17 juin 2009
Service d'information du département d'État
Le directeur du Programme régional en faveur de l'environnement en Afrique centrale (CARPE), John Flynn, a accordé à nos services l'entretien qui suit, sur certaines mesures novatrices qu'on a prises pour protéger les forêts tropicales humides de cette région.
Narrateur - Aujourd'hui, l'équipe du département d'État responsable des audiodiffusions présente la première d'une série sur la coopération entre les États-Unis et l'Afrique en faveur du développement.
Quel effet peuvent avoir des mesures locales de développement dans l'une des régions les plus pauvres du monde sur le changement climatique ?
En décembre prochain, à Copenhague, la capitale danoise, la communauté internationale se réunira pour négocier un accord relatif à la lutte contre le changement climatique. Ces grands rassemblements diplomatiques font beaucoup de bruit, et à juste titre. Le changement climatique est un problème mondial qui exige que toutes les nations recherchent ensemble une solution.
Mais il existe un autre volet de ce dossier, qui est très local et très personnel. L'effet du changement climatique se fera sentir au niveau local de façons différentes. Déjà, des rapports de presse relatent des anecdotes au sujet d'agriculteurs et de pêcheurs, entre autres, qui constatent des changements dans leur environnement. Paradoxalement, ces gens, très éloignés des négociations internationales sur le climat et qui passent une grande partie de leur vie à travailler à l'extérieur quelles que soient les conditions météorologiques, sont sans doute mieux informés que quiconque sur ce dossier. Pour cette raison, ils ont un rôle important à jouer dans la recherche de la solution.
Quelles que soient les solutions qui finiront par être trouvées, elles aborderont nécessairement le rôle des forêts tropicales. John Flynn est le directeur d'une initiative novatrice appelée Programme régional en faveur de l'environnement en Afrique centrale (CARPE), géré par l'Agence des États-Unis pour le développement international (l'USAID) et des responsables locaux. Ce programme a un effet global. Aujourd'hui, M. Flynn nous parle de ce programme et de la façon dont le sort des forêts devrait intéresser tous les citoyens du monde.
John Flynn - La plupart des gens savent, je le pense, que toutes les forêts, et les forêts tropicales en particulier, jouent un rôle fondamental de régulation du climat mondial parce qu'elles recyclent les gaz à effet de serre. Durant la journée, elles respirent ces gaz et rejettent de l'oxygène. Elles sont donc pour notre planète une source importante de piégeage du gaz carbonique.
L'initiative dans laquelle je suis impliqué - le Programme régional en faveur de l'environnement en Afrique centrale, que nous appelons CARPE, a réellement été conçue en 1995. Il s'agit d'un concept visant à enclencher un processus d'endiguement du changement climatique par la création, ou le maintien, d'un énorme puits de carbone non pas dans l'atmosphère, mais sur Terre. Toutefois, l'Afrique centrale n'est pas une région bien connue des Américains, et ces derniers entretiennent des relations avec elle seulement depuis peu. Nous avons donc démarré par une phase d'exploration visant à déterminer là où on peut intervenir le plus efficacement possible. Lorsqu'il est devenu de plus en plus évident que la biodiversité et la lutte contre le changement climatique étaient dans l'intérêt des États-Unis (…) le gouvernement précédent a entrevu une chance d'utiliser ce qu'on avait appris durant cette première phase pour intensifier les efforts et en confier la gestion à la région elle-même - afin d'essayer de créer un programme de protection de la forêt tropicale.
Je ne me suis impliqué directement dans cette initiative qu'à partir de 2003. J'ai été contacté par l 'USAID qui m'a demandé si j'accepterais de gérer ce projet. Je dirais que jusqu'à présent, sur le plan du changement climatique, nous avons connu des succès. Comment dire. Ce que les gens ne savent peut-être pas, c'est qu'un cinquième des gaz à effet de serre, notamment de gaz carbonique, proviennent de la destruction des forêts tropicales du monde, notamment du fait du déboisement et de la politique de la terre brûlée (…)
Donc, depuis que nous travaillons sur place, depuis 1990, en fait, nous avons découvert que le taux de transformation de la forêt en Afrique centrale - une vaste zone, plus étendue que le territoire continental des États-Unis - est de moins d'un dixième de pourcentage par an. De ce point de vue, c'est un succès retentissant. En ce qui concerne la protection des espèces, qui est notre autre objectif, les grands mammifères, par exemple les éléphants, les gorilles, les chimpanzés et les antilopes, prolifèrent dans les zones où nous avons pris des mesures de protection.
Mais il ne faut pas perdre de vue le fait qu'il s'agit de l'une des régions les plus pauvres, si ce n'est la plus pauvre, du monde. Sur les quelque 100 millions d'habitants de cette région, près de 50 % vivent à l'intérieur de la forêt. Ces gens, souvent très pauvres, dépendent directement de ce qu'ils peuvent tirer de la forêt pour vivre, qu'il s'agisse de la chasse, de la pêche, de l'agriculture à petite échelle, par exemple l'apiculture - ils dépendent de la forêt pour se vêtir, pour se nourrir et pour s'abriter.
Notre objectif est d'aider ces gens à protéger la forêt dans l'intérêt de leur propre avenir comme dans celui de l'ensemble de la planète. C'est un défi majeur. Il s'agit de la deuxième forêt tropicale du monde après celle de l'Amazonie. Elle est très étendue et très intacte, du moins jusqu'à présent. Nous aidons les gens à la gérer afin qu'elle le reste et qu'elle continue de leur fournir ce dont ils ont besoin tout en maintenant son rôle de régulatrice de l'environnement mondial.