chômage de 80 % et où, dans certains quartiers, une personne se meurt du sida dans un foyer sur deux. L'éducation et le changement de comportement sont les principaux outils utilisés par le personnel de Light House pour enrayer la progression de ce fléau dans les villages, mais la fondation a beaucoup de difficulté à venir à bout d'un mal perpétué par des pratiques sexuelles enracinées, par la pauvreté et par le manque de formation professionnelle.
Fondée et dirigée par un jeune couple de Jericho, Tshepo et Nkele Ditsele, la Light House Foundation va au-delà du message A-B-C - Abstinence, Be faithful, Constant use of Condoms - (Abstinence, fidélité, utilisation constante de préservatifs) que diffusent chaque jour les médias. Ses membres frappent aux portes et rendent visite aux femmes et aux enfants, recueillent des statistiques et expliquent comment le virus se propage.
On trouve peu d'hommes dans les dispensaires ou chez eux pendant la journée. S'ils ne travaillent pas dans des mines ou dans des villes lointaines, on les rencontre dans le shebeen (bar) local ou assis avec d'autres hommes à l'ombre d'un arbre. Pour les atteindre, le personnel de Light House organise, généralement en fin de semaine, des forums durant lesquels il leur parle honnêtement, à travers les générations.

« À la derniere réunion, un vieil homme dit que la polygamie était la façon dont un mariage tribal opérait autrefois. Mais les choses ont changé. Il n'est plus acceptable pour un homme d'avoir de nombreux partenaires sexuels », dit Tshepo Monyuku.
« Mamogate, chef de la tribu Bakwenabe Mogopa à Jericho, a aidé à mettre sur pied les forums destinés aux hommes. Il donne le bon exemple d'un chef de tribu fidèle à une femme », a indiqué de son côté Tshepo Ditsele.
« Certains des hommes qui assistent à ces forums sont maltraités par leur épouse. Ils en ont honte et craignent que cela se sache. Lorsqu'ils assistent à un forum, nous les encourageons à parler franchement », a déclaré Viktor Hlabane, de Light House.
La pauvreté contribue grandement à la propagation de la maladie.
« Le phénomène du vieux protecteur pose un énorme problème. Tout homme qui a une source de revenus - qu'il soit chauffeur de taxi, agent de police ou propriétaire d'un bar - arrive avec un sac de provisions et obtient des rapports sexuels en échange, dit Richard Delate, du programme Johns Hopkings Health and Education en Afrique du Sud. Quelle est l'autre solution quand vous mourez de faim ? » L'œuvre sans but lucratif dont s'occupe M. Delate s'emploe à améliorer la santé dans le monde entier et est associée à l'université Johns Hopkins, située à Baltimore.
Un autre employé de Light House a cité le cas d'une jeune fille de 14 ans qui recevait de l'aide d'un vieux protecteur pour obtenir de l'argent et aller à l'école.
La Light House Foundation veut enseigner des compétences durables comme la maçonnerie, la couture, la fabrication d'objets en perles et la menuiserie, qui aideraient les jeunes des villages à gagner leur vie, mais son personnel reconnaît manquer, à l'heure actuelle, des moyens de mettre cette idée en pratique.
La fondation projette cependant d'acheter un terrain dans lequel elle creusera un puits et cultivera des légumes pour aider à améliorer la nutrition de la communauté. Elle a récemment reçu un car de 28 places, acheté grâce à des fonds fournis par l'Agence des États-Unis pour le développement international, qui permettra de transporter les malades aux dispensaires.
Avec l'aide de Johns Hopkins Health and Education South Africa et du gouvernement américain, Light House est impatiente de poursuivre son œuvre parce qu'elle constate des progrès. En effet, selon des renseignements recueillis lors de ses enquêtes, l'utilisation de préservatifs chez les jeunes de 15 à 24 ans est passée de 20 % en 1998 à 70 % à l'heure actuelle.