03 juin 2008
Malgré sa présence en Birmanie depuis dix ans, elle se heurte à des restrictions.

Washington - Alors que les organisations internationales ont encore beaucoup de mal à livrer des secours aux sinistrés de la Birmanie, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-rouge (FISCR) a pu visiter la région du delta de l'Irrawaddy, la région du pays la plus dévastée par le cyclone Nargis. Mme Bridget Gardener, chef de la délégation de la FISCR à Rangoun, a été la première responsable étrangère à être autorisée à se rendre sur place. Elle y a passé trois jours et a qualifié la situation d'accablante.
Elle a par exemple appris que, durant le cyclone, des gens s'étaient accrochés à des arbres pour tenter de résister au vent. Ce faisant, ils avaient littéralement été décapés par les vents chargés de poussières et d'eau salée, perdant ainsi la couche supérieure de la peau. « Il est important de soigner ces blessures, avant que les infections ne se propagent. »
Mais même avant la visite de Mme Gardener, quatre jours après le cyclone, la Croix-Rouge était autorisée à expédier des fournitures. Ces vols ont continué chaque jour, essentiellement à partir du centre logistique du groupe à Kuala Lumpur, en Indonésie. Au 16 mai, il y avait cinq vols par jour.
Pendant ce temps, d'autres donateurs, y compris les États-Unis, ont été autorisés à livrer des secours par avion. (Sur les 18 millions de dollars, en gros, que les États-Unis ont réservés aux secours, un million a été versé à la Croix-Rouge internationale.)
La lenteur de l'organisation des secours fait que la majorité des quelque 2,5 millions de sinistrés n'ont pas reçu d'aide.
En privé, les responsables de la Croix-Rouge internationale attribuent leur succès relatif à leur présence depuis une décennie en Birmanie. Ce groupe collabore en effet depuis des années avec la société de la Croix-Rouge de Birmanie et, de plus, dans la plupart des pays, la Croix-Rouge nationale est dirigée par des personnes proches du pouvoir.
Tout aussi important est le fait que la Croix-Rouge internationale, contrairement à l'Organisation des Nations unies, qui prend des positions politiques, limite ses interventions à l'aide aux victimes de catastrophes.
Mais tout comme d'autres organisations caritatives, la Croix-Rouge internationale n'a pas réussi à dépêcher sur le terrain les experts dont elle a besoin. « Nous avons des gens bloqués à Bangkok parce qu'ils n'ont pas de visa », a déclaré Flemming Nielsen, le responsable de la coordination des opérations.
La Croix-Rouge internationale a réussi à expédier deux unités de purification d'eau afin de répondre au besoin le plus pressant : fournir de l'eau potable aux survivants. Malheureusement, la plus puissante, envoyée par la Croix-Rouge française et capable d'alimenter 40.000 personnes, est restée en attente pendant des jours pendant que les autorités birmanes préparaient les visas pour les techniciens responsables du fonctionnement de ces unités.
Sous l'effet de la pression internationale, le gouvernement militaire birman commence à laisser entrer sur son territoire des quantités plus importantes de fournitures et un nombre limité d'agents humanitaires. Mais les organisations caritatives affirment que cela ne suffit pas et craignent la survenue d'une « seconde catastrophe » du fait que les survivants qui n'ont pas reçu d'aide risquent de mourir de faim et de maladies. Tant les Nations unies que la Croix-Rouge internationale estiment que cette « seconde catastrophe » pourrait faire plus de 100.000 victimes.
Durant le week-end du 31 mai au 1er juin, les autorités birmanes ont emmené plusieurs diplomates étrangers, dont le chef adjoint de l'ambassade des États-Unis à Rangoun, Shari Villarosa, visiter les zones les plus durement touchées. Le département d'État a déclaré que cette visite avait souligné la nécessité urgente de garantir aux spécialistes de l'aide humanitaire un accès illimité et sans entraves aux zones sinistrées afin qu'ils puissent évaluer indépendamment les dégâts et organiser des réseaux de distribution capables de répondre aux énormes besoins.
Deux semaines après le passage du cyclone, la Birmanie a accordé des visas à certains experts onusiens de la logistique et du secours aux victimes de catastrophes. Elle permettra en outre à 160 experts du Bangladesh, de la Chine, de l'Inde et de la Thaïlande de pénétrer sur son territoire. Toutefois, il n'est pas certain que ces étrangers soient autorisés à se rendre dans la zone du delta de l'Irrawaddy.
Cette situation donne une idée du rôle que peut jouer la politique dans la réaction aux catastrophes naturelles.
Lors d'une réunion organisée par le secrétaire général de l'ONU à New York le 14 mai, le représentant de la Birmanie, Kyaw Tint Swe, a déclaré que son pays était prêt à accepter plus d'aide de l'étranger, mais a souligné que la crise ne « devait pas être politisée ».
Certains experts interprètent la prudence des autorités birmanes dans le contexte de l'isolement de longue date de la Birmanie au sein de la communauté internationale. Selon eux, il se peut qu'elles refuseraient l'aide des Nations unies et de plusieurs pays occidentaux qui auraient auparavant condamné les violations des droits de l'homme par les membres de la junte militaire.
M. Jean-Luc Maurer, professeur et spécialiste de la Birmanie à l'Institut de hautes études internationales et du développement (Genève), a déclaré que le gouvernement birman était « presque paranoïaque » au sujet de toute ingérence dans ses affaires intérieures.
En se chargeant eux-mêmes de la distribution de l'aide, a-t-il ajouté, les pouvoirs publics peuvent « sauver la face et faire croire que ce sont eux qui aident la population ».