Environnement | Protéger les ressources naturelles

06 mai 2008

Les entreprises, les investisseurs et l'environnement

 
La Bourse de New York
Premier appel public à l'épargne du Global Alternative Energy Fund à la bourse de New York. (© AP Images)

 

Matthew Patsky et Elizabeth Levy

 

Les investissements verts, c'est-à-dire ceux qui sont faits dans le souci de l'environnement, relèvent d'une pratique en mutation et au passé riche. De nos jours, celle-ci inclut l'évaluation du profil environnemental des entreprises. Un grand nombre d'investisseurs cherchent précisément à promouvoir l'écologie.

 

Matthew Patsky est gestionnaire de portefeuille, et Elizabeth Levy analyste principale en environnement à la Winslow Management Company, société de placement qui se spécialise dans les investissements verts. Matthew Patsky en est copropriétaire.

 

Les investisseurs jouent un rôle important dans la promotion des activités environnementales des entreprises dans lesquelles ils placent leurs capitaux. Les investissements verts, c'est-à-dire ceux qui sont faits dans le souci de l'environnement, relèvent d'une pratique en mutation et au passé riche. Alors qu'ils se contentaient naguère d'éviter les sociétés qui avaient fait du tort à l'environnement, les investisseurs soucieux des considérations écologiques vont aujourd'hui jusqu'à évaluer le profil environnemental des sociétés pour se faire une idée de leur potentiel de croissance, de leur situation au vu de mesures réglementaires projetées et de leur faculté d'adaptation aux situations d'urgence. Et beaucoup d'investisseurs verts ne cachent pas qu'ils placent leurs capitaux précisément dans le but de promouvoir un programme d'action écologique.

Les risques en point de mire

Lors de la première vague d'investissements environnementaux qui a déferlé dans les années 1980 et le début des années 1990, les investisseurs soucieux de l'environnement se préoccupaient avant tout d'évaluer les activités des sociétés dans la perspective des risques écologiques. Les pertes massives consécutives aux actions en justice intentées par les victimes de l'amiante, et qui se chiffreraient à plus de 250 milliards de dollars rien qu'aux États-Unis, selon l'estimation citée dans la revue The Economist en 2005, incitèrent certains investisseurs à inclure le passif environnemental dans leur analyse financière, tenant compte par exemple de la responsabilité en matière de restauration des sites contaminés par des déchets dangereux classés dans la catégorie des « Superfonds » par le gouvernement fédéral des États-Unis. Ils commencèrent à incorporer d'autres données environnementales dans leur calcul, telles que l'usage de produits chimiques toxiques et dangereux et les émissions de ces substances. Des organismes de recherche, dont KLD et l'Investor Responsibility Research Center (aujourd'hui intégré au RiskMetrics Group), leur remirent des données sur le degré de conformité des entreprises à la réglementation environnementale, sur leurs émissions de produits chimiques et sur leurs programmes de gestion de l'environnement.

De nos jours, les investisseurs soucieux du comportement environnemental des sociétés tiennent compte non seulement des risques associés aux activités et aux émissions passées, mais aussi de ceux qui pourraient surgir à l'avenir, en particulier sous l'effet du changement climatique. Pour beaucoup d'entre eux, comme pour beaucoup d'écologistes, le changement climatique est un sujet de préoccupation qui en englobe d'autres, par exemple la consommation et les pénuries d'eau douce, la destruction de l'habitat d'animaux et la pollution atmosphérique.

À cet égard, le phénomène du changement climatique présente toute une gamme de défis tant pour les activités commerciales existantes que pour celles qui sont envisagées à l'avenir. Par exemple, selon la société Storm Exchange de conseil en gestion des risques liés à la météorologie, l'augmentation de deux degrés de la température moyenne en automne peut se traduire par la baisse de 1 % des ventes enregistrées dans un même magasin par rapport à celles de l'année précédente, mesure clé qui permet aux analystes financiers d'évaluer la santé du commerce de détail. Le mois de septembre 2007, avec une température moyenne supérieure de deux degrés à la normale, a été suivi en octobre par la croissance des ventes au détail la plus faible en douze ans, selon l'International Council of Shopping Centers.

De même, les préoccupations climatiques et environnementales affectent la façon de penser des investisseurs dans le marché des souscriptions privées qui achètent et qui vendent des sociétés. En janvier 2007, la société texane d'énergie TXU Corp. À été achetée par Goldman Sachs et deux entreprises au capital à risque privé, en l'occurrence le Texas Pacific Group et Kohlberg Kravis Roberts. Fait notable, les acheteurs ont fait savoir qu'ils avaient consulté deux grandes associations écologiques, Environmental Defense et le Natural Resources Defense Council, et qu'ils avaient accepté dans le contrat d'achat de ramener à trois, contre onze, le nombre de centrales thermiques alimentées au charbon dont la construction, au demeurant controversée, était prévue. Le Kansas, l'Oklahoma, la Floride et l'État de Washington ayant refusé à la fin de l'année 2007 d'autoriser la construction de centrales à charbon sur leur territoire, l'accord conclu par les investisseurs de la TXU donne à ces derniers des airs de prophète.

