10 septembre 2009

Washington – La dégradation des mangroves, qui constituent l’habitat principal de nombreuses espèces de poissons et de crustacés dans les pays tropicaux d’Afrique, comme le Mozambique et Madagascar, risque de priver de leur gagne-pain des pêcheurs déjà sans grande ressource, mais une chercheuse de la NASA s’emploie à permettre de remédier à cette situation.
Spécialiste de l’écologie au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA, l’agence spatiale des États-Unis, Mme Lola Fatoyinbo poursuit des travaux qu’elle a entamés alors qu’elle était étudiante dans une université américaine ; son but est de recueillir autant de données que possible sur les mangroves et de déterminer l’étendue exacte de leur rôle dans l’environnement, indique la NASA dans un communiqué publié à ce sujet.
Mme Fatoyinbo a grandi à Cotonou (Bénin), où elle a pu observer la dégradation des mangroves due à la pollution et également à l’abattage des palétuviers pour faire place à de nouvelles constructions. Une telle destruction non seulement menace la sécurité alimentaire et l’économie des pays africains, mais elle contribue au réchauffement de la planète tout en réduisant sa biodiversité.
Les mangroves, qui constituent l’écosystème le plus courant dans les littoraux marins tropicaux et sous-tropicaux, jouent un rôle essentiel, notamment dans les pays en développement très peuplés, dans divers domaines dont la riziculture, la pêche, l’aquaculture et, de plus en plus souvent, l’écotourisme ; elles fournissent aussi du gros bois d’œuvre et du bois à brûler. Elles offrent une certaine protection contre les dégâts causés par les tempêtes, les vents forts et les inondations, et leurs racines denses réduisent l’érosion du littoral tout en empêchant les débris de s’incruster.
Les marais à mangrove ont aussi un effet direct sur le climat parce qu’ils absorbent le gaz carbonique de l’atmosphère (environ 112 kilogrammes par hectare par jour) dans une proportion comparable à celle des forêts tropicales.
Les palétuviers, qui dominent dans les mangroves, sont des arbres résistants capables de s’adapter à des conditions extrêmes, notamment la grande chaleur, une salinité élevée et des terres marécageuses. Le déboisement qui se poursuit pour faire place à l’agriculture et au développement urbain et la pollution causée par le déversement de produits pétroliers et d’eaux usées toxiques menacent la survie de ces arbres et celle des plus de 1.300 espèces animales dont ils constituent l’habitat.
Le retour à ses origines
Les études de Mme Fatoyinbo l’ont ramenée en Afrique où elle a fait l’essai d’une nouvelle technique satellitaire visant à mesurer l’étendue, la hauteur et la biomasse des mangroves. Cette technique, qui peut être utilisée dans tout le continent à la place des autres moyens plus coûteux et moins fiables de mesure sur le terrain, a récemment donné ce qu’elle pense être la première évaluation complète de l’état actuel des mangroves du continent africain.

En collaboration avec son collègue Marc Simard, du JPL, elle a utilisé des images prises par le satellite Landsat de la NASA et un logiciel complexe qui utilise des couleurs différentes pour faire ressortir les mangroves et les distinguer des autres forêts, des zones urbaines et des champs agricoles. Mme Fatoyinbo et M. Simard ont également incorporé des données recueillies par la Mission de topographie par radar de la navette de la NASA pour créer des cartes en relief montrant la hauteur du couvert forestier. Puis, ils les ont combinées à des observations très précises obtenues à l’aide d’un instrument de télédétection par laser aéroporté à bord du satellite ICESat de la NASA, ce qui leur a permis d’arriver à des estimations plus exactes de la hauteur du couvert forestier.
Ces mesures ont permis d’établir trois nouveaux genres de cartes montrant les caractéristiques des mangroves : des cartes continentales indiquant les superficies qu’elles couvrent, une carte tridimensionnelle montrant la hauteur du couvert forestier et des cartes de la biomasse qui permettent aux chercheurs d’estimer la quantité de gaz carbonique absorbé par ces forêts.
« Pour autant que je le sache, cette étude est la première qui ait conduit à une représentation cartographique complète des mangroves de l’Afrique. Elle fournit un ensemble étendu de données qui serviront de base historique pour surveiller l’évolution de ces forêts et prévenir leur dégradation », a dit M. Assaf Anyamba, spécialiste de la cartographie de la végétation à l’université du Maryland, qui travaille actuellement au Centre Goddard des vols spatiaux de la NASA à Greenbelt (Maryland).
Mme Fatoyinbo s’est rendue en Afrique pour vérifier l’exactitude des mesures satellitaires ; elle a mesuré la hauteur des arbres et le diamètre de leurs troncs. Au Mozambique, elle a ainsi pu confirmer que les données satellitaires et leur analyse avaient permis d’arriver à des évaluations très exactes de la taille des mangroves.
« Au-delà de la densité ou de l’étendue géographique de ces forêts, les nouvelles données que nous avons obtenues nous indiquent la structure même de ces mangroves », a-t-elle expliqué. C’est cette structure, le type de ces forêts, qui détermine ce que font les responsables de la gestion des ressources naturelles. Décideront-ils de couper des arbres pour faire place à l’agriculture ou de les protéger comme habitat nécessaire à la faune et à l’homme ?
En Amérique du Nord, les mangroves se trouvent surtout dans les Everglades, une région de la Floride dont une grande partie forme le Parc national des Everglades, établi en 1947. Ce parc fait partie du Réseau mondial de réserves de biosphère ; on y trouve plus de 300 espèces d’oiseaux, de même que des alligators, des lamantins et des panthères.
« Les plus grandes mangroves des États-Unis, les Everglades de Floride, sont en grande partie protégées et reconnues comme étant une ressource naturelle menacée, a dit Mme Fatoyinbo. Toutefois, dans beaucoup d’autres pays, les responsables de la gestion des ressources naturelles n’ont pas les moyens de surveiller les mangroves et de lutter contre leur exploitation. Une meilleure surveillance conduira, du moins je l’espère, à une meilleure gestion et à une meilleure protection de celles-ci. »
Les données obtenues par satellite à titre gratuit pourraient permettre de réduire les problèmes financiers, logistiques ou politiques qui empêchent souvent de protéger les mangroves. C’est pourquoi M. Anyamba et Mme Fatoyinbo tentent actuellement de persuader le Programme des Nations unies pour l’environnement et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) d’inclure les données recueillies pour cette étude dans leurs évaluations écologiques.
La nouvelle technique est également différente du fait « qu’elle constitue un excellent exemple de la manière dont il est possible d’avoir recours à différentes technologies de télédétection pour répondre à des questions scientifiques et sociales à l’échelle mondiale », a fait remarquer M. Anyamba.
Le présent article se fonde sur un communiqué de presse de la NASA rédigé par Mme Gretchen Cook-Anderson.