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08 mai 2009

Améliorer le rendement énergétique par l'action citoyenne

 
Cette photo montre l'enchevêtrement des fils électriques là où les voleurs ont branché leurs propres lignes sur les poteaux.

Fábio Palmigiani

Dans les pays développés, les compagnies d'électricité apprennent aux consommateurs comment éviter de gaspiller cette source d'énergie afin d'accroître l'efficacité énergétique. Dans les pays en développement, les compagnies apprennent aux consommateurs pourquoi il est dans leur intérêt d'arrêter de se brancher illégalement sur le réseau et de devenir des consommateurs payants.

 

Fábio Palmigiani est un rédacteur indépendant qui vit à Rio de Janeiro ; ses articles traitent des affaires et des questions d'énergie.

 

Le Brésil, cinquième pays du monde par sa taille, couvre près de la moitié de l'Amérique du Sud. Avec une population de 191 millions d'habitants, son économie est une des dix premières du monde et il est considéré comme l'un des marchés émergents les plus prometteurs. Les produits des industries brésiliennes sont exportés partout dans le monde et la consommation électrique du pays est élevée.

Mais au milieu de la prospérité d'une économie en pleine expansion, les inégalités sociales et de classe continuent d'abonder. Selon le groupe de réflexion brésilien IPEA, la distribution du revenu dans 90 % des pays du reste du monde est plus équilibrée qu'au Brésil, où 10 % de la population contrôlent 75 % de la richesse du pays. Cependant, parmi les plus désavantagés, le revenu par habitant augmente au rythme sans précédent de 7 à 8 % par an. Il n'en reste pas moins, selon l'Instituto Brasileiro de Geografia et Pesquisa (Institut des statistiques), que d'ici à 2020, le nombre de personnes résidant dans des bidonvilles pourrait atteindre les 55 millions, soit l'équivalent de 25 % de la population du pays.

Dans les communautés à faible revenu, l'accès aux services essentiels tels que l'électricité est limité et, dans le sud-est et le nord-est du pays, les résidents des bidonvilles se branchent souvent illégalement sur le réseau pour satisfaire leurs besoins élémentaires, par exemple en matière de réfrigération et d'éclairage.

La compagnie nationale de planification de l'énergie, Empresa de Pesquisa Energética (EPE) estime que les « pertes commerciales » - terme officiel pour désigner les branchements illégaux sur les lignes de transmission électrique - se montent en moyenne à 5-6 %. Mais dans certaines régions du nord-est, les vols d'électricité peuvent absorber jusqu'à 25 % de la production.

La compagnie brésilienne de portefeuille Neoenergia contrôle les distributeurs d'électricité dans des régions très affectées par les vols d'électricité et le laisser-aller.

« Les gens ne considèrent pas le vol d'électricité comme un crime », déclare Marcelo Maia de Azevedo Corrêa, directeur général de Neoenergia. « Malgré le soutien des pouvoirs publics locaux, nous ne serons pas à même d'éradiquer cette habitude si la population ne se rend pas compte qu'il n'est pas malin de voler de l'électricité. »

  

La sécurité est l'une des principales raisons pour lesquelles cette activité est à déconseiller : les raccords sauvages aux lignes de transmission et l'utilisation de matériel non conforme aux normes causent souvent des courts-circuits et des incendies.

« Nous avons eu de nombreux incendies causés par des courts-circuits dans le passé, et les voisins ont perdu tout ce qu'ils avaient. Dans certains cas, il y a eu des blessés », déclare Gilson Rodrigues, président de l'association des résidents de Paraisópolis, le deuxième bidonville de Sao Paulo par la taille. Connu sous le nom de favela, Paraisópolis compte près de 80.000 résidents dans une zone métropolitaine de près de 19 millions d'habitants.

