Environnement | Protéger les ressources naturelles

12 mai 2009

Les sécheresses prolongées n'ont rien d'exceptionnel en Afrique de l'Ouest

De récentes recherches ont prouvé leur fréquence sur trois millénaires.

 
arbres immergés
Des arbres immergés dans 15-20 mètres d'eau permettent de mesurer les sécheresses passées. (Photo J.T. Overpeck et W. Wheeler)

Washington - La longue sécheresse qui a commencé dans les années 1960 en Afrique de l'Ouest n'a rien d'anormal si on la compare avec celles que la région a subies au cours des trois derniers millénaires.

Une analyse des sédiments d'un lac de cratère au Ghana révèle en effet plusieurs périodes de sécheresses prononcées et étendues sur plusieurs décennies tout au long des trois mille dernières années. Les résultats de cette analyse ont été publiés dans le numéro du 17 avril de la revue Science.

« Ce qui est déconcertant à propos de ces travaux, c'est qu'ils laissent entendre que, dans le contexte de l'histoire géologique de l'Afrique de l'Ouest, la récente sécheresse enregistrée a été relativement clémente », a affirmé le géologue Timothy Shanahan, auteur principal de l'étude, dans un communiqué de presse publié en avril.

La sécheresse la plus récente analysée dans l'étude a duré plus de trois siècles, de 1400 à 1700. « Si l'on passait à l'une de ces sécheresses, ça serait beaucoup plus grave et les populations auraient beaucoup de mal à s'adapter au changement », ajoute M. Shanahan.

L'analyse des sédiments a en outre révélé que les sécheresses de l'Afrique occidentale ont eu lieu durant des périodes relativement chaudes ou relativement froides de l'histoire de la Terre. La grande sécheresse la plus récente a coïncidé avec le Petit Âge glaciaire qui a duré de 1400 à 1850, lorsque les températures de l'hémisphère Nord étaient plus basses qu'elles ne le sont actuellement.

Les scientifiques ne peuvent pas encore prédire comment le changement climatique va modifier la fréquence ou la durée des futures sécheresses, a déclaré le géologue Jonathan Overpeck, coauteur de l'étude, à America.gov. « Nous pouvons être sûrs que les sécheresses vont perdurer et affirmer que des phénomènes durant des décennies sont une source rationnelle d'inquiétude. »

Alors que les températures, à l'échelle mondiale, augmentent, les sécheresses vont se développer dans des conditions plus chaudes, touchant plus gravement la végétation naturelle, l'agriculture, et les ressources d'eau. « Certaines études laissent entrevoir plus de sécheresse, d'autres moins. Mais il serait illogique de parier sur la disparition des phénomènes de sécheresse de la région. »

Se préparer aux futures sécheresses

coupe de sédiments d'un lac
Une analyse des sédiments d'un lac de cratère au Ghana révèle plusieurs périodes de sécheresses prononcées depuis trois millénaires.

Selon M. Overpeck, si l'adoption immédiate de mesures pour réduire le réchauffement de la planète aidera sans doute à limiter les effets de futures sécheresses, cela ne suffira pas à réduire la souffrance humaine et les difficultés économiques. « Nos travaux montrent clairement que nous devons nous attacher à aider les populations de l'Afrique subsaharienne à mieux résister à la sécheresse et à ses conséquences. »

Il souligne ensuite que les États arides du sud-ouest des États-Unis sont un modèle de la façon dont les scientifiques peuvent coopérer avec des entités locales pour concevoir et mettre en œuvre des plans de préparation à la sécheresse.

Dans ces régions, en effet, des scientifiques coopèrent avec des responsables de la gestion de l'eau, des forêts, des incendies et des parcs naturels, ainsi qu'avec des agriculteurs et des éleveurs, afin de déterminer quelles seraient les études climatiques les plus utiles et comment utiliser au mieux ce que l'on sait déjà sur le changement climatique. Ce groupe, appelé Climate Assessment for the Southwest (CLIMAS), considère que la communication avec les résidents locaux est cruciale, parce que ces derniers peuvent contribuer à créer des politiques aussi utiles, si ce n'est plus, que celles que proposent les scientifiques.

Lorsque la sécheresse a commencé en 1999 dans les États du sud-ouest, a expliqué M. Overpeck, CLIMAS « a joué un rôle important sur le plan de la conception et de la mise en œuvre d'un plan de lutte contre la sécheresse pour l'État de l'Arizona ».

Il pense qu'il faudrait faire la même chose en Afrique. Les scientifiques doivent établir des relations de confiance et de coopération avec les habitants, de façon que les collectivités soient prêtes à mettre en œuvre des plans visant à réduire leur vulnérabilité à la sécheresse. « Je pense que ce genre de chose ne peut pas se faire en une ou deux visites. Il faut une communication continue. »

Des plantes résistantes à la sécheresse

Pendant que les géologues tentent de prédire la fréquence et la gravité des futures sécheresses, les biologistes recherchent des moyens de créer des plantes plus résistantes à ce phénomène. Une équipe internationale de scientifiques a découvert un gène qui améliore la tolérance des plantes au manque d'eau. Les résultats des travaux de cette équipe, qui seront publiés dans le numéro du 22 mai de la revue Science, laissent entrevoir le jour où l'on pourra utiliser les éléments chimiques qui activent ce gène pour améliorer les rendements agricoles en période de sécheresse.

« Je suis convaincu qu'une contribution chimique au règlement du problème de la sécheresse est envisageable », a déclaré le maître de recherche Sean Cutler, un biologiste de l'université de Californie à Riverside. « Toutefois, tant que nous n'aurons pas les bonnes molécules à notre disposition, je ne peux rien affirmer. »

Il souhaite que les responsables politiques fassent de cette stratégie une priorité. « Les ressources consacrées à la biologie végétale sont très maigres », a dit M. Cutler à America.gov. « J'aimerais voir la mise au point de ce type de molécules devenir une grande priorité des agences de financement. »

Quant à la concurrence d'autres chercheurs, il l'appelle de ses vœux. « Je me réjouirais de voir d'autres scientifiques essayer d'atteindre ce but, et même de me battre sur la ligne d'arrivée. Je pense que c'est un problème énorme et que nous avons besoin de voir des armées de laboratoires rechercher une solution. »

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?