29 septembre 2009

Par Richard Odingo
Richard Odingo est vice-président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), organisme des Nations unies couronné du prix Nobel. Spécialiste kényan en climatologie, il est professeur au département de géographie de l'université de Nairobi.
Au Kénya, comme dans de nombreux autres pays africains, la survie économique exige des actions concertées pour s'attaquer aux problèmes environnementaux liés au climat, qui vont de sécheresses graves à des inondations non moins graves. M. Odingo examine certains de ces problèmes et avance quelques solutions.
Comme beaucoup de petits pays africains, le Kénya est sujet, dans le court terme, aux aléas de la variabilité climatique et, dans le long terme, au changement climatique. Quasiment aucun secteur de l'économie kényane n'est épargné : celui de l'énergie dépend trop de l'hydroélectricité pour le secteur moderne et de la biomasse pour le secteur rural ; l'agriculture et la production alimentaire souffrent de fréquentes crises d'insécurité alimentaire provoquées par le climat et il y a de graves pénuries d'eau dans les zones rurales et urbaines. Des systèmes d'alerte précoce sont en place mais l'absence de réactions appropriées et en temps voulu a causé de nombreux problèmes : crises de l'approvisionnement électrique débouchant sur un rationnement, famines obligeant le pays à faire appel à l'aide alimentaire internationale, et insécurité rurale causée par l'inadéquation des ressources en eau et en pâturages pour les populations pastorales nomades. Dans ces secteurs critiques, le gouvernement a toujours recours à une gestion de crise pour réagir aux menaces climatiques. Une grave sécheresse et une pénurie alimentaire suivies par de fortes chutes de pluie dues à un phénomène de type El Niño et causant des inondations, comme cela est arrivé en 1997-1998, entraînent souvent un effondrement du produit intérieur brut pouvant aller jusqu'à 20 %. Face à une vulnérabilité aussi évidente, des efforts concertés de planification s'imposent, afin d'éviter les désastres causés par les sécheresses et les inondations. Hélas, on n'en trouve pas de trace.
Le fait le plus inquiétant est que, malgré la disponibilité d'informations sur le climat, notamment les alertes précoces lancées par le FEWSNET de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), il a fallu longtemps aux planificateurs économiques pour reconnaître les dangers et pour éviter le recours à la sempiternelle gestion de crise. On voit la preuve manifeste de cette réticence à tenir compte du changement climatique dans le document de planification du développement économique « Vision 2030 » où ce phénomène est pratiquement ignoré. De même, les planificateurs agricoles en sont toujours à réagir de manière ponctuelle aux informations concernant la variabilité annuelle des précipitations et n'ont pas encore commencé à penser à l'impact progressif du changement climatique. Ce dernier et le réchauffement planétaire sont mentionnés comme constituant des problèmes à terme pour l'économie mais ils ne sont pas pris en compte dans les scénarios 2030.
Or, selon le quatrième rapport d'évaluation du GIEC publié en 2007, d'ici à 2030, les premiers effets du changement climatique seront manifestes dans la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne. Le Kénya et la majorité des pays de la Corne de l'Afrique sont très sensibles aux changements climatiques. Compte tenu des ravages causés par la variabilité et les changements climatiques, il est pratiquement impossible de garantir une croissance économique soutenue de 10 % par an comme le prévoient les projections de Vision 2030. Le Kénya dépend de ses ressources hydrauliques pour sa production d'électricité mais l'hydroélectricité est extrêmement vulnérable au changement climatique. Avec l'assèchement des cours d'eau et la disparition des glaciers du mont Kénya, l'eau requise pour la production électrique ne sera plus au rendez-vous. La chute des rendements agricoles attribuable aux sécheresses est une autre source de préoccupation majeure. À mesure que le réchauffement s'accélère, les conditions de crise vont se manifester davantage. Le stress hydrique va augmenter de manière géométrique dans les régions arides et semi-arides.
Le gouvernement ne prend pas suffisamment au sérieux les conséquences des changements climatiques voire ne prend même pas en considération leurs effets sur le processus du développement. La sécurité alimentaire s'en trouve menacée ainsi que les perspectives de l'autosuffisance de la production vivrière. L'économie souffre déjà des aléas climatiques et le pays n'a toujours pas élaboré de plan de repli soigneusement pensé. Le Kénya passe pour l'une des principales économies en développement de l'Afrique subsaharienne mais la production à grande échelle de café et de thé s'est développée aux dépens de la production vivrière ; s'agissant de la production de produits alimentaires et de l'élevage, la recherche de l'autonomie a été négligée.
La sécheresse qui sévit maintenant au Kénya, la deuxième en deux ans, n'est qu'une petite manifestation d'une des pires situations jamais connues. Plus de 4 millions de personnes risquent de souffrir de la pénurie alimentaire, ce qui montre à l'évidence la fragilité du système de production alimentaire. La sécheresse a été aggravée par d'importantes pénuries d'eau pour la population tant rurale qu'urbaine et pour le cheptel - qui, en outre, souffre du manque de pâturages. La mortalité du cheptel est à son point le plus haut des 20 dernières années et la croissance économique va se trouver déprimée à 2 % ou moins.
Le Kénya a besoin de l'aide des pays développés pour élaborer une meilleure planification agricole et un développement énergétique dépendant moins de l'hydroélectricité et davantage des sources renouvelables d'énergie. Il a besoin d'une planification économique plus réaliste et d'un financement approprié pour aider les communautés agricoles et pastorales à faire face aux sécheresses. Il doit promouvoir des filets de sécurité pour l'alimentation, l'agriculture et l'élevage. Il aurait tort de voir dans les importations d'aliments une manière de s'en sortir. Il doit tenir compte de l'importance économique des changements climatiques dans sa planification financière et dans ses programmes de développement.
L'eau doit être une priorité. Des investissements dans la collecte de l'eau à tous les niveaux permettraient permettre d'arriver à une meilleure gestion de l'environnement et de stopper la déforestation et la perte de végétation, ce qui contribuerait à ralentir l'avancée des changements climatiques. À l'international, le Kénya aurait avantage à collaborer. Des transferts de technologie et un financement adéquat au niveau national et international pour réduire la vulnérabilité aux changements climatiques pourraient faire de l'adaptation une réalité. Améliorer la productivité des zones pastorales et intégrer la population pastorale dans l'économie nationale renforceraient l'autosuffisance. Dans les bonnes années, le Kénya peut produire suffisamment de nourriture pour sa population - qui dépasse aujourd'hui les 35 millions d'habitants. À mesure que le temps passera, les défis des changements climatiques vont devenir de plus en plus difficile à relever. Il n'y a pas de solution miracle ; seule une planification économique solide peut donner au gouvernement les moyens de faire face à la crise des changements climatiques.
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Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.