Du consommateur au client

Les inquiétudes suscitées par les vols et l'insécurité ont inspiré le lancement d'un projet ambitieux par AES Eletropaulo, le distributeur d'électricité de São Paulo, et l'International Copper Association (ICA) épaulés par l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). En 2005, les partenaires ont lancé un programme de légalisation des raccordements au réseau et de réduction des vols, associé à des objectifs sociaux plus vastes, comme transformer les consommateurs en clients, en faire de bons citoyens et promouvoir l'inclusion sociale.

« Ce programme a été très important pour nous à Paraisópolis parce que l'approvisionnement électrique de notre communauté s'est amélioré, ce qui a rendu les conditions de vie plus agréables », a déclaré Rodrigues.

AES Eletropaulo a réussi à convaincre les consommateurs d'accepter une facturation clients en offrant des tarifs subventionnés aux foyers à faible revenu. La compagnie a aussi donné aux clients des réfrigérateurs neufs à bon rendement énergétique, des appareils de chauffage solaires et des ampoules électriques.

AES Eletropaulo a lancé ce programme en réponse à la vague de changements sociaux et économiques qui déferle sur le pays.

« Au Brésil, les migrations de populations sont un grand problème. Les gens quittent les campagnes pour venir dans les zones métropolitaines comme São Paulo ou Rio de Janeiro », explique José Cavaretti, directeur des nouveaux projets pour AES Eletropaulo. « Ils ne peuvent pas payer de loyer alors ils envahissent les espaces publics et privés et construisent une nouvelle favela. Dès que sa croissance a atteint un niveau exponentiel, elle devient un quartier souffrant de graves problèmes sociaux et économiques. Les habitants qui vivent dans des conditions précaires ne peuvent pas s'empêcher de détourner l'électricité du réseau. »

  

Des poteaux électriques
On peut voir ici les améliorations apportées au niveau de la sécurité, qui ont aussi contribué à régulariser les consommateurs.

André Urani, économiste du groupe de réflexion IETS, est persuadé que le cercle vicieux de ce laisser-aller commence à avoir des conséquences néfastes dans le pays. « Nous en sommes arrivés à un point où l'incurie et les transgressions sont devenues extrêmes. Ceux qui paient leurs factures d'électricité finissent par payer pour ceux qui ne le font pas. »

  

Si cela continue, M. Urani pense que ce cycle pourrait nuire au futur développement et à l'amélioration de l'infrastructure du pays. « De ce point de vue, il est très peu probable qu'une entreprise souhaitant ouvrir une nouvelle usine choisisse une région où la facture d'électricité est élevée du fait des pratiques illégales. Il faut briser ce cercle vicieux d'une manière ou d'une autre. »

Investir dans la qualité de la vie

Afin de transformer les consommateurs d'électricité en clients et de convaincre une population à faible revenu qu'il est important de payer les factures d'électricité, AES Eletropaulo et plusieurs autres distributeurs ont investi pour améliorer la qualité de vie de collectivités défavorisées. Ampla, Coelba, Celpe et Cosern, distributeurs dans les États de Rio de Janeiro, de Bahia, de Pernambuco et de Rio Grande do Norte respectivement, ont échangé quelque 30.000 vieux réfrigérateurs contre des modèles neufs et économes dans les favelas. Dans la plupart des cas, les anciens modèles ont été recyclés et l'argent a été versé à des associations caritatives ou réinvesti dans la collectivité intéressée.

D'autres familles ont pu profiter de rabais considérables et de plans de remboursement à long terme pour l'achat de réfrigérateurs à bon rendement énergétique - ces appareils étant en général ceux qui consomment le plus d'électricité dans un foyer. Coelba, dans l'État de Bahia, vend les appareils électroménagers avec une décote de 60 % et ils sont payables en 24 échéances. Pour réduire le coût de l'éclairage, la société Neoenergia, qui contrôle Coelba, Cosern et Celpe, a fait don de 365.000 ampoules électriques économes.

