27 juin 2008
Des économistes font état des six causes de la hausse considérable des cours des céréales
Washington - Les cours du pétrole et les cours des céréales sur le marché mondial sont étroitement liés, et six grands facteurs sont à la base de la forte hausse de ces cours dans le monde entier, ont indiqué un groupe d'économistes du ministère de l'agriculture à America.gov, le 23 juin.
Ce groupe comprend le directeur et économiste en chef du service agricole pour l'étranger, M. Michael Dwyer, le directeur adjoint de ce service, M. Daniel Whitley, et un économiste spécialisé dans le domaine agricole, M. Hui Jang.
Selon M. Dwyer, normalement le système international est assez dynamique pour absorber un ou deux chocs simultanés, mais le nombre de facteurs en jeu à l'heure actuelle empêche le système d'y faire face, et les prix augmentent considérablement.
M. Dwyer et ses collègues ont fait état des six facteurs suivants.
1) La hausse des cours du pétrole a entraîné l'accroissement des prix des pesticides, des engrais et des herbicides, qui sont tous à base de pétrole, ainsi que l'augmentation du coût de transformation des matières premières et celle des frais de transport, qui ont un effet direct sur les frais d'expédition à l'étranger des céréales. « À l'heure actuelle, a dit M. Dwyer, il faut compter environ 130 dollars par tonne pour envoyer une tonne de maïs de La Nouvelle-Orléans en Asie, ce qui représente une hausse considérable par rapport aux années antérieures. Lorsque les agriculteurs doivent payer davantage pour acheter des engrais et d'autres produits nécessaires à la production, il s'ensuit que l'accroissement du prix des céréales ne constitue pas un bénéfice net pour le producteur puisque ses frais ont aussi augmenté. »
Par ailleurs, a-t-il dit, il est erroné d'attribuer en grande partie la hausse des prix à la politique des États-Unis visant à encourager la transformation en biocarburant (éthanol) d'une partie du maïs cultivé dans le pays. Cette politique fait la une de la presse dans le monde entier, mais c'est à tort selon lui qu'un grand nombre de journaux lui impute la forte hausse du cours du maïs et d'autres céréales de ces dix-huit derniers mois.
« Nous ne nions pas que la production de l'éthanol joue un certain rôle à cet égard, a-t-il admis. Ce que nous disons c'est que la question est quelque peu plus complexe que cela. » Cette année, a-t-il indiqué, un tiers de la production américaine de maïs est consacré à la production d'éthanol.
2) La demande de produits alimentaires a fortement augmenté, en particulier en Chine, en Inde, dans des pays de l'Asie du Sud-Est, en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient. Alors que la classe moyenne des pays en développement prend de l'ampleur, ses membres souhaitent consacrer une plus grande partie de leur nouveau revenu à la nourriture. Il s'ensuit que la demande de produits alimentaires s'accroît rapidement.
3) Le dollar est à son niveau le plus bas depuis trente ans. « Toutes les fois que le dollar baisse, le prix des matières premières négociées en dollars tend à augmenter », a fait remarquer M. Dwyer. Tout comme le pétrole, la plupart des céréales sont vendues en dollars dans le monde entier, ce qui tend à contribuer à la hausse des prix quand le dollar est faible.
4) Les intempéries ont réduit les récoltes à travers le monde, en particulier la récolte de blé en Australie. L'Union européenne, le Canada et des pays d'Europe orientale ont également connu une baisse de leur production agricole ces deux dernières années. Toutes les fois que les stocks sont faibles et que la demande est élevée, il est inévitable qu'il y ait une hausse des prix.
5) Pour empêcher la hausse des prix des produits alimentaires dans leur territoire, un certain nombre de pays ont restreint ou supprimé leurs exportations de produits agricoles, en particulier celles de riz. Le ministère de l'agriculture estime qu'il y a suffisamment de riz dans le monde pour satisfaire la demande. Toutefois, les mesures prises par certains pays ont créé des problèmes logistiques et suscité une augmentation considérable des prix. M. Dwyer a souligné que les États-Unis n'avaient pas limité leurs exportations de produits agricoles.
6) Les investisseurs s'intéressent de plus en plus au pétrole et aux matières premières. Sur le marché pétrolier, près de 70 % des opérations à terme, contre 30 % par le passé, sont effectuées par des investisseurs qui n'ont nullement l'intention d'en recevoir livraison. « Nous ne disposons pas de statistiques comparables pour les céréales, mais on peut dire qu'un grand nombre des fonds indiciels de placement achètent toutes ces céréales, a-t-il dit. Les investisseurs jouent un rôle bien plus grand sur les marchés de céréales, ce qui est inquiétant car ils ont une influence excessive sur les prix. »
Par ailleurs, M. Dwyer a indiqué que la situation actuelle en ce qui concerne l'offre et la demande montre que les prix doivent être plus élevés qu'ils ne l'étaient. La question est de savoir si le prix du boisseau de soja doit être de 15 dollars au lieu de 6 dollars comme auparavant, et de même pour le blé et le maïs.
Pour sa part, M. Whitley a fait remarquer que les grandes exploitations agricoles, qui étaient les principales productrices des céréales vendues sur le marché mondial, dépendaient fortement de produits à base de pétrole, qu'il s'agisse de carburants pour leurs tracteurs et autres machines agricoles ou des engrais et des pesticides.
À cela M. Jiang a ajouté que les pays à marché émergent avaient augmenté à peu près simultanément leur consommation de pétrole, de gaz naturel et d'électricité.
Comme ils l'ont indiqué récemment à la réunion de la FAO à Rome, a dit M. Whitley, les États-Unis ont adopté une stratégie à trois volets pour contribuer à enrayer la crise alimentaire dans le monde.
Premièrement, ils apportent une aide humanitaire immédiate, de courte durée et aussi de longue durée, à ceux qui souffrent de la faim en raison de la hausse des prix des produits alimentaires.
Deuxièmement, ils continueront d'œuvrer, dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce, en faveur de l'aboutissement des négociations de Doha relatives au secteur agricole. Ces négociations portent sur la mise en place de disciplines en matière de restriction à l'exportation de produits alimentaires ainsi que sur l'abaissement des droits de douane applicables aux produits agricoles, ce qui permettrait aux producteurs d'avoir un plus grand accès aux marchés.
Troisièmement, ils continueront d'apporter une assistance technique aux pays en développement et d'encourager le recours aux techniques qui accroissent sans risque les rendements agricoles.