Environnement | Protéger les ressources naturelles

06 février 2009

Bâtir « vert » sur fond « conservateur » à Grand-Rapids au Michigan

Les difficultés s'aplanissent quand le maire est également écologiste et pasteur.

 
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La technopole « Health Hill »
La technopole verte de centres d'enseignement et médicaux appelée « Health Hill » ou la Colline de la santé.

Washington - Les espaces verts abondent à Grand-Rapids, cette ville du Michigan dont le maire, depuis 2004, est George Heartwell. Grand amateur de pêche, de canoë, de camping et de randonnée, il voudrait que cela reste ainsi.

« On m'a appris, quand j'étais enfant, à apprécier la nature, et j'ai vu quelles sont les conséquences quand l'environnement est maltraité », a dit M. Heartwell.

Il fait plus que parler seulement de l'environnement ; il a, en effet, alloué des fonds municipaux à sa défense. Promenez-vous dans les rues de Grand-Rapids, et vous verrez des jardins sur les toits, des réservoirs d'eau de pluie, des panneaux solaires et d'autres installations du genre sur des bâtiments écologiques, dont un nouveau musée, un bar, un hôpital, et des immeubles de bureaux. La ville compte le plus grand nombre par habitant de bâtiments conformes aux normes du Conseil des États-Unis pour la construction écologique, et prévoit d'en construire 50 autres. Prenez l'autobus ou le taxi et il s'agira vraisemblablement de véhicules hybrides. La ville prévoit également de construire un tram.

L'énergie originaire de sources renouvelables fournit 20 % de l'électricité à Grand-Rapids et la municipalité prévoit que d'ici 2020, 100 % de l'électricité proviendra de telles sources, pour la plupart des éoliennes.

Beaucoup ont fait l'éloge de Grand-Rapids pour ses initiatives vertes : écologistes, revues scientifiques, et même l'Organisation des Nations unies qui l'a inclus dans sa liste des villes du pays les plus expérimentées en matière d'énergies renouvelables et durables.

M. Heartwell est aussi une personne prudente, comme la plupart de ses compatriotes de l'ouest du Michigan. Il œuvre pour promouvoir la protection de l'environnement, la conservation énergétique et les sources renouvelables d'énergie pour attirer le commerce, créer de l'emploi et faire circuler les fonds publics et privés dans l'économie locale.

Bâtir « vert » sur une fondation de valeurs conservatrices

Les habitants des villes américaines qui sont parmi les premières en matière d'initiatives vertes - San Francisco, Portland (Oregon), New York - ont tendance à être adeptes de valeurs libérales. Mais l'ouest du Michigan est une région à prédominance conservatrice et ses résidents puisent leurs idées sur l'environnement dans la bible, qui exhorte les croyants à prendre soin les uns des autres et de la terre.

Les principes solides d'éthique dans les compagnies et les tendances à la philanthropie dans la région sont fondés sur l'idée, inspirée de la religion, « de protéger et de respecter les ressources naturelles », a dit Dave Rinard, directeur de performance écologique à Steelcase Incorporated, un fabricant de mobilier.

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Le bâtiment Kendal à Grand Rapids (Michigan)
La rénovation du bâtiment historique Kendall s'effectue conformément aux nouvelles normes de construction « verte »

La directrice du Centre pour l'étude des ressources durables au Collège Aquinas, Deborah Steketee, souligne ce point.

« Les principes d'éthique conservatrice, profondément ancrés ici, exigent de nous de poser les questions différemment et de trouver d'autres solutions que celles qui existent dans certains endroits », dit-elle.

M. Heartwell semble personnifier ces principes et le comportement qui en découle. Le maire vient d'une famille religieuse qui était propriétaire d'un petit commerce. Après l'avoir géré pendant quelques années, le maire a été ordonné pasteur et s'est occupé d'un programme œcuménique pour des personnes sans domicile fixe à Grand Rapids.

La « ceinture de rouille » se met au vert

L'intérêt que porte cette région aux ressources renouvelables date de bien longtemps. Dès 1931, le fondateur de la compagnie de mobilier Herman Miller avait voulu que son entreprise protège l'environnement. Dans les années 1990, le président de Steelcase, Peter Wege, a inventé le terme « économicologie », pour parler de l'équilibre entre l'économie et l'écologie. Le mot n'est pas entré dans le vocabulaire de tous les jours mais la fondation de M. Wege a alloué des sommes énormes à des projets verts.

Herman Miller, Steelcase, Haworth Inc. et Cascade Engineering ont été parmi les premières entreprises à adopter des méthodes de production qui utilisent l'énergie de manière efficace et durable. Elles « ont allié la fabrication sans gaspillage à la fabrication verte », a dit M. Rinard. Certaines d'entre elles ont aidé à établir les normes du bâtiment écologique. Le siège de Herman Miller, par exemple, qui a été construit en 1995, a été l'un des bâtiments dont le Conseil des États-Unis pour la construction écologique s'est inspiré pour établir ses propres normes.

D'autres fabricants de la région ont commencé à échanger des idées et leurs meilleures pratiques, à l'aide d'un réseau informel qui est devenu maintenant le Forum pour le commerce durable du Michigan-Ouest. Parce que ces dirigeants maintiennent des liens étroits avec les collectivités, leurs attitudes vis-à-vis de l'environnement et de l'utilisation des ressources énergiques ont inspiré d'autres groupes et d'autres personnes à les adopter. Les cadres d'entreprises ont également financé certaines initiatives locales. Par exemple, la fondation Steelcase a octroyé un don au Collège Aquinas, en 2003, pour lancer un programme d'études sur le commerce écologiquement durable, la première initiative de la sorte dans tout le pays.

Le maire Heartwell se souvient quand ses propositions vertes étaient accueillies avec scepticisme. Il a dû, de concert avec les membres du conseil municipal, surmonter la résistance « de certains membres de la communauté qui demandaient pourquoi on gaspillerait du temps et de l'argent sur ces questions de climat », a dit M. Heartwell.

Au fur et à mesure que les dangers du réchauffement de la planète et les avantages des technologies propres devenaient évidents, cette résistance s'affaiblissait. M. Heartwell a été élu pour un second mandat et l'économie de Grand-Rapids a évolué vers un modèle fondé de plus en plus sur les connaissances scientifiques de l'environnement.

Au cours des dernières années, Grand-Rapids a perdu des milliers d'emplois dans le secteur de la fabrication du mobilier et des pièces détachées pour automobiles, mais la ville en a gagné de nombreux autres dans différents secteurs.

Birgit Klohs dirige Right Place Inc, un organisme pour le développement économique de Grand-Rapids. Elle dit que la ville a choisi, on ne peut mieux, le moment de lancer sa campagne verte, étant donné que, ces dernières années, l'expérience et le savoir-faire dans ce domaine sont devenus des facteurs de plus en plus importants pour attirer le commerce. Exemple : la réputation écologique de Grand-Rapids a contribué à convaincre beaucoup de cadres d'y organiser leurs conventions.

Cet accomplissement est particulièrement remarquable quand on voit que les trois grands fabricants automobiles de l'est du Michigan ont du mal à survivre parce qu'ils n'ont pas fait davantage sur la voie de l'innovation et de la conservation des ressources énergétiques.

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