« La grande idée, dans les communautés pauvres, est d'ajuster la demande d'énergie au budget des habitants », a expliqué Marcelo Maia de Azevedo Corrêa. « Les nouveaux réfrigérateurs offrent en outre l'avantage de mieux conserver la nourriture, contribuant ainsi à l'amélioration de la santé. Le programme encourage la consommation énergétique de manière durable », a encore précisé le P.D.G. de Neoenergia.

Plus de 400 collectivités des États de Bahia, Pernambuco et Rio Grande do Norte ont déjà profité du programme de Neoenergia qui modernise aussi les circuits électriques pour éviter les courts-circuits et réduire la consommation.

Lorsqu'on lui demande si les clients à faible revenu ne risquent pas de retomber en arriérés de paiement, M. Cavaretti répond que des campagnes régulières ont pour objet d'encourager les clients à continuer de payer leurs factures.

« Il est inutile d'investir dans des réseaux de distribution si les clients retombent en cessation de paiement. Nous organisons régulièrement des campagnes pour sensibiliser les clients à l'importance d'un approvisionnement électrique sûr et régulier » précise-t-il. Des agents pédagogues conseillent les familles proches du défaut de paiement.

Selon M. Cavaretti, depuis 2005, AES Eletropaulo a « régularisé » 275.000 clients - particuliers, commerçants et industriels confondus - dans 1.240 favelas de la zone métropolitaine de São Paulo, et offert un approvisionnement électrique fiable et sûr à 1,1 million de personnes.

L'inclusion sociale

Les distributeurs brésiliens pensent que ces programmes ont des effets qui dépassent de loin l'amélioration immédiate de la distribution d'électricité, l'accroissement de l'efficacité et la régularisation des consommateurs. Ces programmes renforcent leurs propres activités en matière de responsabilité sociale et les aident à promouvoir la citoyenneté et l'inclusion sociale de leur clientèle.

Devenir un client de bonne réputation qui paie ses factures peut être un passeport vers une nouvelle vie, parce que la facture d'électricité est une preuve de domicile fixe et qu'elle peut mener à la délivrance d'un certificat de résidence. Or au Brésil, un tel certificat est indispensable pour obtenir un travail, acheter à crédit ou obtenir un prêt.

« C'est l'inclusion sociale, tout à fait », déclare M. Cavaretti.

M. Corrêa, le président de Neoenergia, en convient. « Il ne s'agit pas seulement de donner des réfrigérateurs. Avec un programme social comme celui-ci, nous pouvons toucher les gens, leur conférer un peu de dignité, les faire participer à la société. »

  

M. Rodrigues, le président de l'association des résidents, témoigne de la popularité des programmes sociaux et éducatifs sur l'utilisation rationnelle de l'électricité à Paraisópolis : « C'est bien d'avoir un approvisionnement électrique fiable à des tarifs subventionnés. Mais il y a plus. Lorsque les résidents de Paraisópolis deviennent de vrais clients… ils font un grand pas en avant pour se sortir de l'économie informelle. Et j'ajouterai que les ruptures de paiements à Paraisópolis ont considérablement baissé. »

  

AES Eletropaulo envisage de remplacer 20.000 réfrigérateurs dans l'État de São Paulo avant la fin de 2009 et encourage les municipalités des pays en développement de l'Afrique et de l'Asie à adopter des programmes semblables. Eletropaulo, ICS et l'USAID vont présenter l'exemple de Paraisópolis lors de la Conférence et exposition mondiales sur l'efficacité énergétique (Energy Efficiency Global Forum and Exposition), qui doit se tenir à Paris du 27 au 29 avril 2009.

Le gouvernement brésilien va peut-être élargir la portée des programmes de prévention des branchements sauvages et d'amélioration de l'efficacité énergétique, et il est en train d'étudier la possibilité de vendre des réfrigérateurs subventionnés dans tout le pays en se fondant sur l'expérience vécue dans les favelas.

 

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis.

 

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