De nouvelles possibilités

Agrandissement
tableau
Investissements directs dans les sociétés d'énergie de remplacement qui sont cotées en bourse. (Département d'État)

Mais au lieu de se limiter à l'examen des données environnementales dans le cadre de l'analyse des risques, la nouvelle vague d'investisseurs motivés par l'écologie voit dans la protection de l'environnement une nouvelle possibilité et ils investissent dans des secteurs du marché qui existaient à peine il y a quelques années seulement. Par exemple, les investissements directs dans les sociétés d'énergie de remplacement cotées en bourse, notamment par le biais d'un premier appel public à l'épargne (PAPE) ou d'offres publiques sur le marché secondaire, totalisaient moins de 1 milliard de dollars dans le monde en 2004, selon le cabinet New Energy Finance (NEF) spécialisé en recherches. Or en 2007, ce montant atteignait près de 25 milliards de dollars (voir le Tableau). Pour cette seule année, ces flux d'investissements directs permirent notamment l'augmentation du nombre d'usines de production de cellules solaires, le développement des parcs d'éoliennes, l'achat de projets hydroélectriques au fil de l'eau, la production de cultures énergétiques, la recherche sur la commercialisation des piles à combustible et le développement de centrales géothermiques.

L'octroi de capitaux à des entreprises soucieuses d'améliorer l'environnement a eu quelques conséquences intéressantes pour les investisseurs. La première, c'est qu'ils ont maintenant beaucoup plus de choix en matière d'investissements écologiques. Selon le NEF, entre 1992 et 2002, on a dénombré 30 PAPE concernant des sociétés d'énergie de remplacement et qui ont mobilisé 2 milliards de dollars ; en 2003-2004, 29 PAPE en ont dégagé 7 milliards ; en 2005-2006, 92 en ont réuni 13 milliards ; et pour la seule année 2007, 61 PAPE ont déjà réussi à mobiliser 17 milliards de dollars.

Plus le nombre d'entreprises qui proposent des solutions environnementales se multiplie, plus l'univers des investisseurs prêts à placer leurs capitaux dans ce secteur prend lui aussi de l'ampleur. Fait plus remarquable encore, il est aujourd'hui possible que les investissements dans ces nouvelles technologies se révèlent payants, ce qui n'a pas toujours été le cas. Le « New Alternatives Fund », par exemple, se spécialise dans les investissements dans l'énergie de remplacement depuis 1996, ce qui est un record de longévité en la matière. Entre 1996 et 2004, ses résultats ont été pour ainsi dire neutres ; mais entre 2005 et 2007, la valeur de ses actions a plus ou moins doublé. Beaucoup de fonds indiciels et d'autres fonds qui investissent dans l'énergie de substitution affichent la même tendance depuis 2005.

Les investisseurs font jouer leurs muscles

Un bon nombre d'investisseurs soucieux de l'environnement n'hésitent pas à dire aux sociétés dans lesquelles ils investissent ce qui leur tient à cœur. La divulgation d'informations par les entreprises elles-mêmes constitue le principal outil d'analyse. Si la divulgation de renseignements financiers fait l'objet d'un suivi minutieux de la part des organismes de réglementation nationaux et internationaux, celle d'ordre environnemental revêt un caractère encore largement volontaire.

Les investisseurs aux vues similaires soumettent souvent des demandes communes de renseignements. Par exemple, le « Carbon Disclosure Group », qui représente un groupe d'investisseurs gérant 41.000 milliards de dollars, demande chaque année aux dirigeants des grandes sociétés mondiales de présenter leurs émissions de gaz à effet de serre dans un format normalisé, ce qui facilite les comparaisons. Et aux États-Unis, le Social Investment Research Analyst Network a rendu public un communiqué au nom d'un parterre d'entreprises (dont la Winslow Management Company) qui gèrent 435 milliards de dollars et dans lequel il demande aux sociétés de publier leurs données relatives à la durabilité environnementale et sociale conformément à un ensemble normalisé de lignes directrices formulées par la Global Reporting Initiative, à laquelle on doit le cadre le plus reconnu au monde en matière de communications de données sur la durabilité.

Non seulement ils peuvent demander aux sociétés d'agir dans un certain sens, mais les investisseurs peuvent aussi leur donner des instructions en soumettant des résolutions par procuration qui feront l'objet d'un vote lors de l'assemblée générale annuelle de ces sociétés. Bien qu'ils ne soient pas juridiquement contraignants - autrement dit, les sociétés ne sont pas obligées d'en tenir compte -, les résultats d'un tel vote indirect peuvent constituer un puissant message pour la direction. L'Interfaith Center on Corporate Responsibility déclare avoir recueilli au mois de janvier 2008 des données sur les résolutions soumises à plus d'une soixantaine de sociétés cotées en bourse aux États-Unis en prévision de leur assemblée générale annuelle cette année-là. Les demandes les plus couramment notées dans ces résolutions concernaient la préparation d'un rapport sur la durabilité, la réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi que l'usage de produits en bois et en papier obtenus de manière viable tant en matière de culture que de récolte.

La demande d'investissements verts

Elle est bien révolue, l'époque où les questions environnementales ne retenaient l'attention que des étudiants et des militants. Les termes « réduction des émissions » ou « prévention de la pollution » ne surprennent plus de nos jours lorsqu'on les entend dans les comités de placements ou les conseils d'administration des sociétés dans lesquels ils investissent.

Devant l'exemple des investisseurs soucieux de l'environnement, même les investisseurs classiques commencent à prendre conscience de la valeur des renseignements d'ordre environnemental. Lors de l'assemblée générale annuelle de la société ExxonMobil tenue en 2007, par exemple, une résolution par procuration parrainée par un actionnaire et prônant des cibles spécifiques en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre a réuni plus de 30 % des voix, preuve de la diversité des investisseurs qui se sentent aujourd'hui concernés par cette question.

Tandis que les gouvernements du monde s'apprêtent à négocier un traité sur le climat dans la perspective de 2012 et au-delà, la nécessité et la demande d'un comportement responsable en matière de protection de l'environnement de la part des entreprises ne pourront que croître, et il en ira de même en ce qui concerne l'attention des investisseurs.

Les opinions exprimées dans le présent article ne reflètent pas nécessairement les vues ni les politiques du gouvernement des États-Unis.

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