09 février 2009
Le réchauffement planétaire se fait déjà ressentir aux échelles régionale et locale.

Washington - Selon des scientifiques, les émissions de gaz carbonique dans l'atmosphère dues à l'activité humaine entraînent des changements déjà mesurables de la température à la surface de la Terre, de la pluviométrie et du niveau des mers, et cette tendance va se poursuivre dans les années à venir.
Mme Susan Solomon, du Laboratoire de la recherche scientifique planétaire qui s'insère dans la NOAA (Administration nationale des études océaniques et atmosphériques) à Boulder dans le Colorado, a dirigé cette étude, publiée le 26 janvier dans le rapport de l'Académie nationale des sciences.
Cette étude « nous a convaincus que les choix actuels concernant les émissions de gaz carbonique auront des répercussions qui modifieront notre planète de manière irréversible », a déclaré Susan Solomon le 26 janvier. « Nous savons depuis longtemps qu'une partie du gaz carbonique produit par l'activité humaine reste dans l'atmosphère pendant des milliers d'années. Mais cette étude récente renforce nos connaissances sur les conséquences du changement climatique. »
Une analyse préliminaire de la NOAA, effectuée par le Centre national des données climatiques basé à Asheville en Caroline du Nord et publiée le 14 janvier, indique que 2008 arrive à égalité avec 2001 comme la 8e année la plus chaude jamais enregistrée sur terre, d'après les données moyennes des températures mondiales enregistrées pendant l'année 2008 à la surface de la terre et des océans.
La prise de décisions en connaissance de cause
L'observation directe des océans, des surfaces terrestres, de l'atmosphère et des glaciers a permis aux scientifiques d'affirmer avec 90 % de certitude que le climat de notre planète se réchauffe et que les activités humaines en sont la cause.
Les mesures obtenues proviennent d'un large éventail de réseaux d'observation (ballons-sondes, navires, stations météorologiques, satellites et bouées dans les océans) qui sillonnent la planète pour prélever des échantillons d'air et d'eau et transmettent les données à des scientifiques répartis dans le monde.
La NOAA, la NASA, l'Institut de la recherche géologique, l'Agence de protection de l'environnement, le ministère de l'énergie, les milieux universitaires, des centres de recherche internationaux et d'autres organismes rassemblent et analysent les données qui sont utilisées dans des simulations complexes de climats générées par des ordinateurs. Les simulations produisent des illustrations des climats à l'échelle mondiale sur une période donnée.
« L'abondance de données obtenues par capteurs contribue à la science mais leur utilité en dehors de ce domaine demeure limitée », a déclaré, le 5 décembre 2008, M. Ronald Sugar, président-directeur général de Northrop Grumman, lors d'une conférence de presse donnée à Washington sur le changement climatique et les observations de la Terre.

« Et si toutes ces données brutes sur l'environnement pouvaient être utilisées par la société pour acquérir des connaissances pratiques permettant de prendre les décisions appropriées, et contribuer à la politique générale et aux décisions économiques aux niveaux régional et local ? », a-t-il demandé.
Changements mondiaux, conséquences locales
Le changement climatique est un processus planétaire mais ses conséquences se font déjà ressentir aux échelles régionale et locale, comme le constate toute personne intéressée par les divers secteurs en cause : le développement du littoral, la météorologie, les écosystèmes et la faune, l'agriculture, la pêche, la production d'énergie, la protection de l'environnement, la gestion de l'eau, la santé publique, les interventions en cas de sinistres, etc.
D'après M. Sugar, des centres régionaux de soutien aux prises de décisions feraient office de portails de connaissances au service des décideurs nationaux, régionaux, locaux et privés qui seront amener à gérer les conséquences du changement climatique dans les 10, 20 ou même 100 ans à venir.
De tels centres, explique David Green du Service météorologique national de la NOAA à America.gov, « ne se limiteraient pas à donner de simples alertes. Ils permettraient de mieux comprendre et gérer toute situation imminente en offrant un vaste ensemble de connaissances pour chaque secteur concerné. »
Les prévisions climatiques permettent à la société de se préparer, ont indiqué Edward Miles et ses collègues dans le rapport 2006 de l'Académie nationale des sciences intitulé « Approche sur la création d'un Service national du climat ».
« Les répercussions d'El Niño en 1997-1998 aux États-Unis, qui avaient été prévues six mois à l'avance grâce à de meilleures observations du climat et à des progrès en matière de prévision, ont coûté environ 4,2 à 4,5 milliards de dollars (en dollars de 1998) et 189 vies », mais environ 850 vies auraient été sauvées et 19,9 milliards de dollars auraient été économisés, ont déclaré les auteurs d'une étude du Climate Impacts Group de l'université du Washington à Seattle.
Intégration des observations
Le rôle principal du Service national du climat, a écrit l'équipe d'Edward Miles, serait d'intégrer des infrastructures d'observations mondiales, nationales et régionales pour obtenir des informations et des évaluations utiles pour les personnes concernées. Selon l'équipe, le Service devrait être dirigé par le directeur du Bureau du climat de la NOAA, qui, à l'heure actuelle, est chargé des observations et de la recherche.
M. Green a rappelé que pendant l'ouragan Katrina en 2005, le Service météorologique national avait alerté la Louisiane ainsi que les autres États touchés 56 heures avant que cet ouragan de catégorie 3 n'atteigne la côte.
« Ces États disposaient des informations », a poursuivi M. Green, « mais ils ne connaissaient bien pas les rôles respectifs du gouvernement fédéral, des États fédérés et des localités. Chacun se renvoyait la balle pour savoir qui était chargé de quoi, les informations nécessaires n'étaient pas là. »
« Un Service national du climat fournirait les connaissances nécessaires », a déclaré M. Chet Koblinsky, directeur du Bureau du climat de la NOAA, à America.gov. « Ce Service aurait pour mission de développer des moyens et des prévisions et d'encourager le dialogue et l'interaction avec les usagers. »