11 mai 2009
Patrick Crow
Les compagnies pétrolières financent des campagnes de publicité de grande envergure suggérant à leurs consommateurs d'utiliser moins d'énergie. Il est inhabituel de voir une société implorer ses clients d'utiliser moins du produit qu'elle vend, mais cela montre bien que tous les grands acteurs du secteur énergétique prennent au sérieux les questions d'efficacité et d'économie d'énergie.
Patrick Crow a couvert le Congrès et les agences fédérales des États-Unis pendant 21 ans pour un magazine du secteur du pétrole et du gaz. Aujourd'hui installé à Houston (Texas), il écrit en free-lance sur les secteurs de l'énergie, des produits chimiques et de l'eau.
Les grandes compagnies pétrolières et gazières des États-Unis sont dans le commerce de l'énergie mais, aujourd'hui, elles demandent à leurs clients d'en consommer moins.
Elles utilisent toute une gamme d'outils de relations publiques - discours, publicités, groupes de pression, et dons - dans des campagnes soulignant qu'elles sont en faveur de l'efficacité énergétique. Bien qu'elles prônent l'efficacité depuis longtemps, leurs voix se sont faites plus fortes et plus insistantes, et elles sont plus déterminées à être considérées comme des alliées des consommateurs dans la lutte contre la hausse des prix.
Elles prônent moins l'économie réfléchie (qui consiste à baisser la température du thermostat et à mettre un pull-over) que l'efficacité (qui consiste à utiliser une chaudière moins gourmande en énergie).
Carol Werner, de l'Environmental and Energy Study Institute, a confié à eJournalUSA que la hausse brutale des prix du brut était pour beaucoup dans ce mouvement. « Une vague d'indignation s'est soulevée l'an dernier (2008) contre les compagnies pétrolières lorsque les prix ont flambé et ont propagé une onde de choc dans toute l'économie. Parler de la réduction de la consommation énergétique était une façon pour les compagnies de détourner une partie de cette colère. »
Si la multiplication des campagnes de sensibilisation du public a semblé suivre la hausse des prix du pétrole brut, qui est passé de 60 dollars le baril au milieu des années 70 à un pic de 147 dollars au milieu de 2008, la chute du prix à moins de 100 dollar le baril n'a pas ralenti le rythme de ces campagnes.
« Ces compagnies sont sans cesse en train de se réinventer et elles veulent être impliquées dans le développement des nouvelles technologies », déclare Larry Goldstein, analyste de la Energy Policy Research Foundation. Il explique que les compagnies pétrolières modifient leurs plans d'entreprise en fonction de l'évolution de la conjoncture. « Elles doivent travailler dans un monde qui est définit pour elles ; elles ne peuvent pas le définir elles-mêmes. »
Mme Werner précise que les compagnies pétrolières se sont converties à l'économie d'énergie lorsqu'elles ont essayé de réduite les coûts d'exploitation de leurs plateformes de forage, pipelines et raffineries voraces en énergie. « Plus les compagnies peuvent réduire leur consommation, meilleurs sont leurs résultats financiers. De plus, cela leur permet de réduite leur empreinte carbonique, leurs propres émissions de gaz à effet de serre. »
Les compagnies ont tiré les leçons de leur expérience et constitué des filiales qui vendent leur savoir-faire aux entreprises qui doivent améliorer leur efficacité. Steven Nadel, directeur exécutif de l'American Council for an Energy-Efficient Economy, explique : « Elles se considèrent comme des compagnies de l'ensemble du secteur énergétique et elles ne veulent pas se limiter au seul pétrole. »
Les efforts de sensibilisation sont aussi une conséquence des erreurs de communication du passé, selon John Hofmeister, responsable de l'association Citizens for Affordable Energy (Citoyens pour une énergie abordable). président de Shell US de 2005 jusqu'à l'an dernier, il rappelle que dans les années 90 et au début des années 2000, les compagnies pétrolières ont failli dans leur tâche de sensibilisation du public et des politiciens à la contraction de l'offre d'énergie, perdant ainsi leur confiance.
Pour M. Goldstein, les promotions des compagnies pétrolières sont un signe de la concurrence qu'elles se livrent entre elles pour obtenir des parts de marché, comme les babioles de verre qu'elles offraient aux conducteurs qui achetaient leur essence pendant les années 60. « Elles essaient toutes d'être « vertes » parce qu'elles pensent que c'est ce que le consommateur attend d'elles. Ce n'est pas seulement pas souci d'économie d'énergie, mais parce que les pressions publiques et politiques sont fortes. Aujourd'hui, personne ne peut se permettre de dire « non » aux économies d'énergie et à l'efficacité. »
Le Congrès a adopté une autre approche en la matière. Plus tôt cette année, dans la Loi sur la relance et le réinvestissement, il a inclus toute une gamme de mesures visant à inciter les consommateurs, les hommes d'affaires et les gouvernements à investir dans des technologies et des stratégies visant à extraire une plus grande productivité de chaque dollar consacré à l'énergie.
Et cette loi n'est peut-être pas son dernier mot sur la question. Le Congrès pourrait revenir sur l'efficacité lors de son examen, plus tard dans cette session, de divers projets de loi sur le réchauffement de la planète et l'énergie.
Pour le magnat texan du pétrole T. Boone Pickens, l'efficacité énergétique consiste à utiliser le carburant approprié de manière adéquate. Il suggère que les États-Unis utilisent plus d'énergie solaire et éolienne pour produire de l'électricité, réduisant ainsi les besoins de gaz naturel. L'excédent de ce dernier pourrait servir à remplacer le diesel utilisé par les poids lourds, ce qui permettrait de réduire la demande de pétrole importé. Sur son site Internet, M. Pickens explique que cette stratégie « nous donnerait le temps d'élaborer de nouvelles technologies permettant, à terme, de remplacer les combustibles fossiles ».
À Washington, le partisan le plus influent de l'efficacité énergétique et des combustibles de substitution est le président Barak Obama qui a déclaré : « Mon gouvernement aura pour politique d'éliminer notre dépendance envers le pétrole étranger et d'élaborer une nouvelle économie en matière d'énergie qui créera des millions d'emplois. »
Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis.