Environnement | Protéger les ressources naturelles

11 mai 2009

Une révolution énergétique menée par le peuple

 
Agrandissement
Un professeur et des étudiants travaillent sur un ordinateur (Oberlin College)
John Petersen (à gauche) et des étudiants mesurent la consommation d'électricité indiquée par la « sphère énergétique » (à droite).

Elisa Wood

La politique du gouvernement visant à promouvoir une plus grande efficacité énergétique a une portée limitée. Les vraies avancées doivent venir des consommateurs individuels. La prise de conscience de l'utilisation extravagante de l'énergie a amené les citoyens à adopter des mesures novatrices de renforcement de l'efficacité dans diverses sphères de leur vie.

 

Elisa Wood, une rédactrice qui réside aux États-Unis, est spécialiste des questions d'énergie. Ses articles sont disponibles sur le site www.RealEnergyWriters.com

Plus qu'aucun autre facteur, c'est la flambée des prix qui pousse les consommateurs à réduire leur consommation d'énergie. Alors, comment peut-on les encourager à l'économie lorsqu'ils n'ont pas à payer la facture ?

John Petersen, directeur du programme d'études environnementales d'Oberlin College (Ohio), a dû s'attaquer à ce problème lorsqu'il a lancé un projet visant à réduire la consommation électrique dans les dortoirs du collège. Il a trouvé la solution dans une boule de cristal.

M. Petersen a lancé un concours pour voir quel dortoir pourrait réduire le plus sa consommation d'électricité. Au départ, le collège a créé un site Web sur lequel les étudiants pouvaient suivre la consommation énergétique de leur dortoir grâce à des diagrammes et des graphiques en couleur. Mais M. Petersen s'est vite rendu compte que cette approche trop technique n'était pas du goût de tous les étudiants. Alors, il a conçu une « sphère énergétique » semblable à une boule de cristal qui brillait continuellement de différentes couleurs en fonction de la consommation énergétique du dortoir. Il a placé des sphères dans les halls d'entrée des dortoirs : les étudiants pouvaient voir immédiatement si leur dortoir consommait beaucoup d'énergie lorsqu'elle était rouge, ou moins lorsqu'elle était verte.

« Cela a en tout cas délié les langues » raconte M. Petersen : « Les étudiants ont commencé à se rassembler autour des sphères pour en discuter » mais, surtout, ils se sont vraiment lancés à la chasse au gaspillage énergétique et les gagnants ont réussi à réduire leur consommation de plus de 50 %.

« Les étudiants dans les dortoirs gagnants sont allés jusqu'à débrancher les distributeurs automatiques » ajoute-t-il. « Avant, les étudiants passaient devant tous les jours, souvent plusieurs fois par jour. Avant le concours, je parie qu'aucun d'entre eux ne s'était inquiété de la consommation électrique parasitique de ces machines. »

Les étudiants se sont rendu compte « qu'ils vivaient dans un monde d'appareils dévorant de l'énergie. J'espère que c'est ce que nous sommes en train de faire : sensibiliser les gens au flux des ressources dont ils ont besoin pour vivre. »

Ce faisant, M. Petersen, scientifique spécialisé dans l'environnement, contribue à faire naître chez les Américains l'idée que l'économie d'énergie est la responsabilité de tout un chacun. En remplaçant les lampes à incandescence, en calfeutrant les fenêtres et en installant des compteurs « intelligents », les Américains écologistes contribuent à alimenter un boom d'efficacité énergétique de près de mille milliards de dollars qui, selon la Société américaine pour l'énergie solaire, crée plus de 8,6 millions d'emplois.

Là où souffle l'esprit…

Pour Sara Spoonheim, l'efficacité énergétique n'est pas seulement un résultat technique, c'est un acte spirituel. Elle est directrice adjointe de Faith in Place, une organisation qui part du principe que les membres de toutes les religions ont en commun deux grandes responsabilités : s'aimer les uns les autres et prendre soin de la création. Basée à Chicago (Illinois), l'organisation aide les assemblées chrétiennes, juives, musulmanes, hindoues, bouddhistes, sikhes, zoroastriennes, bahaïe et unitariennes à améliorer leur consommation énergétique.

Financé par des dons de fondations, de groupes religieux et d'individus, le programme cherche à maximiser le rapport coût-efficacité énergétique des groupes religieux impécunieux. À cette fin, Mme Spoonheim a aidé à lancer un magasin national en ligne, ShopIPL.org (http://www.shopipl.org), où les églises peuvent acheter à prix réduit des produits économes en énergie. Le magasin est parrainé par Interfaith Power and Light, organisation multiétatique affiliée à Faith in Place, qui encourage les communautés religieuses à prendre des mesures contre le réchauffement climatique.

Le dernier projet de Mme Spoonheim à Faith in Place consiste à aider les églises luthériennes à réduire leur empreinte carbonique. Par le truchement d'un programme surnommé Cool Congregations, elle les aide à remplacer les appareils qui dévorent de l'énergie, à installer des signaux de sortie équipés de LED, et à prendre d'autres mesures pour réduite leur consommation énergétique. « Elles nous ont autorisé à les utiliser comme cobaye, à nous laisser mener des expériences pour déterminer ce dont les églises ont besoin », précise-t-elle.

Les lieux de culte posent des problèmes particuliers en termes d'efficacité énergétique. Pour commencer, le sanctuaire n'est généralement utilisé qu'une fois par semaine, mais il peut abriter des instruments de musique qui ne peuvent supporter les variations extrêmes de température et d'humidité. Mme Spoonheim concentre ses efforts sur les parties du bâtiment qui sont fréquemment utilisées - abri pour sans domicile fixe, soupe populaire, école - où les mesures de renforcement de l'efficacité énergétique ont un maximum d'effet.

Faith in Place considère cette activité comme primordiale par rapport à l'action plus classique des organisations religieuses qui consiste à offrir de la nourriture, des vêtements et un abri. « Même si nous faisons cela et si nous aimons nos frères et nos sœurs de tout notre cœur, cela ne servira à rien si nous négligeons les conditions écologiques de notre planète, si belle, mais si fragile », affirme l'organisation.

Agrandissement
Une femme choisit des ampoules électriques dans un magasin (Alliance to Save Energy)
À Bâton-Rouge, Cathy Clites, militante en faveur de l'efficacité énergétique, achète des ampoules électriques économes en énergie.

Quand la voiture sert de générateur pour la maison

Lorsqu'une tempête de glace a causé une panne d'électricité de quatre jours à Harvard (Massachusetts), en décembre 2008, John Sweeney, ingénieur électricien, a donné un sens nouveau à l'expression « indépendance énergétique ».

Alors que ses voisins se blottissaient les uns contre les autres dans leurs maisons glaciales, M. Sweeney et sa famille étaient bien au chaud dans la leur parce qu'il avait transformé sa voiture hybride en un générateur électrique d'urgence.

M. Sweeney affirme que ce qu'il a fait n'a rien d'extraordinaire, mais il est vrai qu'il aime bricoler avec les appareils électriques depuis les années 70, lorsqu'en dernière année d'université, son projet de fin d'études a consisté à dessiner les plans d'une voiture hybride.

Aujourd'hui, il passe ses vacances d'été sur un voilier équipé de deux éoliennes qui chargent de gros accumulateurs qui alimentent le réfrigérateur, les lumières, l'ordinateur et les appareils électroniques de navigation. Chez lui, un compteur électrique pour toute la maison trône sur le comptoir de la cuisine. De petits compteurs mesurent en temps réel la consommation électrique des appareils électroménagers. Cela a encouragé toute sa famille à réduire la consommation et lui a permis d'économiser 40 dollars par mois sur la facture d'électricité.

Alors, lorsque le poids de la glace a fait tomber des kilomètres de lignes de transmission électrique en Nouvelle Angleterre, M. Sweeney a commencé à bricoler. Il s'est rendu compte qu'il avait, juste devant sa maison, une solution simple et rentable au problème de la panne d'électricité.

Il avait appris sur l'Internet que la Toyota Prius pouvait générer plus d'électricité qu'elle n'en consommait. Pour utiliser l'excédent, il avait besoin d'un convertisseur… or il en avait justement un dans son atelier. Il a connecté le convertisseur directement sur la batterie de la voiture, a fait courir une rallonge de la voiture à la maison et y a branché le réfrigérateur, le congélateur, le ventilateur du poêle à bois, la télévision et plusieurs lampes.

