Environnement | Protéger les ressources naturelles

26 mai 2008

Qu'est-ce que la Journée de la terre ?

La Journée de la terre et la montée de la sensibilisation à l'environnement

 
Assainissement du Potomac
Des volontaires ramassent des ordures éparpillées au long du fleuve Potomac. (Photo Janine Sides/dép. d'État)

Washington - Le 22 avril est la Journée de la terre, le jour où les Américains célèbrent l'environnement et évaluent le travail qui reste à faire pour protéger les dons de la planète. La Journée de la terre n'a pas de structure centralisée bien que plusieurs organisations non gouvernementales suivent les milliers de manifestations qui marquent l'occasion dans les collectivités et les écoles. Elle montre que la sensibilisation à l'environnement est entrée dans la conscience nationale et que l'idée de protéger l'environnement, autrefois la province de quelques écologistes, est maintenant bien ancrée dans la pensée américaine.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Au XIXe siècle, les Américains, heureux utilisateurs de vastes espaces riches en ressources, vivaient avec l'idée qu'il y avait toujours de nouvelles terres juste de l'autre côté de l'horizon. Une fois épuisées les ressources du sol ou de la forêt ou de la mine, il leur suffisait d'aller un peu plus loin pour en trouver de nouvelles. Avec le boom industriel du début du XXe siècle, les gens acceptaient le ciel noirci par les émissions des cheminées d'usine et les rivières polluées par les rejets industriels. Au milieu des années 30, et plus tard pendant les années 50, dans l'Ohio, la rivière Cuyahoga qui traverse le cœur de l'Amérique industrielle, couverte par les déchets chimiques rejetés par les usines construites le long de ses rives, s'est embrasée. Il n'y a pas eu de tollé. Rares même ont été ceux qui ont remarqué la chose.

Pendant les années 60, les mentalités ont commencé à évoluer. En 1962, une océanographe biologiste nommée Rachel Carson a publié « Printemps silencieux ». Le titre faisait allusion à un avenir sans oiseaux et le livre décrivait en termes simples les effets dévastateurs à long terme des pesticides extrêmement toxiques et des autres agents chimiques couramment utilisés dans l'agriculture, l'industrie et la vie de tous les jours aux États-Unis. Le livre a connu un succès inattendu (Voir « Rachel Carson : la plume contre le poison »).

En 1968, les astronautes de la mission Apollo, sur la voie du retour après leur vol orbital autour de la Lune, ont photographié pour la première fois la Terre entière. Cette image de notre planète - petite, fragile, belle et unique - s'est rapidement implantée dans l'inconscient de millions d'individus. En 1969, les effluents industriels dans la rivière Cuyahoga ont encore pris feu. Cette fois, la réaction du public a été immédiate et énorme. Cleveland, où l'incendie s'était déclaré, est devenu la risée du pays et la chanson satirique « Burn on, big river, burn on » (Brûle, grande rivière, brûle) est passée à toutes les stations de radio du pays. De son côté, le Congrès a voté la Loi nationale sur la protection de l'environnement (NEPA) établissant une politique nationale destinée à favoriser une harmonie productive et satisfaisante entre l'homme et son environnement.

En même temps que l'opinion se sensibilisait lentement aux problèmes de l'environnement, elle se déchaînait de plus en plus contre l'implication américaine dans la guerre du Vietnam. Les manifestations publiques contre la guerre - avant tout dans les villes universitaires - ont fait germer l'idée qu'une campagne bien organisée contre le statu quo pouvaient influer sur la politique et sur le comportement public.

L'origine de la Journée de la terre

Gaylord Nelson, sénateur américain du Wisconsin et écologiste de longue date, a compris que les méthodes utilisées pour protester contre la guerre pouvaient servir dans d'autres domaines. « À l'époque, a-t-il écrit plus tard, il y avait beaucoup d'agitation sur les campus universitaires du fait de la guerre au Vietnam. Des manifestations, dénommées séminaires contre la guerre, étaient fréquentes sur les campus dans tout le pays…Tout d'un coup, je me suis demandé : pourquoi ne pas organiser un séminaire national sur l'environnement ? La Journée de la terre était née ».

De retour à Washington, Nelson a commencé à avancer l'idée d'une Journée de la terre auprès des gouverneurs d'États, des maires des grandes villes, des rédacteurs des journaux universitaires et surtout de Scholastic Magazine, publication distribuée dans les écoles primaires et secondaires. En septembre 1969, il a annoncé officiellement qu'il y aurait « un séminaire national sur l'environnement » au printemps suivant. « Les agences de presse ont annoncé la nouvelle partout dans le pays » se souvient Nelson, « et la réponse a été spectaculaire…Des télégrammes, des lettres, des demandes par téléphone ont afflué de partout. Avec le personnel de mon bureau, j'ai organisé les activités de la Journée de la terre, mais dès décembre, le mouvement avait pris une telle ampleur qu'il est devenu nécessaire d'ouvrir un centre de documentation à Washington pour coordonner les questions et les activités ».

« Le résultat de la Journée a été à la hauteur de mes espérances. J'avais rêvé d'un mouvement de réflexion sur l'environnement d'une telle ampleur qu'il secouerait l'establishment politique. C'était un pari, il a été gagné. Quelque 20 millions de personnes ont participé à des manifestations dans tout le pays. Dix mille écoles primaires et secondaires, deux mille universités et un millier de collectivités s'y sont impliquées. C'est la chose extraordinaire qui est devenue la Journée de la terre ».