Parce que la voiture était hybride, elle n'a consommé que 18 litres d'essence pendant ces 4 jours ; une voiture normale, bricolée de cette manière, en aurait consommé plus de 150.

Selon M. Sweeney, « cette manière d'utiliser sa voiture semblera normale dans 5 à 10 ans, lorsque tout le monde pourra acheter des hybrides se branchant sur le secteur et des voitures entièrement électriques ».

Le manque de temps n'est pas une excuse

Cathy Clites s'excuse de continuer à laver le sol de sa cuisine pendant que nous l'interrogeons au téléphone. Cette mère et grand-mère qui vit en Louisiane est la seule à subvenir aux besoins de ses neuf dépendants, dont son mari, Charlie, condamné à la chaise roulante et incapable de soutenir sa famille depuis qu'il a souffert d'une attaque cérébrale il y a six ans.

Entre la cuisine, la vaisselle, la lessive et les courses, Mme Clites trouve le temps de plaider la cause de l'efficacité énergétique. « C'est être un bon citoyen au jour d'aujourd'hui » dit-elle, « c'est faire preuve de courtoisie. Nous pensons à ce qui restera lorsque nos enfants et nos petits enfants en auront besoin. »

Elle a découvert la cause de l'efficacité énergétique lorsqu'elle a gagné un concours organisé par la chaîne de télévision SCI FI de NBC Universal et l'organisation Alliance to Save Energy (ASE) pour la maximisation de l'efficacité énergétique d'un foyer.

Après avoir vu les ouvriers installer de nouveaux appareils électroménagers, de nouvelles lampes et de l'isolant et le montant de sa facture d'électricité chuter, elle s'est ralliée à la cause de l'efficacité énergétique et a décidé d'y rallier les autres. L'ASE la décrit comme « une ambassadrice populaire de l'efficacité énergétique ». Elle en parle à ses voisins, à ses amis, à sa famille, aux paroissiens de son église. Lorsque le maire de Bâton Rouge a déclaré une « journée de l'efficacité énergétique », elle a participé à une conférence de presse pour rallier la ville à cette cause. Elle invite les journalistes à inspecter les travaux de modernisation de sa maison et elle prend le temps d'inscrire des conseils de conservation d'énergie sur des signets qu'elle distribue à tous ceux qui sont intéressés. La nuit, lorsque les tâches ménagères sont terminées et que la maison est calme, elle passe d'une pièce à l'autre pour éliminer les « vampires » - les appareils et gadgets électriques qui consomment de l'électricité simplement parce qu'ils sont branchés sur le circuit.

« Dans le monde d'aujourd'hui, nous devons tous apprendre à économiser le moindre sou. Ce que je fais est facile et je souhaiterais que les autres m'imitent : ils auraient tous l'impression d'avoir gagné quelque chose. »

Les sphères d'Oberlin, la mission spirituelle de Faith in Place, le bricolage de M. Sweeney et le bénévolat de Mme Clites ne sont que quelques exemples des efforts que déploient certains Américains pour réduire leur consommation d'énergie. Cet enthousiasme va-t-il durer ? Certains analystes s'inquiètent et pensent que si le prix de l'énergie baisse, les Américains oublieront l'efficacité énergétique. D'autres sont d'avis que le choc causé par la flambée des prix de ces dernières années a été top fort pour que le pays fasse machine arrière. De plus, les compteurs perfectionnés, les sphères d'Oberlin et les autres techniques de mesure sont des agents de motivation.

« La révolution électronique qui a créé les ordinateurs personnels et l'Internet va probablement changer la manière dont nous générons, entreposons et utilisons l'énergie », a écrit M. Sweeney dans un article publié dans son journal local. « Soutenez ces changements par le biais du système politique et encouragez vos enfants à étudier les sciences et l'ingénierie. Notre pays a besoin de personnes capables de penser en dehors des sentiers battus et nous allons avoir besoin de tous les experts disponibles pour résoudre nos problèmes énergétiques d'une manière respectueuse de l'environnement. »

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis.

 

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?