Des lois fédérales innovantes ont suivi le succès de la première Journée. En 1972, l'Agence américaine pour la protection de l'environnement a été constituée et les lois sur la salubrité de l'air et de l'eau ont été promulguées, suivies en 1973 par la loi sur les espèces en danger. Entre autres dispositions, ces textes prescrivent l'utilisation d'essence sans plomb, réglementent la consommation d'essence des véhicules et imposent l'utilisation de pots catalytiques destinés à réduire les quantités de gaz toxiques contenus dans les gaz d'échappement.

Puis, au lendemain de ces succès législatifs, la Journée de la terre a semblé disparaître. Les célébrations annuelles se sont poursuivies mais elles n'avaient plus l'ampleur ou l'enthousiasme de la première. La Journée de la terre semblait être devenue un vestige des journées de manifestations du début des années 70.

Et pourtant l'esprit de la Journée perdurait. Les organisations écologiques ont gagné en ampleur et en puissance. Des groupes tels que Greenpeace, formé au Canada en 1971, ont adopté les principes de la désobéissance civile pour sensibiliser le public à la baisse du nombre des baleines et aux dangers du nucléaire. Nature Conservancy, fondée en 1951, s'est recentrée au début des années 70 sur la « préservation de la diversité naturelle » et a commencé à acheter des terrains non exploités afin d'en faire des réserves naturelles. Des institutions bien établies, comme le Sierra Club ou la National Audubon Society, ont intenté de gros procès contre les entreprises d'exploitation forestière afin de ralentir la destruction des forêts vierges. Financées par des contributions publiques et employant des avocats et des éducateurs ainsi que des scientifiques et des naturalistes, des organisations non gouvernementales sont devenues des gardiens féroces de l'environnement.

Chez eux, les Américains, souvent poussés par leurs enfants, ont commencé à trier leurs ordures ménagères à des fins de recyclage. À la fin des années 80, de nombreuses collectivités avaient organisé des programmes de recyclage ; à la fin des années 90, ces programmes municipaux étaient autofinancés, les quantités d'ordures apportées dans les décharges étaient en baisse sensible et plus de 20 % des ordures municipales étaient convertis en produits utiles. Les entreprises, toujours à l'écoute des consommateurs et avec un œil sur leurs bénéfices, ont commencé à se dire respectueuses de l'environnement. Beaucoup ont adopté des pratiques commerciales visant à accroître leur efficacité et à réduire les déchets industriels.

La renaissance des années 90

La Journée de la terre a fait son grand retour en 1990. Sous la houlette de Dennis Hayes, un des principaux organisateurs de la première Journée, la Journée de la terre 1990 a été mondiale. Plus de 200 millions d'individus partout dans le monde - plus de 10 fois le nombre de 1970 - ont participé à des manifestations qui témoignaient que le mouvement était enfin devenu symbole d'une préoccupation universelle. Le mouvement s'est poursuivi en 1992 avec la tenue à Rio de Janeiro (Brésil) de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, où un nombre sans précédent de gouvernements et d'ONG sont convenus d'un vaste programme visant à promouvoir le développement durable.

Le 25e anniversaire de la Journée de la terre en 1995 a donné l'occasion de faire le point sur les progrès en matière d'environnement. Dans les pays occidentaux, la situation semblait bonne : l'air et l'eau étaient plus propres, les forêts se développaient et de nombreux autres indicateurs remontaient. Le mélange quelquefois explosif de lois, de procès intentés par des ONG, d'éducation du public et de pratiques commerciales et industrielles plus efficaces avait eu des effets sensibles et positifs sur l'état de l'environnement.

Mais cet optimisme n'était pas partagé par tout le monde. Certes, le journaliste écologiste Gregg Easterbrook pouvait écrire dans le magazine The New Yorker que la législation environnementale « avec un large éventail d'efforts privés motivés par la prise de conscience environnementale (...) a été un succès notoire (...) Les règles environnementales, loin d'être lourdes et coûteuses, se sont révélées être étonnement efficaces, moins coûteuses que prévu et elles ont renforcé, pas affaibli, les économies des pays qui les ont adoptées ». En revanche, le magazine Environment, grand organe d'ONG, offrait un point de vue plus sombre : « La Journée de la terre n'a ni donné naissance à une assemblée des citoyens mobilisés en permanence ni allégé le malaise général qui sape la croyance en une responsabilité démocratique. Bien que l'écologie ait beaucoup progressé depuis 1970, tant au plan de la prise de conscience du public qu'à celui des institutions, la sécurité environnementale (...) reste tout aussi insaisissable aujourd'hui qu'il y a 25 ans. »

La Journée de la terre a fêté son 38e anniversaire en 2008. Ce qui avait commencé en 1970 comme un mouvement de protestation est devenu au fil des ans une célébration mondiale de l'environnement et de l'engagement pour sa protection. L'histoire de la Journée de la terre reflète la montée de la sensibilisation à l'environnement au cours des trente dernières années et son legs est que l'environnement est quelque chose qui nous intéresse tous.

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